« Sont gros, sont forts. Des grosses épaules. Font peur… Font peur ! »

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Est-ce Bob qui parle des Viandes ? Ou Mitch Marner qui parle du Canadien ? Allez savoir.

Quoi qu’il en soit, les autres équipes de la division Nord ont intérêt à s’y faire : le Canadien ne ressemble plus à l’équipe que l’on décrivait encore, jusque dans un passé pas si lointain, comme petite.

Cette équipe, on a pu l’observer en chair et en os pour la première fois lundi, à Brossard, avec la première séance sur glace du court camp d’entraînement 2021. Et s’il y en a un qui a aimé ce qu’il a vu, c’est Carey Price, un gars dont l’opinion compte, on devine.

« Ça va barder devant le filet ! On sera plus gros. J’ai hâte de travailler avec ces gars-là », a lancé le gardien en point de presse virtuel après la séance.

Ajouts et croissance

C’est en défense que le changement est le plus impressionnant. Les trois premiers duos à l’entraînement lundi (Chiarot-Weber, Edmundson-Petry, Kulak-Romanov) représentent un poids combiné de 1298 lb. C’est une moyenne de 216,3 lb par joueur.

À l’avant, les membres des quatre premiers trios montrent un poids total de 2328 lb, pour une moyenne de 194 lb par tête de pipe. Une moyenne qui pourrait grossir si Corey Perry (absent lundi, attendu à l’entraînement de mardi) finit par se faufiler au sein du quatrième trio. Les ailiers de cette unité, Paul Byron et Artturi Lehkonen, pèsent respectivement 165 et 178 lb, tandis que Perry en pèse 206.

Pas besoin de reculer bien loin pour constater la différence. Prenons les six défenseurs qui ont joué l’été dernier en séries, de même que les 12 attaquants les plus utilisés.

Moyenne de poids du Canadien

Séries 2020, attaquants : 189,6 lb

Camp 2021, attaquants : 194 lb (+ 4,4)

Séries 2020, défenseurs : 204,3 lb

Camp 2021, défenseurs : 216,3 lb (+ 12)

« Par moments l’an passé, on trouvait qu’on avait de la difficulté le long des rampes, on avait de la difficulté à rentrer entre les [cercles des mises au jeu]. Offensivement, ça va aider et défensivement, ce sera plus dur [pour les adversaires] de rentrer à l’intérieur contre ces gros défenseurs », a fait valoir l’entraîneur-chef du Tricolore, Claude Julien.

Ce changement s’est fait de deux façons. Il y a, d’une part, les acquisitions que le directeur général Marc Bergevin a faites pendant la saison morte. Ça commence par l’ailier droit Josh Anderson, un joueur aussi lourd (226 lb) que l’est son contrat, diront les mauvaises langues.

« Il nous aide à grossir en avant », a jugé Shea Weber. Ça continue avec le défenseur Joel Edmundson (227 lb), partenaire de Jeff Petry pour ce premier entraînement. « Un gros gars qui va faire la vie dure aux autres équipes », a décrit Weber.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Shea Weber

Et il y a la croissance des jeunes de l’organisation qui, tel Fernand dans Léolo, ont passé les derniers mois à sculpter leur corps. On pense ici à Nick Suzuki, qui est plus pesant de 7 lb et est maintenant répertorié à 208 lb, de même qu’à Alexander Romanov, lui aussi à 208 lb. La surprise a été de taille dans son cas, puisque les dernières mesures du Canadien étaient de 185 lb.

« C’est évidemment un point que Marc voulait corriger, afin que l’on soit plus gros pour les matchs où il y a moins d’espace, a expliqué Weber. On est plus costauds en avant, et Edmundson est gros en défense. Mais je ne pense pas qu’on ait sacrifié notre mobilité. Ce sera utile en séries éliminatoires, quand on aura besoin de plus gros gars. »

Contre la tendance ?

C’est Weber lui-même qui a soulevé le point de la mobilité, sans que ça ait été amené dans la question. Et cette question demeurera pertinente, car plus costaud ne signifie pas automatiquement meilleur, surtout pas à une époque où la vitesse est si valorisée.

La saison dernière, l’éclosion de Quinn Hughes (5 pi 10 po, 170 lb), de Cale Makar (5 pi 11 po, 187 lb) et d’Adam Fox (5 pi 11 po, 181 lb) a souligné à gros traits l’impact que peuvent avoir des arrières de petite taille doués offensivement. Ils ont été de véritables meneurs de jeu pour leur équipe.

D’ailleurs, parmi les 15 premiers défenseurs de la LNH pour les points en 2019-2020, 8 pesaient moins de 200 lb.

En revanche, le Lightning de Tampa Bay a soulevé la Coupe Stanley avec des défenseurs d’un poids moyen de 215 lb. Il importe toutefois de noter qu’un des poids lourds à la ligne bleue du Lightning est un certain Victor Hedman, possiblement le meilleur défenseur de la LNH depuis quatre ans. Mikhail Sergachev n’est pas vilain non plus sur ses patins.

À vue de nez, la défense montréalaise regroupe néanmoins de bons athlètes. Petry et Brett Kulak sont d’excellents patineurs. Romanov fait surtout parler de lui pour son intensité, mais il possède aussi un bon coup de patin, que l’on pourra mieux évaluer au cours des prochaines semaines, en l’observant contre des joueurs de la LNH qui auront trouvé leur rythme de croisière.

Ben Chiarot en a surpris plusieurs avec son agilité sur patins la saison dernière, mais il vient aussi de passer de 225 à 234 lb selon les récentes données. Il faudra voir si sa mobilité s’en ressentira. Edmundson est quant à lui passé de 215 à 227 lb. Weber, lui, n’a jamais été confondu avec Paul Coffey, mais il a toujours su adapter son jeu contre des rivaux plus rapides.

Même si nous avons de gros joueurs, ils ont de la mobilité. Romanov patine bien, Anderson aussi. On n’a pas perdu en mobilité. Marc [Bergevin] a acquis des joueurs qui vont bien entourer l’équipe.

Claude Julien

Plus tard, Julien rappellera que la vitesse de son équipe se mesure aussi dans sa rapidité à distribuer la rondelle, à la faire circuler. « On a eu de bonnes séries par rapport aux attentes envers notre équipe. On jouait vite, on faisait bouger la rondelle rapidement. On a ajouté du muscle à ce style rapide qu’on veut pratiquer », a-t-il résumé.

La clé sera donc de voir si, avec cette équipe 2021 du Canadien, Bergevin et Julien trouveront le juste milieu entre le gabarit et la vitesse.

En bref

Finalement, Tatar était là !

Marc Bergevin avait annoncé dimanche que Tomas Tatar allait rater le premier entraînement du camp, mais il était finalement dans l’erreur. Le Slovaque a bel et bien terminé sa quarantaine et a patiné avec ses coéquipiers lundi. Sans surprise, il a retrouvé sa place à la gauche de Phillip Danault et de Brendan Gallagher. Il ne manquait donc que Corey Perry, qui devrait patiner dans son nouvel uniforme ce mardi. Dans quel rôle ? « On a des enjeux de plafond salarial, il y a des choses que je ne contrôle pas. Il faudra voir ce qui va se passer. Peu de joueurs sont meilleurs que Perry devant le filet, a rappelé Julien. Avec 56 matchs en peu de temps, on verra tout le monde dans la formation, d’une façon ou d’une autre. »

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Tomas Tatar

Séance courte

Pour cette première séance sur glace, Julien n’a pas pressé le citron. L’exercice de lundi a duré environ 45 minutes, un entraînement plutôt court comparativement à ce que nous sommes habitués de voir dans les camps. Mais Julien a souhaité tenir compte du contexte particulier de ce début de saison, car une grande majorité de ses joueurs ressort tout juste d’une quarantaine de sept jours exigée par la LNH. « On ne veut pas que ça rattrape les joueurs, qu’ils aient des blessures à l’aine. Ce sera aux entraîneurs et aux soigneurs de bien gérer la situation. Si des gars commencent à être raides, on a besoin de le savoir. On gère ça de façon prudente », s’est justifié l’entraîneur.

Match intraéquipe

Julien a aussi donné quelques précisions sur le déroulement du camp. Deux matchs simulés sont à l’horaire, mais il y aura des différences entre les deux. Celui de jeudi aura lieu à 11 h, à l’heure d’un entraînement, et se déroulera en trois périodes de 15 minutes. Mais celui du 10 janvier sera en quelque sorte une répétition d’un jour de match de saison. Les joueurs seront donc conviés à l’aréna en matinée, mais disputeront la rencontre à 19 h. Et on jouera trois périodes de 20 minutes, à temps chronométré. « Comme on n’a pas de match préparatoire, on va en simuler un », a dit Julien.

L’homme au masque blanc

Carey Price s’est présenté sur la patinoire avec un masque tout blanc. L’explication ? Selon la publication spécialisée InGoal Magazine, un nouveau masque serait en production. Le look est absolument spectaculaire. Voici un aperçu.