Le Canadien de cette jeune saison 2021 n’est plus du tout la même équipe que la saison dernière. On l’a dit et redit, il suffit de regarder une moitié de période pour s’en rendre compte, mais certains soirs, ça se voit plus que d’autres.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Samedi était une de ces soirées. Le Tricolore a réglé ça avec une victoire de 5-2 sur les Canucks à Vancouver, un gain qui, sur papier, ne ressortira pas particulièrement quand on fera le bilan de cette campagne dans quelques mois.

Pourtant, cette victoire était peut-être la meilleure illustration de la transformation de cette équipe.

Pour la première fois de la saison, les blessures ont frappé. Joel Armia était absent. Paul Byron a joué, mais comme la décision de l’employer a été prise au dernier moment, on devine que le petit ailier n’était pas à 100 %.

Reculons d’un an, au 15 novembre 2019. Ce soir-là, le Tricolore perdait les services de Byron et de Jonathan Drouin. Ce dernier jouait très bien, tandis que Byron connaissait un départ couci-couça.

Pour les remplacer, le lendemain, Claude Julien faisait appel à Charles Hudon, rappelé de Laval, de même qu’à Jesperi Kotkaniemi, dans sa version inquiétante de l’automne 2019. L’entraîneur-chef les avait finalement employés pendant 8 et 9 minutes. Le Canadien s’était donné une avance de 3-1 contre les pas très bons Devils, mais allait perdre le match 4-3, en prolongation. C’était la première d’une série de huit défaites, le moment où le train a commencé à dérailler.

Vous voulez un contraste ? Le joueur pour remplacer Armia cette année était Corey Perry, un joueur largement supérieur à Hudon et au Kotkaniemi de l’an dernier. Perry a finalement joué 15 minutes, au sein du troisième trio. « Il apporte encore beaucoup. Pour un gars qui jouait son premier match, avec des joueurs qui en ont joué cinq, il a très bien fait ça », a résumé Julien.

Comme l’an passé, le Tricolore a laissé filer une avance de deux buts, cette fois contre une équipe pas mal plus dangereuse que les Devils de l’an dernier. Mais au lieu de s’effondrer, les Montréalais ont répliqué trois minutes après le but égalisateur des Canucks pour faire 3-2. Trois autres minutes plus tard, Drouin sortait ses feintes du dimanche pour doubler l’avance et sortir les Canucks du match.

« Il n’y a pas eu de panique sur le banc, a estimé Drouin. On aurait aimé tenir ça à 2-0, mais personne n’a paniqué et on a gardé le même style tout le long. »

La progression

Avec les filets de Drouin, Perry et Joel Edmundson samedi, ils sont maintenant 16 joueurs différents du CH à avoir marqué au moins un but. Après seulement six matchs, doit-on le rappeler.

L’effet des nouveaux venus est évident. Perry a fait plus que remplir un chandail. Josh Anderson complète à merveille le duo Drouin-Suzuki. Joel Edmundson offre du jeu pas mal plus assuré que ce qu’il a montré au camp. Tyler Toffoli aurait son nom sur le trophée Art-Ross si la saison prenait fin samedi soir… En voilà un qui aurait une bonne raison de crier « Stop the count ! ».

Mais il y a plus.

« On a pris un step. Oui, on a des nouveaux, mais les joueurs en général ont pris un step, a analysé Drouin. Ça se voyait dès la première journée du camp. C’est dur de jouer contre nous en zone défensive, les adversaires n’ont pas grand temps pour contrôler la rondelle. On crée des revirements. Ça aide à générer de l’attaque. Tout le monde joue bien, en équipe. »

Drouin lui-même est l’un de ces joueurs qui ont fait un pas en avant. Discrètement, il compte six points en six matchs. Kotkaniemi en est un autre ; une partie des succès de Toffoli lui revient, et son jeu en territoire défensif s’est nettement amélioré. Et que dire de Nick Suzuki, régulier comme une horloge jusqu’ici ?

C’est un mini Patrice Bergeron à mes yeux. Je sais qu’il va faire son travail en zone défensive, et ça m’aide à attaquer. Il va devenir tout un joueur.

Jonathan Drouin à propos de Nick Suzuki

Laissons de côté les grandes comparaisons ; nous y reviendrons quand l’échantillon sera plus gros que six matchs. Il se passe néanmoins quelque chose de particulier sous nos yeux, qui fait en sorte que le CH rentrera à la maison dimanche avec 10 points sur une possibilité de 12.

Au fait, qui a été la grande vedette de ce voyage ? Est-ce Toffoli et ses huit points ? Suzuki et sa vision exceptionnelle ? Jeff Petry et son flair pour savoir quand appuyer l’attaque, et quand rester en retrait ?

Personne n’aura la même réponse, et c’est là la meilleure preuve de cet effort de groupe, de cette profondeur que l’on nous vante tant.

Dans le détail

Chassez le naturel…

Marc Bergevin espérait que Corey Perry reprenne là où il avait laissé l’an dernier… mais peut-être pas dans ce sens-là ! C’est que Perry a été un des joueurs les plus indisciplinés de la LNH, la saison dernière. Il a en effet fini premier chez les Stars en saison pour le ratio de punitions mineures (1,84 par tranche de 60 minutes de jeu, loin devant Alexander Radulov). En séries, il a écopé de 11 pénalités mineures. Samedi, il en a pris une dès sa cinquième présence sur la patinoire, faisant trébucher Brandon Sutter. N’étant pas exactement un marchand de vitesse, Perry risque d’être puni souvent. Le vétéran s’est toutefois repris de belle façon en deuxième période avec une jolie feinte aux dépens de Zack MacEwen. Il a aussi frappé à la porte en troisième période, en se postant devant le gardien. Oublions son but chanceux : il a connu un fort match.

Le déclic ?

La tenue d’Elias Pettersson doit être préoccupante pour les Canucks. Le manque de résultats offensifs est une chose, et à cet égard, le Canadien peut s’attribuer une part du mérite. Deux fois, en début de match, le Suédois aurait pu avoir de belles occasions de marquer, mais Paul Byron, puis Tomas Tatar l’ont empêché de tirer. Pettersson a aussi joué de malchance quand son tir sur réception a touché le poteau. Mais le reste de son jeu n’est pas digne du joueur étoile qu’il était depuis deux ans. Pour un deuxième match de suite, sa bourde à la ligne bleue a permis à un joueur du CH de s’échapper. Il a finalement inscrit son premier but de la saison en faisant dévier un tir. On verra si c’est le déclic dont il avait besoin.

Le bon vieux code

Dans la LNH de 2021, qu’est-ce que l’on fait pour venger un coéquipier qui a subi une blessure à la tête ? On tente de blesser l’adversaire à la tête. C’est ce qu’a fait Joel Edmundson, en invitant Tyler Myers à livrer un combat en début de match. Myers, rappelons-le, a durement plaqué Joel Armia en fin de match jeudi, et l’attaquant du Canadien a subi une commotion cérébrale. Edmundson a annoncé ses couleurs à l’échauffement en allant adresser quelques mots à Myers. Dès sa deuxième présence, Myers et Edmundson ont donc laissé tomber les gants. Le genre de situation que le département de la sécurité des joueurs de la LNH aurait pu prévenir en sanctionnant Myers…

Ils ont dit

Ça allait vite à mes premières présences. Mais j’ai de bonnes sensations dans les mains, et j’ai joué avec de bons joueurs.

Corey Perry

À l’échauffement, je lui ai demandé s’il voulait me donner un combat, il a dit oui, donc à notre première présence ensemble, il l’a fait. Notre équipe n’a pas vraiment apprécié sa mise en échec [contre Joel Armia jeudi], mais à sa défense, il a accepté mon invitation. Ça ne change rien au fait que nous ne sommes pas plus contents de sa mise en échec.

Joel Edmundson, à propos de son combat avec Tyler Myers

Tu dois répondre à l’appel. Myers l’a fait. Tout le monde doit le faire. Les joueurs n’oublient pas ces choses-là. Ça s’est fait dès le début et on a pu passer à autre chose.

Corey Perry, à propos de ce combat

Peu importe le trio sur la glace, peu importent les situations, on a confiance. On roule nos quatre trios, on garde notre énergie. Le temps de jeu est équilibré. Personne ne joue 22 minutes. On ne se fatigue pas, on pourra jouer plusieurs matchs en peu de jours. C’est la même chose avec les défenseurs.

Jonathan Drouin

En hausse

Brett Kulak

Sa passe sur le but de Nick Suzuki en première période était annonciatrice d’une bonne soirée de travail. L’an passé, il avait connu ses meilleurs moments en jouant un plus gros rôle, mais il démontre maintenant qu’il peut aussi exceller dans un rôle plus limité.

En baisse 

Alexander Romanov

Romanov est une recrue et va connaître de moins bons moments, c’est tout à fait normal. Ses coéquipiers semblent toutefois prêts à l’aider, comme on l’a vu avec Carey Price pendant une pause publicitaire.

Le chiffre du match

- 6

C’est le différentiel de Quinn Hughes au cours des trois matchs entre le Canadien et les Canucks. Le petit défenseur est excitant à voir jouer, mais il devra coûter moins de buts qu’il n’en produit.