Ça fait une éternité que le Canadien n’a pas marqué autant de buts. Et ça fait un bon moment aussi que ses défenseurs n’en ont pas marqué aussi peu.

Publié le 29 janv. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Depuis 2016-2017, soit depuis les débuts de Shea Weber à Montréal, la contribution des arrières au total des buts de l’équipe à cinq contre cinq a oscillé entre 13,8 et 17,7 %. Cette année, malgré un échantillon limité de matchs, elle n’est que de 10,5 % (2/19).

Pourtant, quand Weber et son partenaire Ben Chiarot sautent sur la patinoire, il se passe indéniablement quelque chose du côté de l’attaque : les deux coéquipiers sont parmi les meilleurs du circuit, depuis le début de cette jeune saison, en ce qui a trait aux chances de marquer de qualité.

Le site de statistiques avancées NaturalStatTrick comptabilise les chances de marquer dites à « haut danger », soit celles qui sont les plus susceptibles de se transformer en buts. Lorsque Weber et Chiarot sont sur la glace, le Canadien récolte un peu plus de 75 % de ces chances. Parmi les 114 défenseurs de la LNH qui ont disputé plus de 100 minutes à cinq contre cinq depuis le début de la saison, seul Cale Makar, de l’Avalanche du Colorado, devance les deux joueurs du Tricolore. Pour les chances de marquer « ordinaires », ils sont dans le top 15.

Tout cela s’observe en dépit du fait que le duo est celui, chez le Canadien, qui profite du moins de mises en jeu en territoire offensif. Pour chaque mise en jeu en zone adverse à laquelle Weber et Chiarot prennent part, ils compensent par deux autres tout près de Carey Price.

Exprimé autrement : même si le jeu s’amorce dans leur zone quand ils arrivent sur la patinoire, il y a de sacrées bonnes chances qu’il se transporte à 200 pieds de là.

Chiarot a tenté de minimiser cet impact, vendredi, en précisant que ces chances de marquer ne provenaient pas que de Weber et de lui, et que le mérite revenait plutôt aux trios avec lesquels ils évoluent. « On essaie d’envoyer la rondelle rapidement vers les attaquants », a-t-il dit en visioconférence.

Sa justification est partiellement valide. Le trio avec lequel Chiarot a disputé le plus de minutes cette saison est celui de Phillip Danault, Brendan Gallagher et Tomar Tatar, unité spécialiste de la possession de rondelle à forces égales. Mais le trio qui suit est celui de Jake Evans, Artturi Lehkonen et Paul Byron. Sur le plan des chances de marquer « ordinaires », le bilan de Chiarot est effectivement meilleur avec le premier trio. Mais en ce qui concerne celles à « haut danger », le bilan est positif, peu importe les attaquants qu’il soutient.

Claude Julien a fourni une explication plus étoffée.

« Chiarot et Weber, ce n’est pas eux qui vont mener la contre-attaque en prenant la rondelle derrière leur but et en la transportant jusqu’à l’autre bout de la patinoire, a observé l’entraîneur. Ils ont une bonne première passe et ils suivent le jeu. Rendus en zone offensive, ils ont tous les deux un bon tir et sont mobiles. »

Ceci explique donc cela.

Charge différente

Chiarot, par contre, a soumis une hypothèse sur le changement qu’il observe dans les responsabilités offensives de l’escouade défensive, en rupture avec les saisons passées.

« On marque tellement de buts que nous, les défenseurs, ne sentons pas la pression de contribuer autant, a-t-il suggéré. Puisqu’on joue beaucoup avec l’avance, ça nous permet de jouer d’une manière plus prudente. »

Depuis sa première saison complète dans la LNH, Chiarot a chaque année battu son record personnel de la campagne précédente, culminant avec ses 21 points en 69 matchs en 2019-2020. Que pense-t-il d’un retour à un rôle offensif plus effacé ?

« Je suis un défenseur à caractère défensif, donc ça me convient parfaitement ! », a-t-il lancé spontanément.

Son entraîneur, par contre, a tenu à préciser que ses demandes à ses défenseurs n’avaient jamais changé. « On veut que les défenseurs supportent l’attaque, a-t-il dit. Quand on parle d’une deuxième vague, c’est souvent un défenseur qui suit les attaquants pour créer une attaque à quatre joueurs. Ces choses-là demeurent dans notre système. »

Vieux couple

Ils ont beau n’avoir passé qu’une saison ensemble, Weber et Chiarot semblent avoir été partenaires depuis toujours. Les deux avalent les minutes, sont sur la même longueur d’onde et se complètent, pratiquant, de leur propre aveu, un style de jeu similaire à cinq contre cinq. Pas de flafla avec la rondelle et pas de cadeau devant le filet, où ils se portent volontiers à la défense de leurs coéquipiers, à commencer par leur gardien.

« On essaie de faire en sorte que l’avant du but ne soit pas un endroit plaisant où se trouver », a dit Chiarot avec le sourire.

Selon Julien, malgré les chiffres impressionnants qu’affiche la paire de gros bonshommes, « ils jouent de la même manière que l’an passé ».

« Je ne vais pas leur enlever de crédit » pour leurs réalisations passées, a-t-il pris soin d’ajouter.

À noter, c’est contre les Flames de Calgary, jeudi, que Weber et Chiarot ont connu globalement leur match le plus ardu cette saison. Le (pas si) vieux couple a déjà la chance de se reprendre ce samedi soir et ne risque pas de manquer de boulot, car après la dure défaite des Albertains, les gros attaquants des Flames ne manqueront pas de faire sentir leur présence dans le territoire du Canadien.

Ne comptez pas sur les deux défenseurs pour s’en plaindre.

En bref

Matthew Tkachuk, prise 2

Ben Chiarot a semblé amusé lorsqu’un journaliste lui a demandé comment il entrevoyait les 18 matchs qui restent au calendrier contre l’un ou l’autre des frères Tkachuk – Matthew, des Flames, ou Brady, des Sénateurs d’Ottawa. Jeudi, Chiarot et Matthew ont jeté les gants après s’être échangé des coups de bâton devant le filet du Canadien. Le Calgarien (eh oui) est réputé pour son amour du rififi, ce qui n’a pas beaucoup ému Chiarot. « C’est un joueur physique, il fait ses affaires, a-t-il dit. Shea [Weber] et moi, ça ne nous dérange pas. Il va tenter de nous déranger, on ne va pas embarquer là-dedans. » Nous répondrons en douce que d’accepter la bagarre, c’est un peu « embarquer là-dedans ». Mais qui sommes-nous pour juger ?

Heures supplémentaires pour Frolik

Michael Frolik continue de patienter dans l’escouade de réserve. Mais en attendant d’être appelé en renfort dans l’équipe principale, on ne peut pas lui reprocher de manquer d’ardeur au travail. Le Tchèque de 32 ans a passé une bonne vingtaine de minutes sur la glace après l’entraînement du Canadien, s’imposant une succession de tours de glace à haute vitesse en possession de la rondelle. « Je ne sais pas comment il fait », a avoué Ryan Poehling, incrédule. Ce dernier, de presque 10 ans son cadet, a vanté la forme physique exceptionnelle de son coéquipier et avoué qu’il tirait des apprentissages de la routine sans faille de Frolik.

Les mots de Muller

Les adjoints d’un entraîneur sont souvent bien plus près des joueurs que peut l’être leur patron. Jake Evans affirme tirer pleinement profit de cette proximité en multipliant les questions à Kirk Muller et à Luke Richardson. Ce dernier est pourtant principalement responsable des défenseurs, mais Evans aime bien sa rétroaction par rapport à son travail en désavantage numérique. Vendredi, Evans a été questionné au sujet d’une longue discussion qu’il a eue avec Muller après le premier match de la saison – une défaite en tirs de barrage à Toronto. « J’étais frustré, je n’avais pas senti que j’avais aidé mon équipe, a raconté le jeune joueur de centre. On a eu une bonne conversation. [Muller] est un gars positif et il m’a aidé à passer à autre chose. Il m’aide à travailler sur ce que je peux améliorer. C’est une influence positive pour moi. »