Cole Caufield n’a pas encore disputé un seul match avec le Canadien qu’il est déjà un joueur polarisant à Montréal.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le choix de première ronde du CH en 2019 (15e au total) vient de connaître un autre week-end phénoménal avec les Badgers du Wisconsin, dans la division Big Ten de la NCAA.

Caufield a obtenu cinq points, dont trois buts, en deux matchs contre les favoris de leur division, les Gophers du Minnesota.

Les Badgers, dont on prédisait (avec raison) une saison difficile avec la perte d’Alex Turcotte, K’Andre Miller et leur défenseur numéro un Wyatt Kalynuk viennent de devancer Minnesota au classement avec une fiche de 11-4-1 (fiche globale de 13-6-1 avec les matchs hors division).

Le jeune homme de 5 pieds 7 pouces a 21 points, dont 11 buts, en seulement 10 matchs depuis son retour du Championnat mondial junior. Il n’a jamais amassé moins de deux points par match à ses sept dernières rencontres.

Les Badgers ont marqué 45 buts en 2021. Caufield a donc participé à 47 % de leurs buts depuis le début de l’année. Il a aussi participé à 42 % des buts de l’équipe depuis le début de la saison 2020-2021.

Caufield, 20 ans depuis le 2 janvier, domine évidemment le classement des compteurs de la NCAA avec 33 points, dont 17 buts, en 20 matchs. Il mène aussi la NCAA au chapitre des tirs avec 100, pour une moyenne de cinq tirs par match.

Malgré tout, ses détracteurs ne manquent pas. On n’a pas manqué de rappeler en début de saison qu’il n’avait pas marqué à ses quatre premiers matchs, en omettant de souligner ses quatre mentions d’aide.

On lui remet souvent sur le nez sa « faible » production au Championnat mondial junior. Il a tout de même obtenu cinq points en sept matchs et a été l’un des attaquants les plus redoutables au chapitre des occasions de marquer, même au sein d’un deuxième trio sans chimie.

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Cole Caufield a remporté la médaille d'or avec les États-Unis lors du dernier Mondial junior.

En supériorité numérique, on le plaçait au cœur de la zone adverse, de façon à attirer deux, parfois même trois adversaires sur lui, pour libérer des coéquipiers. La stratégie a fonctionné, et les Américains ont remporté l’or.

Ses détracteurs ont aussi dit, à l’étape précédente, qu’il devait ses succès au sein du programme de développement américain et au Championnat mondial des moins de 18 ans à la présence du centre Jack Hughes.

Caufield avait marqué 72 buts en 64 matchs au sein du programme de développement américain il y a deux ans, pour ainsi battre un record de 55 buts établi par Auston Matthews, et amassé 18 points, dont 14 buts, en seulement sept matchs au Championnat des moins de 18 ans.

Le centre de Caufield au Wisconsin s’appelle Ty Pelton-Byce. Il a 23 ans, 24 au printemps, et il n’a jamais été repêché. Il a obtenu 24 points en 32 matchs l’an dernier, à 22 ans, avant de se retrouver avec Caufield cette année. Il a évidemment haussé son total à 15 points en 13 matchs avec l’espoir du CH.

Dominer dans la NCAA demeure un exploit de taille. Cette ligue n’est pas facile pour un jeune. Contrairement aux ligues juniors canadiennes, on y retrouve des joueurs plus vieux, parfois jusqu’à 23, 24 ans.

La NCAA a servi de tremplin à certains des meilleurs joueurs actuels de la LNH: Jack Eichel, Johnny Gaudreau, Joe Pavelski, Brock Boeser, Max Pacioretty, Cale Makar, Quinn Hughes, Kyle Connor, Joel Farabee, Blake Wheeler, Dylan Larkin, Brady Tkachuk, Charlie McAvoy, Jake Guentzel, Phil Kessel, Torey Krug, Colton Parayko, T.J. Oshie, Zach Parise, Duncan Keith, Jonathan Toews et plusieurs autres.

Il est extrêmement rare de voir un joueur y dominer à 19, 20 ans, et ne pas connaître de succès dans la LNH par la suite.

Certains ont évoqué récemment le nom de joueurs dominants dans la NCAA mais incapables de se faire justice dans la LNH. Parmi les gagnants récents du trophée Hobey-Baker remis au joueur par excellence dans la NCAA, et pour lequel Caufield est favori, Adam Gaudette avait 22 ans lorsqu’il l’a gagné en 2018. Il a tout de même amassé 33 points en 59 matchs l’an dernier à Vancouver.

Le défenseur Will Butcher avait lui aussi 22 ans lorsqu’il a gagné ce trophée l’année précédente. Il a connu trois bonnes saisons offensives au New Jersey mais ne semble pas dans les plans du nouvel entraîneur Lindy Ruff. Jimmy Vesey avait 23 ans lorsqu’on lui a remis le célèbre trophée.

Terminons en déconstruisant deux autres arguments populaires parmi les pourfendeurs du jeune homme.

Cole Caufield serait un joueur unidimensionnel capable uniquement de marquer. Caufield avait en effet des choses à améliorer par rapport à sa première saison dans la NCAA.

Marc Bergevin ne le trouvait pas prêt pour la LNH il y a un an. « Il a un peu de difficulté dans sa zone. Il va marquer quand il a la rondelle, et il va être capable de marquer ici, mais dans un match de hockey, le joueur n’a pas la rondelle longtemps, Il a encore du chemin à faire sans la rondelle. Il a aussi besoin de millage », m’avait confié le DG du Canadien le 29 février 2020.

Caufield a amélioré son jeu défensif depuis. Il est nettement plus hargneux en zone défensive. Il gagne plusieurs de ses batailles pour la rondelle le long de la bande. Il est plus explosif sur patins. Il a aussi amélioré sa vitesse d’exécution, et on découvre en lui de la créativité et de belles qualités de passeur.

L’autre argument demeure sa taille. À 5 pieds 7 pouces, plusieurs sont sceptiques. On ne saura pas avant de le voir dans la LNH.

Mais Caufield a réussi à produire partout malgré sa petite taille. Et il y a plusieurs précédents dans la Ligue nationale de hockey.

Alex DeBrincat, des Blackhawks de Chicago, a la même taille. Même style. Il a marqué en moyenne 30 buts à ses trois premières saisons et il a 12 points, dont 6 buts, en 9 matchs depuis le début de la saison.

PHOTO CHRIS O'MEARA, ARCHIVES THE ASSOCIATED PRESS

Alex DeBrincat

Brian Gionta mesurait 5 pieds 7 pouces lui aussi. Il a disputé 1026 matchs dans la LNH. Gionta a aussi connu une saison de 48 buts et sept de 20 buts ou plus. Gionta jouait en outre à une époque où l’accrochage était toléré. Comme Martin St-Louis d’ailleurs, dominant malgré ses 5 pieds 8 pouces. Theo Fleury était encore plus petit, à 5 pieds 6 pouces. Il a amassé 1088 points en 1084 matchs…

Brendan Gallagher est le meilleur buteur du Canadien ces dernières saisons même s’il mesure 5 pieds 9 pouces. Il a moins de mains et de vitesse que Caufield.

Le jeune homme pourrait-il rejoindre le Canadien, ou le Rocket de Laval, en fin de saison ? Si Wisconsin atteint le Frozen Four, début avril, et parvient en finale, la saison de Caufield prendrait fin le 10 avril. Il resterait encore 14 matchs à disputer pour le Canadien avant les séries.

Si Wisconsin perd en première ronde des séries du Big Ten, le Canadien aura encore 25 matchs à disputer.

D’après ma compréhension de la situation, on n’écarte pas d’emblée la possibilité qu’il rejoigne l’organisation d’ici la fin de la saison.

Mais il y a des facteurs à considérer. Quelle sera la situation du plafond salarial chez le Canadien après la date limite des échanges ? Quels seront les besoins de l’équipe avec les blessures potentielles ? Sans oublier la quarantaine. À l’heure actuelle, un athlète en provenance des États-Unis doit s’y soumettre pour deux semaines complètes.

On pourrait aussi, si la situation ne lui permet pas d’accéder au grand club directement, on pourrait, comme avec Cayden Primeau il y a quelques années, lui offrir un contrat de Ligue américaine pour la fin de la saison et un contrat de la LNH pour le début de la saison 2021-2022.

Une chose est sûre, ses progrès réjouissent l’organisation, et on suivra la situation de près ces prochains mois.

À LIRE

1. Ryan Poehling et Cale Fleury viennent d’être rétrogradés au Rocket de Laval. La Ligue américaine devrait reprendre sous peu (dans la division canadienne) et il faut donner des matchs à ces deux jeunes. Les détails de Simon-Olivier Lorange. https://www.lapresse.ca/sports/hockey/2021-02-08/le-canadien/poehling-et-fleury-retrogrades.php

2. Ne jamais parier contre Tom Brady… Le plus grand quart de l’histoire, certes, le plus grand athlète de tous les temps ? Miguel Bujold pose la question… https://www.lapresse.ca/sports/football/2021-02-07/analyse-super-bowl-lv/un-petard-mouille.php

3. Philippe Cantin aurait espéré un match plus serré lors du Super Bowl. Brady et la défense des Bucs étaient trop forts. https://www.lapresse.ca/sports/football/2021-02-08/le-super-bowl-de-tom-brady.php