Lorsque les dirigeants du Canadien feront l’autopsie de cette saison 2019-2020, il serait intéressant de savoir quelles conclusions ils tireront de la gestion des blessures.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

À la lumière de ce qu’a indiqué Paul Byron à la sortie de l’entraînement optionnel de mardi, on a eu affaire à un deuxième cas confirmé, cette saison, de retour précipité qui a mené à une plus longue absence.

Byron, rappelons-le, manque à l’appel depuis la mi-novembre, quand il s’est blessé à la suite d’une sorte de croc-en-jambe de la part de Richard Panik, à Washington.

Le petit ailier devait initialement manquer quatre semaines après avoir été opéré à un genou, mais il a aggravé sa blessure lors de sa remise en forme, à la mi-décembre, avant que l’équipe parte vers l’Ouest canadien.

« J’ai poussé très fort pour revenir. Mais dans les quatre ou cinq jours avant mon premier entraînement complet, je sentais que quelque chose clochait, a indiqué Byron. C’était peu après l’opération et chacun réagit différemment. Je n’étais pas entièrement prêt pour cette intensité. Cette fois, j’ai pris du temps pour m’assurer que ce soit guéri », a dit le numéro 41.

Son cas s’ajoute donc à celui de Brendan Gallagher, dont le premier retour au jeu après une commotion cérébrale n’a duré qu’un match.

Science inexacte

En fait, les récents développements ont été un rappel supplémentaire de la difficulté de prédire la durée des absences lorsqu’il y a blessure. Regardez le bilan du Tricolore cette saison.

Jonathan Drouin
Le 19 novembre, l’équipe annonce une intervention chirurgicale au poignet. « La période de rétablissement de Jonathan Drouin devrait être d’un minimum de huit semaines », écrit le Canadien sur Twitter. Il a finalement manqué 11 semaines.

Paul Byron
Toujours le 19 novembre 2019 : après avoir subi une intervention chirurgicale à un genou, la période de rétablissement de Byron est estimée à quatre semaines. Il est lui aussi rendu à 11 semaines.

Brendan Gallagher
Il s’est blessé le 31 décembre en Caroline. Le 2 janvier, l’entraîneur-chef Claude Julien confirmait le diagnostic de commotion cérébrale. Une semaine plus tard, il revenait au jeu, un retour qui allait durer un seul match. Il allait ensuite s’absenter pour trois semaines supplémentaires. Julien a d’abord parlé de « maux de tête », puis c’est devenu flou. Toujours est-il que le fougueux ailier droit a eu besoin de trois semaines supplémentaires, portant une visière teintée.

Victor Mete
Le 2 décembre 2019, le Tricolore annonce qu’il a subi une blessure à une cheville et qu’il ratera au minimum deux semaines. Il est finalement revenu trois semaines plus tard, le 23 décembre.

Matthew Peca
Le 12 décembre, l’équipe dévoile qu’il est blessé à un genou et qu’il ratera six semaines. Dans son cas, le diagnostic était prudent ; il est revenu dès le 11 janvier, en avance sur l’échéancier.

Pression

Le problème, c’est que dans le milieu hautement compétitif du sport professionnel, toutes sortes de pressions peuvent s’accumuler pour hâter le retour d’un blessé.

Cette pression vient parfois — souvent — du joueur lui-même. Que ce soit par pur désir de jouer, ou en raison de négociations contractuelles qui approchent, un athlète peut être tenté de masquer des maux.

Dans d’autres cas, l’entraîneur peut taper du pied. Est-ce le cas de Drouin ? Il pouvait se dégager cette impression quand on entendait Julien, la semaine dernière, répéter que la décision « appartient au joueur » et qu’il est guéri.

Après la victoire de samedi, on a demandé directement au numéro 92 s’il avait ressenti de la pression des entraîneurs pour revenir rapidement. Réponse : « Non, ça a été bien fait. Des fois, c’est ça. Mais c’était une blessure assez majeure que personne ne m’a mis de pression. C’était à moi de me sentir bien, je voulais prendre mon temps et être sûr que je serais correct. »

Le paradoxe

Quoi qu’il en soit, c’est un Drouin pas à 100 % de ses capacités que le Tricolore a retrouvé samedi. Le Québécois semble hésitant dans ses gestes et ne tire pas aussi souvent. Pendant un arrêt de jeu en troisième période, lundi, on l’a vu retirer son gant et faire quelques mouvements de poignet, comme un joueur qui n’est pas encore dans un état satisfaisant.

Le poignet est un facteur, mais la bonne vieille « game shape » (la condition physique optimale pour disputer un match) est un autre facteur. C’est ce dernier problème qui guette Byron, dont le retour approche. 

Je ne crois pas [mercredi], mais peut-être vendredi, peut-être samedi.

Claude Julien, au sujet du retour au jeu de Paul Byron

Byron, comme Drouin, sera confronté au paradoxe des joueurs qui reviennent dans l’action. D’un côté, ils sont rouillés et ont besoin de séances d’entraînement avec contacts. De l’autre, une partie de cette rouille partira en jouant des matchs, pas en accumulant les entraînements.

« Il y aura de la rouille, c’est sûr, a convenu Byron. Les joueurs sont dans leur forme de mi-saison. Les équipes poussent pour une place en séries. C’est dur de manquer trois mois, revenir, et trouver leur intensité et leur rythme. »

« Je m’attends à être rouillé, mais la seule façon de la chasser, c’est de jouer des matchs. Quand tu reviens, la plus grosse chose, c’est d’être hésitant, de craindre de se blesser de nouveau. Je ne suis pas là du tout, je suis prêt. »

Le Canadien amorce mercredi une séquence de trois matchs en quatre soirs. L’équipe ne devrait donc pas tenir d’entraînement complet avant lundi prochain. Alors Byron n’aura pas le choix, Drouin non plus : ils devront chasser la rouille en jouant des matchs.

Dans une équipe qui doit gagner environ quatre matchs sur cinq pour rester en vie, ce n’est pas une situation idéale.