Voir son entraîneur perdre son emploi fait partie de la vie d’un hockeyeur professionnel. Mais voir le même entraîneur être congédié deux fois dans des circonstances quasi identiques, c’est autrement moins commun.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Jonathan Marchessault peine encore à saisir ce qui s’est produit chez les Golden Knights.

Mercredi, Gerard Gallant a été relevé de ses fonctions, lui qui avait pourtant mené cette équipe en finale de la Coupe Stanley à sa première saison d’existence. Après une campagne solide l’année dernière, la formation a échoué à trouver son erre d’aller cette saison et se retrouve présentement dans l’étrange situation où une exclusion des séries est aussi probable qu’un titre de division.

PHOTO JOHN WOODS, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Gerard Gallant

Les quatre défaites consécutives encaissées par les Knights ont amené la direction à éjecter Gallant de son siège et à le remplacer par Peter DeBoer. Celui-ci a rencontré ses nouveaux joueurs quelques minutes avant leur match contre les Sénateurs jeudi soir et a tenu avec eux, vendredi à Montréal, un premier entraînement complet. Les Knights affronteront le Canadien ce samedi au Centre Bell.

« Quatre de suite, ce n’est pas la panique, a fait remarquer Marchessault. On n’était pas loin. Personnellement, je pense que c’est une décision douteuse. C’est surprenant pour tout le monde. »

La surprise est d’autant plus grande que le Québécois a presque vécu la même situation en 2016 chez les Panthers de la Floride. À la fin du mois de novembre, la formation dirigée par Gallant ne se trouvait qu’à deux points de la dernière équipe repêchée, et ce, même si elle était privée de Jonathan Huberdeau depuis le début du calendrier. L’entraîneur-chef était tout de même passé à la trappe.

« À un moment donné, tu ne peux pas faire des miracles, a poursuivi Marchessault. C’est juste bizarre comme situation. C’était bizarre en Floride, et là ce l’est encore davantage aujourd’hui. »

« En fait, le monde du hockey est bizarre, a-t-il encore dit. Peu importe ce que tu fais, tu n’es jamais safe. »

L’ailier a été d’autant plus affecté par ce départ que Gallant est, selon ses propres mots, « une grosse raison » pour laquelle il a eu sa chance dans le désert du Nevada. C’est sous ses ordres, chez les Panthers, que sa carrière a pris son envol. Et l’entraîneur a été tout sauf un étranger à son arrivée chez les Knights.

« Je l’ai texté pour le remercier de tout ce qu’il a fait pour moi, a raconté Marchessault. J’espère un jour pouvoir retravailler avec lui. Il y a 30 autres équipes qui devraient aller le chercher. »

Adoré de ses joueurs

On comprend que Marchessault avait une relation spéciale avec Gerard Gallant. Mais partout où il est passé, l’entraîneur s’est attiré la réputation d’un entraîneur adoré par ses joueurs.  

Dale Weise l’a croisé chez le Canadien, en 2014, lorsque Gallant était l’adjoint de Michel Therrien. Mercredi dernier, quand il a entendu la nouvelle, l’attaquant du Tricolore a parlé d’une personne « incroyable ». Ce n’est pas le genre de qualificatif qu’on entend souvent dans un vestiaire.

Dans une entrevue accordée plus tôt cette semaine, le gardien Marc-André Fleury a déclaré qu’il était « fâché contre [lui-même] d’avoir laissé ça se produire ».

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Marc-André Fleury

« C’est sûr qu’on se sent responsables », a-t-il confirmé vendredi à Montréal.  

Au printemps 2018, La Presse racontait justement à quel point les joueurs des Knights raffolaient de leur coach.  

La haute direction des Knights n’a pas beaucoup élaboré sur les motifs menant au renvoi de Gallant, que les rumeurs envoient déjà sous d’autres cieux — à Detroit, où il a disputé neuf saisons comme joueur dans les années 80 et 90, à Montréal ou encore à Seattle, par exemple.  

Or,  il est vrai que les performances de l’équipe jusqu’ici cette saison sont très en deçà des attentes. De l’avis de presque tous les analystes, Vegas aurait dû lutter pour le sommet de la division Pacifique, pas se battre pour une place en séries. Le cœur de la formation de l’année dernière était de retour et comptait en plus sur Mark Stone dès le début de la campagne. Mais la constance n’a jamais été au rendez-vous. À preuve, la fiche actuelle de 25 victoires en 50 matchs, en route vers une récolte décevante de moins de 100 points au classement.

Selon Fleury, cette décision-surprise « démontre à quel point la course est serrée pour les séries ».  

« Si le DG pense que ça prend ça pour qu’on y participe, il faut lui faire confiance. »

Dans tous les cas, « le message est très clair : on ne joue pas bien », constate l’attaquant Tomas Nosek, qui fait partie de la douzaine de joueurs qui étaient de l’édition originale des Knights en 2017-2018, celle-là même qui a presque touché à la coupe sous les ordres de Gallant.

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Tomas Nosek et Marc-André Fleury

Nosek et ses coéquipiers ont connu le premier entraînement du règne de Peter DeBoer vendredi. Une longue séance d’un peu plus d’une heure au cours de laquelle le nouveau venu a plusieurs fois interrompu les exercices en cours pour apporter de petits ajustements. Jonathan Marchessault l’a d’ailleurs décrit comme un entraîneur « pensé », dont les demandes sont précises.

« Il veut qu’on soit tous au diapason, analyse Nosek. Les petits détails sont importants. Je ne sais pas encore ça fera une grande différence, mais ce n’est pas le moment de regarder derrière nous. On doit se mettre au travail et poursuivre sur notre lancée avant la semaine de congé. »

Les Knights ont déjà offert une victoire à DeBoer en vainquant les Sénateurs 4-2 à Ottawa jeudi. Contrairement au Canadien, qui tombe en congé après le match de samedi, il leur restera un autre arrêt — à Boston — avant leur semaine de repos.  

Mine de rien, ils pourraient bien figurer au sommet de leur division à ce moment-là. Et s’ils devaient tenir le coup jusqu’aux séries, on connaît tout le dommage qu’ils peuvent causer le printemps venu.

À la vitesse où les entraîneurs changent d’équipe cette saison, qui sait si les Knights ne croiseront pas Gallant sur leur route avant longtemps.

— Avec la collaboration de Guillaume Lefrançois,  La Presse

La course folle de Peter DeBoer

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Peter DeBoer

Mardi, Peter DeBoer était sur le bord de la piscine en Floride avec sa femme et sa fille lorsque son téléphone a sonné. Cet appel a fait en sorte que ce samedi soir, il dirigera déjà un deuxième match avec une équipe dont il travaille toujours à retenir le nom de tous les joueurs.

De l’aveu même de l’entraîneur-chef des Golden Knights de Vegas, les derniers jours ont été complètement « fous ». Mardi, il a accepté l’emploi qu’on lui offrait, à peine plus d’un mois après avoir été largué par les Sharks de San Jose. Mercredi, alors que la nouvelle du congédiement de Gerard Gallant a été rendue publique, il a tenté d’aller rejoindre son équipe à Ottawa, mais le vol censé le transporter à Toronto a été annulé.  

Jeudi, il est attrapé trop tard pour attraper l’entraînement matinal de ses troupes. Il a donc enfilé un survêtement des Knights et affronté les journalistes, sans avoir encore rencontré ses joueurs. Les présentations se sont faites en vitesse dans les instants précédant la rencontre.  

Il n’avait même pas pensé à apporter un complet avec lui, si bien qu’il a dû en acheter un nouveau sur le pouce avant son premier match. Idem pour ses patins, restés en Floride. Il a donc pu en étrenner une paire flambant vendredi sur la glace du Centre Bell.

On lui pardonnera donc d’avoir subtilement respiré des sels d’ammonium pendant le duel entre les Knights et les Sénateurs jeudi à Ottawa, question de se garder bien éveillé derrière le banc.

« J’avais 40 noms à me mettre dans la tête avant d’arriver à Ottawa. Une fois rendu, je devais m’éclaircir les idées et me mettre au travail », a raconté DeBoer aux journalistes montréalais.

Rencontre « embarrassante »

Chez les Knights, il retrouve une équipe que les Sharks ont battue dans la controverse au premier tour des dernières séries. Des mots par très gentils avaient été échangés, notamment.  

La première rencontre avec les joueurs, jeudi, a donc été « embarrassante » [awkward], a avoué DeBoer.  

La victoire à Ottawa a toutefois contribué à assainir rapidement l’ambiance. Ses hommes lui ont d’ailleurs offert la rondelle du match après le sifflet final.

« Je crois que tout le monde arrive dans de meilleures dispositions après une victoire, a-t-il dit. J’apprends à connaître les gars, ils me posent de très bonnes questions. Ils travaillent fort et sont enthousiastes. »

L’un joueurs les plus détestés à San Jose, depuis l’affrontement du printemps dernier, est certainement le dur à cuire Ryan Reaves. À la blague, il a offert un câlin à son nouvel entraîneur jeudi pour marquer leur réconciliation. Et vendredi, il s’entraînait sur la première vague de l’avantage numérique, avec la mission évidente de déranger le gardien de but près du filet.

Comme quoi, parfois, les choses peuvent changer vite !

« Ryan est un joueur sous-estimé, a estimé DeBoer. Il a marqué un gros but pour nous [jeudi]. Son trio [avec William Carrier] s’améliore chaque année. C’est déjà du hockey de séries éliminatoires. On doit avoir de la profondeur, des joueurs qui jouent différents rôles, des gars peuvent punir l’adversaire avec un but ou mettre la table physiquement pour le trio suivant. Ils nous donnent une excellente option. »

DeBoer a encore deux matchs sur la route pour apprivoiser sa nouvelle équipe, mais c’est surtout au cours de la semaine de relâche qu’il compte se poser un peu, rencontrer tout le personnel d’entraîneurs et s’acclimater à son nouvel environnement de travail.

La pause arrivera à point nommé pour lui, a-t-il avoué.  

Car il a réellement du pain sur la planche. Il doit d’abord trouver le respect dans un vestiaire où son prédécesseur faisait l’unanimité. Et il doit ensuite aider cette équipe à gagner avec régularité.

Dans les deux cas, il se dit sûr d’y arriver, même s’il ne dispose pas d’énormément de temps pour se faire connaître.

« C’est une bonne équipe depuis longtemps. Elle va traverser la tempête. Il y a seulement quelques trucs à ajuster. Ce groupe a tellement de caractère, il va s’en sortir en travaillant. »