Qu’ont en commun Alexander Ovechkin, David Pastrnak, Leon Draisaitl, Steven Stamkos, Patrik Laine et Mike Hoffman ? Ce sont, dans l’ordre, les six joueurs qui ont marqué le plus de buts en avantage numérique dans la LNH depuis 2016.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

C’est donc un marqueur d’élite que le Canadien a déniché sur le marché des joueurs autonomes, mercredi, en la personne de Hoffman. Mais si les cinq autres noms sur cette liste touchent des salaires variant entre 6,7 millions de dollars (Pastrnak) et 9,5 millions (Ovechkin), Hoffman, lui, ne coûtera que 4,5 millions au Tricolore, et ce, pendant trois saisons.

« Tu joues de ton mieux, et le reste, tu ne le contrôles pas, tu ne décides pas de ce que les DG veulent, a observé Hoffman, en visioconférence, jeudi après-midi. Marquer des buts, c’est bien, c’est une des choses les plus plaisantes au hockey et j’en tire de la fierté. »

Hoffman a en effet un talent supérieur à la norme pour marquer. Il a atteint le plateau des 25 buts dans cinq de ses sept dernières saisons. Il aurait pu le faire une sixième fois si la dernière campagne n’avait pas été écourtée, puisque ses 17 buts en 52 matchs équivalent à une récolte de 27 buts en 82 matchs.

Hoffman est en outre un spécialiste de l’avantage numérique, comme en font foi ses 56 buts dans cette situation depuis 2016. Il a donc fait son bout pour aider ses équipes à se classer dans le top 10 de la LNH lors des trois dernières années.

Efficacité des équipes de Mike Hoffman en avantage numérique

  • St. Louis, 2021 : 6e, 23,2 %
  • Floride, 2019-2020 : 10e, 21,3 %
  • Floride, 2018-2019 : 2e, 26,8 %

Sa position de prédilection : le cercle droit des mises en jeu, d’où il tire de son côté opposé. Bref, le même genre de menace que pose le droitier Cole Caufield quand il se poste à gauche.

Regardez une compilation des buts de Mike Hoffman en 2019-2020

« Tout le monde sait que c’est un scoreur, souligne au bout du fil Martin Raymond, qui a dirigé Hoffman de 2016 à 2018 en tant qu’entraîneur adjoint à Ottawa.

« Il a un bon tir, vif et rapide. Il est capable de tirer de différents angles, peu importe d’où vient la passe. C’est un patineur rapide qui dégaine rapidement. »

Jeu défensif imparfait

Tous ces beaux chiffres ne se traduisent donc pas par autant d’argent que les cinq autres joueurs sur notre liste de départ. Pourquoi donc ?

Les chiffres de Hoffman à cinq contre cinq sont pas mal moins reluisants. Lors de chacune des quatre dernières saisons, il a été sur la patinoire pour davantage de buts accordés que de buts marqués.

Buts marqués-buts accordés lorsque Mike Hoffman est sur la patinoire à cinq contre cinq

  • 2021 : 22-25
  • 2019-2020 : 35-36
  • 2018-2019 : 38-52
  • 2017-2018 : 48-60

Source : Natural Stat Trick

L’écart s’est rétréci ces dernières années, mais aux chances de marquer de qualité, il est continuellement déficitaire. Il l’était même en 2016-2017, saison lors de laquelle son ratio de buts marqués/accordés était de 54-31 !

Pourcentage des chances de marquer de son équipe lorsque Mike Hoffman est sur la patinoire à cinq contre cinq

  • 2021 : 40,45 %
  • 2019-2020 : 46,72 %
  • 2018-2019 : 43,77 %
  • 2017-2018 : 45,73 %
  • 2016-2017 : 47,65 %

Source : Natural Stat Trick

« Je peux jouer sur 200 pieds et aider à cinq contre cinq, a plaidé l’athlète de 31 ans. Aucun joueur n’est parfait. Tu dois valoriser tes atouts le plus possible. Il y a toujours des choses à s’améliorer. »

Et la réputation

L’autre nuage qui semble toujours le suivre, c’est sa réputation.

Les histoires ne datent pas d’hier. Dès les rangs juniors, Peter DeBoer n’avait pas de place pour lui à Kitchener. Il était donc un rare Ontarien à jouer dans la LHJMQ, et son premier arrêt, à Gatineau, a été bref ; ses coéquipiers en ont eu assez de lui, écrivait notre confrère Sylvain St-Laurent en 2015.

Dans la LNH, c’est évidemment son départ très médiatisé d’Ottawa, au terme d’une histoire de dispute acrimonieuse entre sa conjointe et celle d’Erik Karlsson, qui a entaché sa réputation.

« J’essaie de tirer le positif de chaque expérience. Ça m’a mené ici aujourd’hui et ça fait de moi la personne que je suis », a convenu Hoffman.

Martin Raymond refuse d’aller dans les détails quand on lui demande comment était sa relation de travail avec Hoffman. « On a eu une belle première année quand on est arrivés en 2016. Les deux années suivantes ont été plus difficiles, parce qu’on a perdu de la profondeur. Ça devenait plus difficile pour les joueurs », a-t-il résumé.

Il importe toutefois de noter que Hoffman est bien connu au sein du personnel d’entraîneurs du Canadien. Luke Richardson a été son entraîneur-chef à Binghamton de 2012 à 2014, tandis qu’un autre adjoint de Dominique Ducharme, Alex Burrows, a été coéquipier de Hoffman à Ottawa pendant une saison et demie.

Il est permis de croire que Marc Bergevin a consulté ses deux hommes de hockey avant de s’engager pour trois ans avec Hoffman…

Raymond a tourné la page

Mike Hoffman n’était plus membre des Sénateurs quand l’incident des sept joueurs qui faisaient de la médisance, filmés à leur insu dans une voiture, a éclaté. En revanche, un autre nouveau venu chez le CH, Chris Wideman, faisait partie du septuor maudit. Dans l’enregistrement, on entend notamment les joueurs pester contre Raymond.

« Honnêtement, on s’est parlé face à face, on s’est dit ce qu’on avait à se dire et ç’a été fini. Les gens ont fait une grosse affaire avec ça. C’est plate que du chialage de joueurs devienne public, mais les joueurs se sont excusés, a rappelé Raymond.

« Je me souviens très bien qu’après avoir parlé de l’incident avec l’équipe, j’ai demandé aux joueurs de passer à autre chose.

« Je n’ai aucune animosité envers Chris Wideman. Je suis très content pour lui qu’il ait une chance de revenir dans la Ligue nationale. » Martin Raymond est aujourd’hui conseiller spécial chez les Olympiques de Gatineau et entraîneur au sein du personnel hockey du programme sport-études De Mortagne.