Le quatrième trio du Canadien a connu de multiples personnalités depuis que Marc Bergevin a été nommé directeur général de l’équipe.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

À chaque saison sa saveur, pourrait-on conclure en regardant les formations qui ont pris part aux matchs inauguraux des huit dernières campagnes.

Tous les types y sont passés. Les fiers-à-bras – George Parros, Brandon Prust. Les « gros bonshommes » – Travis Moen, Dale Weise, Jacob de la Rose. Les petits malcommodes – Ryan White, Andrew Shaw, Nick Cousins. Les vétérans défensifs – Manny Malhotra, Torrey Mitchell, Nate Thompson. Les éléments offensifs – Paul Byron, Charles Hudon, Jordan Weal, un jeune Phillip Danault (en 2016). Et finalement, les proverbiaux joueurs « de profondeur » – Colby Armstrong, Devante Smith-Pelly, Brian Flynn, Matthew Peca.

De tout pour tout le monde, en somme.

Le quatrième trio qu’a concocté Claude Julien dans le présent camp d’entraînement a toutefois un profil inédit. Exit le papier sablé, ou presque. Sur la glace : de la vitesse à profusion et un mandat en deux temps.

Même si la mission première sera défensive, on a peut-être sous les yeux la version la plus aboutie d’un quatrième trio « capable de marquer des buts », pour reprendre une expression prononcée par à peu près tous les entraîneurs depuis la première fois où des patineurs se sont disputé une rondelle sur un étang glacé.

Artturi Lehkonen et Paul Byron ont joué avec tous les attaquants du club depuis leur arrivée à Montréal.

Le premier est l’un des plus efficaces ailiers en échec avant à la disposition de Julien. Son manque de finition autour du filet est devenu le prétexte à bien des sarcasmes, mais cela n’empêche pas qu’il a marqué 18 buts à sa première saison et que, bon an, mal an, il récolte sa trentaine de points sur un calendrier complet de 82 matchs.

Ennuyé par des blessures, Byron a peiné la saison dernière, après des campagnes de 22, 20 et 15 buts (en 56 matchs). Toutefois, il demeure l’un des patineurs les plus rapides de l’équipe, et l’un de ses plus féroces compétiteurs.

Entre eux deux, voilà Jake Evans. On a fait confiance au joueur de centre de 24 ans dès le premier jour du camp d’entraînement, après l’avoir rappelé tardivement du Rocket de Laval la saison dernière. On l’avait alors ciblé comme le remplaçant de Nate Thompson ; si le jeune homme n’a pas encore la touche d’« Uncle Nate » au cercle de mise en jeu, il compense toutefois par sa vitesse et par une offre offensive mieux garnie.

Au cours d’une visioconférence, dimanche matin, Julien n’a pas caché son enthousiasme à l’égard de son quatrième trio.

Il a rappelé que la vitesse de Byron donnait » beaucoup de chances de marquer ». En effet, Lehkonen et lui ont terminé tout juste derrière les trois membres du premier trio, la saison dernière, sur le plan des chances de marquer par tranche de 60 minutes lorsqu’ils sont sur la glace. En pleine santé, Byron peut redevenir un marqueur de 20 buts, estime son entraîneur.

Il a ensuite parlé pour une énième fois de l’« intelligence » qui caractérise le jeu d’Evans et a précisé avoir « aimé ce qu’il a vu » du joueur de centre au cours du match intraéquipe de jeudi dernier.

Comme à Boston ?

Le printemps prochain, cela fera une décennie que Julien a remporté la Coupe Stanley avec les Bruins de Boston.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Claude Julien

L’un des atouts des Oursons était, justement, le dynamisme et la constance du quatrième trio composé de Shawn Thornton, Daniel Paille et Gregory Campbell.

Interrogé sur l’évolution d’une combinaison à l’autre, l’entraîneur-chef a soutenu voir des similitudes entre les deux.

« Au centre, Campbell avait le même genre de gabarit qu’Evans [6 pi]. À l’aile, Paille patinait bien : je vois une ressemblance avec Byron », a-t-il fait remarquer.

Il s’est par contre rendu à l’évidence : Lehkonen et Thornton, un bagarreur, ne sortent pas du même moule !

Dans tous les cas, son trio de l’époque était « très fiable dans les deux sens de la patinoire et capable de marquer des buts ». Précisément ce qu’il aime de son trio du moment.

En point de presse, Byron a parlé d’un « bon fit » entre les trois joueurs, qui imposeront un « rythme élevé », promet-il, et beaucoup de combativité en échec avant.

Evans, lui, a indiqué à quel point ses nouveaux ailiers travaillaient fort et l’aidaient dans son travail. Il s’enorgueillit de piloter un trio « dur à affronter ».

« On ne fera pas dans la fantaisie, mais ce sera frustrant de jouer contre nous ; notre vitesse va forcer des revirements et nous donner des chances de marquer. »

« Ce sera le fun », a-t-il prédit.

En bref

Encore de l’amour pour Anderson

S’adressant aux médias pour la première fois du camp, Jonathan Drouin a expliqué d’à peu près toutes les manières possibles à quel point il aimait le nouveau trio qu’il forme avec Nick Suzuki et Josh Anderson. La complicité entre Suzuki et lui était manifeste pendant les dernières séries éliminatoires. Celle-ci ne s’est que bonifiée au camp, assure-t-il, et la présence d’un ailier rapide au fort gabarit à leur droite crée une véritable « unité de trois joueurs » qui « veut la rondelle ». « Andy apporte une nouvelle dimension qu’on n’avait pas vraiment vue dans le passé, a dit Drouin. Si tu n’as pas de jeu à la ligne bleue et qu’il commence à patiner à droite, tu sais que tu peux envoyer la rondelle dans le fond du territoire adverse et qu’il va aller la chercher. »

Byron : « Ce n’est pas moi qui décide »

Malgré toutes ses qualités, Paul Byron traîne un inconfortable boulet : son contrat qui alourdira la masse salariale de 3,4 millions jusqu’à la fin de la saison 2022-2023. Dans un contexte où les finances du Tricolore sont serrées comme rarement au cours des dernières années, le nom de Byron a alimenté toutes sortes de rumeurs de transaction. Le rétrograder sur l’escouade d’urgence ferait par ailleurs économiser environ 1 million au club, mais ce scénario semble improbable vu la confiance que lui accorde Claude Julien. « Ce n’est pas moi qui décide », a indiqué Byron à propos de son avenir à court terme. « Je me concentre sur ce que je peux faire pour aider l’équipe à gagner. On a tellement fait de bonnes acquisitions, c’est toute une chance qui s’offre à nous. » Jouer dans la LNH, a-t-il ajouté, « c’est chaque jour devoir prouver que tu mérites ta place ».

Nouvelle identité à court d’un homme

Claude Julien a fait preuve d’une rare candeur, dimanche, en s’exprimant à propos de son unité de désavantage numérique. La saison dernière, le Tricolore a terminé au 19e rang de la ligue, avec un taux de réussite de 78,7 %. Avec l’arrivée de Josh Anderson, Tyler Toffoli et Joel Edmundson, en plus de l’émergence de Jake Evans, l’entraîneur-chef a affirmé qu’il avait davantage de joueurs sur lesquels il pouvait « véritablement [se] fier ». Ainsi, avec plus de cartes dans son jeu, il pourra utiliser trois ou quatre combinaisons différentes, ce qui lui donnera des effectifs « plus frais » qui n’auront pas à prendre les bouchées doubles. Sur le plan de l’exécution, « parfois [la saison dernière], on était trop passifs, on donnait trop de temps [à l’adversaire]. Je crois qu’on est maintenant plus proactifs, plus agressifs dans notre zone », a conclu Julien.