Bruce Cassidy adore les tâches quotidiennes rattachées à son métier. La préparation, l’enseignement, la compétition, la pression. On rince et on répète.

Joshua Clipperton
La Presse canadienne

« Lorsque vous faites face à des contraintes et que vous avez un calendrier structuré — bang — vous trouvez des solutions pendant l’année. Il y a des échéanciers pour chaque chose et vous devez être efficaces », illustre l’entraîneur-chef des Bruins de Boston.

Mais comme bien d’autres personnes confinées à leur domicile ou leur appartement pendant la pandémie de la COVID-19, même Cassidy, dont l’équipe occupait le premier rang du classement général de la LNH lorsque la saison a été interrompue le 12 mars, a de la difficulté à se motiver dans un contexte où une journée se confond dans l’autre.

« Comme dit le dicton, "Rien à faire et toute la journée pour le faire" », a-t-il ajouté en riant lors d’une récente entrevue.

« Soudainement, la journée est terminée. Vous avez deux choses à faire. Vous finissez par passer à travers la première et là, vous vous dites "Bon, je n’ai pas le temps faire l’autre chose". »

Beaucoup de choses ont été dites au sujet des efforts des joueurs de demeurer en forme en s’entraînant à domicile depuis que l’éclosion de coronavirus a forcé la ligue à décréter une pause, il y a presque deux mois.

Les entraîneurs essaient également de demeurer alertes.

Certaines équipes ont donné des projets et des échéanciers aux membres de leur personnel hockey. D’autres ont accordé plus de latitude à leurs entraîneurs et les ont laissés travailler à leur rythme quand il est devenu évident que la trêve allait durer un certain temps.

Si les matchs recommencent cet été — la ligue étudie divers scénarios de reprise du jeu si les gouvernements leur donnent le feu vert — il y aura du travail à faire portant sur les adversaires potentiels dans les séries éliminatoires, l’évaluation des joueurs et les aspects à améliorer.

Brad Shaw, un entraîneur-adjoint avec les Blue Jackets de Columbus, dit avoir complété plusieurs tâches sur lesquelles, en temps normal, on travaille pendant l’entre-saison.

L’ancien défenseur dans la LNH s’est attardé au rendement de son équipe en désavantage numérique et a étudié les tactiques par les formations les plus efficaces à court d’un homme et lors de supériorités numériques.

« Je regarde s’il y a des choses que nous pouvons emprunter et d’autres pour lesquelles nous devons nous préparer, précise Shaw. Mais c’est un peu difficile quand on n’a pas un véritable échéancier. Certains jours, ça joue sur la motivation. »

Sheldon Keefe, l’entraîneur-chef des Maple Leafs de Toronto, affirme qu’il s’agit d’une responsabilité professionnelle d’être prêt.

PHOTO CHRIS YOUNG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Sheldon Keefe

« Les circonstances sont difficiles pour tous à travers le monde, mais notre saison n’est pas terminée. Nous devons prendre avantage de chaque journée devant nous pour travailler dans le but d’offrir de meilleures versions de nous-mêmes », explique Keefe, dont la carrière d’entraîneur-chef dans la LNH ne comptait que 47 matchs lorsque la pandémie a sévi.

Quant à Kirk Muller, l’associé de Claude Julien chez le Canadien de Montréal, il est retourné à son domicile de Kingston, une première pour lui au printemps en 15 ans.

« Je suis M. Extérieur, a-t-il décrit. Je travaille sur notre terrain, je coupe des arbres, je fais du désherbage. Deux de mes filles sont avec moi et l’un de mes petits-fils est ici… Ça bouge, je ne me suis pas ennuyé. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Kirk Muller et Claude Julien derrière le banc du Canadien

Cassidy, qui a confié différents mandats à son personnel sans fixer d’échéanciers fermes, soutient que l’inconnu rend la situation difficile pour un entraîneur. Si jamais la LNH obtient le feu vert, combien de joueurs seront admis sur la glace pour les premiers entraînements ? Verra-t-on des matchs de la saison régulière ? Est-ce que la ligue va se lancer immédiatement dans les séries éliminatoires ? Est-ce que le format habituel des séries sera modifié pour accueillir plus que 16 équipes ?

Il sait aussi qu’il existe une possibilité que tout le travail accompli pendant la pause n’aboutisse nulle part,

« Je suppose que s’il ne se passe rien, alors il ne se passera rien », dit Cassidy.

« Tout ça ira dans une filière et sera prêt la saison prochaine. »