Nikita Kucherov a beaucoup, beaucoup fait parler de lui depuis le début des séries éliminatoires.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Un peu en raison de ses 32 points en 23 matchs, au sommet des marqueurs de la ligue. Beaucoup en raison de son point de presse haut en couleur après la victoire de mercredi soir. Et énormément en raison de la blessure qui lui avait fait rater toute la saison.

Kucherov, pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi la saga, a subi une opération à la hanche le 29 décembre dernier. L’intervention, savait-on déjà à ce moment, le priverait des 56 rencontres prévues au calendrier de la saison.

Les circonstances entourant le retour au jeu du joueur étoile ont choqué bien des amateurs de hockey. Le premier match de Kucherov en 2021, le 16 mai, a été le premier du Lightning en séries, après que son équipe eut pu disputer toute la saison sans comptabiliser son salaire en son absence. Nombreux sont ceux qui ont vu là une stratégie pour contourner les règles du plafond salarial, arguant que le Lightning aurait retardé son retour pour y arriver.

Mark Lambert, directeur de la haute performance et du conditionnement physique chez le Lightning de Tampa Bay, offre une lecture différente de la situation.

Joint par La Presse, le Québécois, qui vient de remporter sa deuxième Coupe Stanley de suite, insiste d’emblée pour dire qu’il n’a pas l’autorité médicale nécessaire pour commenter de manière tranchée la date du retour au jeu de Kucherov. Mais il sait une chose : pour une opération comme celle-là, une convalescence de six mois n’est pas excessive. Alors, pour que le gagnant du trophée Hart en 2019 ait pu enfiler ses patins, et être pleinement fonctionnel, en quatre mois et demi, il a fallu serrer la vis au possible.

En fait, Lambert a à peine eu le temps de travailler avec Kucherov, car l’essentiel de sa période de remise sur pied a été consacré à sa rééducation.

« C’est mon assistant Brandon Rogers, qui est physiothérapeute, qui s’en occupait ; moi, je ne pouvais pas le toucher, puisqu’il n’était pas prêt à faire ce que je fais », explique Lambert, qui vient de conclure sa dixième saison chez le Lightning.

« Il n’a presque pas fait d’entraînement de performance, car il n’a pas eu le temps, poursuit-il. On a fait le maximum qu’on pouvait faire pour le ramener dans un laps de temps précis. Théoriquement, il aurait commencé son entraînement de performance au mois de mai. » Et il aurait pu s’y prêter pendant un mois ou deux.

Kucherov, illustre encore Lambert, est reparti « à la case départ ». « Ça n’a pas été facile, insiste-t-il. Il y a eu des hauts et des bas. Dans un délai si limité, on fait ce qu’on peut. »

N’empêche, précise le préparateur physique, l’ailier droit, qu’il décrit comme un athlète « méticuleux » obsédé par les « petits détails », « la définition même du professionnalisme », n’avait plus de douleur lorsqu’il a sauté sur la glace pour la série de premier tour contre les Panthers de la Floride.

Douleur ou pas, la théorie d’un complot orchestré par le Lightning ne tient plus trop la route…

L’année de la récupération

La dernière fois que La Presse s’était entretenue avec Mark Lambert, c’était au lendemain de la conquête de la Coupe Stanley 2020 par le même Lightning.

À l’époque, le Québécois avait confié que la pandémie de COVID-19, qui avait forcé la LNH à cesser ses activités du mois de mars au mois d’août, avait en quelque sorte bénéficié à l’entraînement personnel des joueurs du Lightning, qui avaient été nombreux à rester à Tampa Bay.

À leur retour au jeu, pour le tournoi éliminatoire dans la « bulle » de Toronto, « les gars étaient sharp », se rappelle-t-il.

Cette année, le défi était entièrement différent. Pendant tout l’automne dernier, l’incertitude a plané sur la saison à venir. Encore en décembre, la date des premiers matchs n’avait pas été arrêtée. « On ne savait pas ce qui allait se passer, donc l’intensité des gars a été moindre, souligne Lambert. J’ai parlé à quelques amis à travers la ligue, et l’état d’esprit était pareil partout. »

Ce n’est que peu avant Noël que les détails ont été dévoilés concernant la saison qui allait commencer… trois semaines plus tard.

Un camp de sélection accéléré et un calendrier compressé ont donc laissé peu de temps aux entraînements. Si la conclusion de la saison 2019-2020 s’est faite sous le signe de l’entraînement en haute performance, la campagne 2021 a été celle des stratégies de récupération, conclut Mark Lambert. Quand une équipe joue constamment deux matchs en deux soirs, ou trois en quatre soirs, « va te reposer, mange comme il faut ».

La saison lui a quand même offert des moments de grande qualité avec les athlètes qu’il supervise. Il a notamment eu un coup de cœur pour les joueurs de l’escouade de réserve, à qui il « lève [son] chapeau ».

« Ils avaient tous l’espoir de jouer, mais au fond, ils savaient qu’ils ne joueraient pas, dit-il. D’un point de vue psychologique, ce n’est pas évident. Pourtant, tous les jours, ils étaient là avec un grand sourire. »

Tant pour ces réservistes que pour les joueurs réguliers et les membres du personnel comme Mark Lambert, la conclusion a néanmoins été parfaite. Cette deuxième Coupe en moins d’un an l’émeut davantage, croit-il, puisque cette fois, plutôt que de la soulever dans un aréna vide, il a pu célébrer avec les membres de sa famille et « partager ce moment avec ceux qui m’ont aidé ».

La deuxième conquête n’est pas meilleure que la première, assure-t-il. Seulement « différente ».

Comme l’a été tout le reste de la saison, finalement.