Le couvre-feu ? Aboli. Les terrasses ? Rouvertes. Les petits partys ? Autorisés. Autant de mesures qui nous rapprochent de notre vie d’avant. Mais ce qui symbolise le mieux ce retour progressif vers la normalité, c’est le résultat du septième match entre le Canadien et les Maple Leafs.

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

Montréal a gagné.

Toronto a perdu.

La définition même de la normalité — depuis 50 ans.

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Les joueurs du Canadien célèbrent leur improbable victoire.

Cette victoire, c’est d’abord celle de la résilience. À 1-3 dans la série, le Canadien était tenu pour mort. Je plaide coupable — je l’ai enterré vivant. Puis le Tricolore s’est relevé. Il a remporté deux matchs en prolongation. Chaque fois après avoir gaspillé une avance en troisième période. Lundi, on anticipait une rechute. Mais non. Au contraire. Les hommes de Dominique Ducharme ont disputé leur meilleure partie de la série.

Ce fut une classe de maître en défense. Phillip Danault a suivi Auston Matthews comme un chien de poche. Avec succès. Le meilleur franc-tireur de la ligue cette saison a été limité à trois tirs cadrés, tous en fin de partie. Les défenseurs du Canadien ont nettoyé l’enclave comme jamais dans cette série. C’était propre, propre, propre (sauf dans les deux dernières minutes de jeu). Carey Price, lui, a été magistral. Encore. Il termine la série avec un taux d’arrêts de 93,2 %, et près de quatre « buts sauvés ». Seuls Andrei Vasilevskiy et Marc-André Fleury ont sauvé plus de buts au premier tour, selon les données du site de statistiques Evolving Hockey.

Cette victoire du Canadien, c’est également celle de l’effort contre le talent. Du jeu collectif contre le jeu individuel. Du négligé contre le favori. Et c’est bien connu, la victoire du négligé est toujours plus appréciée que les autres.

Pourquoi ? « L’attrait du négligé, c’est une question de cœur et d’effort », expliquent Jon Wertheim et Sam Sommers dans leur essai This Is Your Brain on Sports. « Ce sont des traits de caractère que nous aimons voir chez nous, ainsi que chez les autres. [Le négligé dégage] aussi de l’optimisme. Lorsque les gens entendent parler du négligé, ils entendent l’espoir. »

À ce propos, cette victoire du Tricolore, c’est aussi celle de l’espoir. Ça fait 15 mois que nous menons un combat trop souvent inégal contre un virus destructeur. Il y a eu une première vague. Puis une deuxième. Puis une troisième. Il y a quelques semaines à peine, nous avions toujours la tête sous l’eau. Aujourd’hui, Montréal renaît. Et le Canadien gagne. Existe-t-il une image plus rassembleuse pour une ville si durement éprouvée dans la dernière année ?

Lundi soir, après le coup de sifflet final de l’arbitre à Toronto, les quartiers centraux de Montréal exultaient. On a entendu des klaxons. Vu des feux d’artifice. Assisté à des défilés improvisés de petits groupes de partisans trop heureux, dans les rues et les parcs. Que vous aimiez le hockey ou non, que vous soyez partisan du Canadien ou non, il faut le reconnaître, cette liesse fait du bien au moral.

Cette victoire, enfin, c’est celle de la fierté. La fierté d’avoir persévéré. D’avoir résisté. D’être restés soudés, malgré l’adversité.

« C’est notre meilleure partie en équipe de la saison », a indiqué Carey Price après la rencontre. « Je suis fier des boys, a enchaîné Phillip Danault. [Ce fut] une grosse job de tout le monde. Tous ont respecté le plan. C’était spécial. C’est un sentiment que je veux recréer lors de la prochaine série. Revenir 1-3, ce n’était pas évident. On a démontré du caractère. »

L’entraîneur-chef Dominique Ducharme, critiqué dernièrement, mérite aussi de bons mots. Sa gestion a été très audacieuse. Il a écarté Tomas Tatar et Alexander Romanov. Préféré les vétérans aux espoirs. Modifié constamment ses trios. Coupé radicalement son banc dans le sixième match. Plusieurs de ses choix ont fortement déplu aux partisans et aux commentateurs. Surtout l’exclusion de Jesperi Kotkaniemi et de Cole Caufield en début de série. Sauf que le Canadien est quand même parvenu à éliminer la meilleure équipe de sa division. Et il a de réelles chances de battre les Jets de Winnipeg au deuxième tour.

Comment ?

En misant sur la résilience, le travail, la fierté et l’espoir. Les valeurs qui, ce printemps, rassemblent le Canadien et le peuple québécois.