« Par la porte d’en arrière. » Les nostalgiques du Défi mini-putt ont une pensée pour Serge Vleminckx dès qu’ils entendent cette expression.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse
Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

Les fins connaisseurs savent que c’était l’unique façon de réussir un birdie au trou numéro 5, le Billard, parce que la coupe était positionnée tout juste derrière un obstacle métallique. Il fallait donc envoyer la balle sur la paroi éloignée, faire le bon calcul trigonométrique et espérer un rebond favorable.

On s’écarte un brin du sujet, mais après avoir participé aux séries de l’été dernier grâce à un système de classement généreux qui incluait 24 équipes plutôt que 16, le Canadien rentrera de nouveau en séries par cette porte d’en arrière.

Pendant que le Tricolore s’inclinait 3-2 devant les Maple Leafs à Toronto samedi, les Predators de Nashville confirmaient leur place en séries en battant les Hurricanes de la Caroline.

C’est donc dire que 15 des 16 participants aux séries sont maintenant connus. Ne reste qu’au CH à confirmer sa place, ce qui surviendra à moins d’une catastrophe dont on vous épargne les détails. De toute façon, quoiqu’il arrive des Flames et des Canucks, le Canadien a encore le contrôle de son sort, et Dominique Ducharme a été clair en ce sens samedi matin : « On ne veut pas que personne ne fasse le travail pour nous. »

Mais avec la défaite de samedi, le Tricolore n’a plus que deux matchs pour accomplir lui-même ce travail.

Comme il se bat pour la dernière place disponible, le Canadien arrivera aussi vraisemblablement avec la pire fiche des 16 équipes qualifiées. Ses 57 points en 54 matchs lui vaudraient 86 points dans une saison normale, un total généralement insuffisant pour accéder aux séries. Mais en cette saison disputée en pleine pandémie, où la formule du quatrième as a été abandonnée, ce devrait être suffisant pour obtenir un billet.

Confrontation défavorable

Il n’y a pas que du négatif pour le CH, remarquez.

Le Canadien compose avec un calendrier des plus costauds depuis la pause attribuable à la COVID-19 à la fin mars. Coïncidence ou non, la liste des blessés s’allonge, liste à laquelle s’est ajoutée Phillip Danault vendredi.

Malgré son absence, qui s’ajoute à celles du meneur émotif Brendan Gallagher, du capitaine Shea Weber, du gardien Carey Price, de Jonathan Drouin et Paul Byron, qui ont chacun leurs qualités, le Canadien a tenu tête, cette fois, aux Maple Leafs.

Auston Matthews connaît toujours du succès contre le CH, avec des buts dans chacun de ses six derniers matchs contre Montréal. L’absence de Danault laissait présager le pire, mais on a très peu Matthews vu malgré ses quatre tirs au but. Il a fini sa soirée avec une passe, qu’il a obtenue simplement en gagnant une mise au jeu contre Nick Suzuki, qui se défendait jusque-là plutôt bien dans cet aspect du jeu.

Le reste du temps, Sheldon Keefe semblait chercher activement à opposer Matthews au vieux Eric Staal, assurément le maillon faible de la ligne de centre montréalaise. La confrontation n’a pas produit les résultats voulus pour les Leafs.

Bref, pour une équipe qui venait de perdre ses deux derniers matchs par un score combiné de 10-3, le Canadien a livré une performance honorable samedi.

« Ça aurait pu aller des deux côtés, a d’ailleurs noté Dominique Ducharme. Regarde les buts, la rondelle passe à travers des joueurs. C’est comme ça. Il n’y a pas grand-chose à dire, sinon qu’ils ont peut-être eu un bond de plus que nous. »

Mais cette défaite signifie aussi que le Tricolore n’a remporté que 3 victoires en 10 matchs contre Toronto cette saison. Samedi, les Leafs ont démontré qu’ils pouvaient s’imposer dans un duel plus serré. Plus tôt en saison, ils avaient battu le Canadien dans des rencontres au style plus offensif. Leur avantage numérique, en panne dernièrement, a été efficace contre le CH toute la saison, mais n’a pas généré grand-chose samedi.

La fiche de 3-6-1 de Montréal contre Toronto n’augure donc rien de bon pour le Tricolore, mais Staal n’en a rien à cirer.

« J’espère que ça ne veut rien dire. Et je ne pense pas que ça devrait être significatif, a répondu le vétéran. En séries, on remet les compteurs à zéro, peu importe comment s’est passée la confrontation. »

On veut bien le croire sur parole. Mais les joueurs doivent pouvoir s’accrocher à quelque chose pour bâtir sur du positif. Or, ils ne peuvent pas s’accrocher à leurs derniers duels contre les Leafs. Ni à leur fin de saison. Depuis le retour au jeu, fin mars, c’est une fiche de 10-13-0 pour le Canadien. En l’absence de Gallagher, c’est 7-12-0.

Grand cas a été fait de l’importance de Gallagher, un joueur dont l’émotion peut parfois transporter à elle seule l’équipe au complet. Mais l’inconstance caractéristique des Montréalais était perceptible même avec le numéro 11 en santé.

Alors, à quoi peut s’accrocher le Canadien ? Peut-être justement aux sages de paroles de Staal. Au recommencement à zéro.

Dans le détail

Énergique comme prévu

Samedi matin, Jake Evans, en visioconférence, tint à peu près ce langage : « Il est si positif, a tellement d’énergie. » Evans parlait d’Alex Belzile, son ailier droit du jour, et un attaquant qu’il a bien connu chez le Rocket de Laval de 2018 à 2020. Belzile disputait le tout premier match de sa carrière en saison, après en avoir joué six en séries l’été dernier. Et Evans n’a pas eu l’air d’un menteur ! Belzile a joué le couteau entre les dents toute la soirée. Le Québécois a eu un rôle crucial dans le premier but du CH, en allant se planter devant le filet après avoir été projeté sur la patinoire dans le coin. Ajoutons ses nombreux replis acharnés et il ne méritait pas de finir ce match avec différentiel de -1. D’ailleurs, sur le but de William Nylander, Belzile venait de connaître une bonne présence en zone offensive et son repli lui avait ensuite permis d’intercepter une passe dangereuse d’Alex Galchenyuk. On verra si son travail lui vaudra une autre audition lundi.

Créer sa propre chance

Avec toutes les armes offensives qu’ont les Maple Leafs, on parle rarement de Pierre Engvall, ce qui est tout à fait normal. Le grand Suédois a marqué samedi pour une deuxième fois en deux matchs contre le Canadien cette semaine. Ce ne sont pas des buts que l’on reverra dans les jeux de la semaine. Jeudi, il a profité de la générosité de Cayden Primeau sur un tir sans angle ; samedi, il a touché la cible sur un tir faible, à ras la patinoire, mais que Jake Allen n’a jamais vu arriver. Mais Engvall montre de belles habiletés avec la rondelle, et venait d’ailleurs de faire le tour de la zone offensive avant de déjouer Allen. Sur son but jeudi, c’est sa vitesse en zone neutre qui lui a permis d’attaquer. Engvall a aussi été à l’origine de quelques occasions pour les Leafs. Toronto l’a repêché au 188e rang en 2014, dans une septième ronde qui avait finalement des joueurs intéressants. Jake Evans (Montréal), Victor Olofsson (Buffalo) et Ondrej Kase (Anaheim) ont aussi été réclamés lors de cette ronde.

Caufield et les vétérans

Après une sortie difficile jeudi, malgré son but, Cole Caufield a livré une prestation plus stable cette fois. Offensivement, il a fallu un joli jeu défensif de Jake Muzzin pour le priver d’une échappée. Il a aussi obtenu un 2 contre 1 avec Eric Staal et a sagement opté pour le tir. Même si ça semble aller de soi, on le précise, car ce ne sont pas toutes les recrues qui songeraient automatiquement au tir en s’amenant aux côtés d’un vétéran. Caufield a aussi montré une belle touche d’imprévisibilité en avantage numérique, lors d’une descente du côté droit où on aurait pu s’attendre à un tir. Il a plutôt opté pour une passe. Ces jeux s’ajoutent à des séquences sans la rondelle, notamment une séquence où il a carrément enlevé la rondelle à Morgan Rielly derrière le but, le long de la rampe, sans oublier son repli défensif pour priver Justin Holl d’une occasion en première période. « Il s’améliore de match en match, ce qui est important pour un jeune », a noté Staal.

Ils ont dit

C’est incroyable de gagner ce titre de division… En tant que jeune fan des Leafs jadis, autrefois et naguère, je ne sais même pas si je me souviens d’avoir vu les Leafs gagner un titre de division.

Wayne Simmonds

C’est immense de gagner ce titre de division, mais on voulait une première place et ça fait partie du travail qu’on fait. On revient de loin et ce fut un long chemin, mais on veut continuer.

William Nylander

C’est gros et nous sommes chanceux de pouvoir le recevoir demain… c’est bon et c’est un important pas dans la bonne direction pas juste pour nous, mais pour notre ville et notre province.

Sheldon Keefe, au sujet de la vaccination des Maple Leafs dimanche

Je me sentais bien. Je suis rendu à un âge où je sais que ça change vite et qu’il y a beaucoup de revirements. J’ai été prêt toute l’année. Je sais ce qui m’amène du succès. J’ai essayé de garder ça simple et d’être intense.

Alex Belzile

Comme tous les joueurs, tous les jeunes, il y a un ajustement. Mais on aime sa façon de patiner, de faire des jeux. Il est une menace chaque fois qu’il a la rondelle. Il n’a pas besoin de beaucoup d’espace pour défier le gardien. Il s’adapte. Il joue avec fierté. Il veut s’améliorer dans toutes les situations. Il écoute et porte attention.

Dominique Ducharme, au sujet de Cole Caufield

En hausse 

Nick Suzuki

Il a généré plusieurs menaces et s’est bien débrouillé aux mises au jeu.

En baisse 

Josh Anderson

L’implication physique y est toujours, mais en l’absence de Gallagher, le Canadien a besoin de buts et il est un des bons marqueurs naturels de cette équipe. Le voici à 10 matchs sans but, ni même le moindre point.

Le chiffre du match

70

Bonne soirée de travail pour Auston Matthews au cercle des mises au jeu, avec 70 % de taux de succès (16/23).