Beaucoup de monde croise les doigts pour que le Mondial junior se déroule sans anicroche.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Il y a bien sûr les joueurs, dont les narines reçoivent quotidiennement la visite d’un écouvillon qui s’assure que la COVID-19 ne s’est pas immiscée dans la bulle d’Edmonton – ce qui est hélas arrivé, a-t-on appris vendredi. Sans parler des organisateurs, qui travaillent depuis des mois pour que le tournoi ait lieu comme prévu.

Mais il y aura aussi un groupe de spectatrices particulièrement attentives : les membres de l’équipe canadienne féminine senior, qui espèrent de tout cœur que la bulle restera hermétique.

Car dans quatre petits mois, la ville d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, est censée être l’hôtesse du Championnat du monde féminin, rendez-vous annuel le plus attendu des hockeyeuses, à l’exception des Jeux olympiques.

« Notre Mondial sera influencé par le succès du junior », estime Lauriane Rougeau, membre de l’équipe canadienne aux Jeux de Sotchi et de PyeongChang.

S’ils connaissent des difficultés là-bas [à Edmonton], on craint que ça devienne difficile pour nous aussi de créer une bulle [à Halifax]. Ça a un impact sur tout le monde, alors on veut vraiment que ça réussisse.

Lauriane Rougeau

Cette impression est loin d’être sans fondement : La Presse a pu confirmer auprès de la Fédération internationale de hockey sur glace qu’on souhaitait tirer des apprentissages du Mondial junior, première compétition majeure depuis le début de la pandémie, pour planifier le tournoi d’Halifax.

Une quinzaine sans trop de heurts à Edmonton apporterait aussi une rare bonne nouvelle chez Hockey Canada, qui a dû procéder à des coupes au sein de son personnel en raison de la pandémie. Et la tenue comme prévu du Mondial féminin en avril apparaîtrait comme un baume pour les joueuses, qui ont vu l’évènement être annulé en 2020, au plus fort de la première vague d’infections du printemps.

En réalité, hormis une série de matchs hors concours disputés l’hiver dernier contre les États-Unis, la formation canadienne n’a pas pris part à un tournoi en bonne et due forme depuis le Championnat du monde de 2019.

Si les astres s’alignent en leur faveur, les joueuses pourraient se réunir pour la première fois depuis une éternité en janvier dans un camp d’entraînement préalable au Mondial qui, lui-même, constituerait essentiellement la dernière étape de sélection en vue des Jeux de Pékin à l’hiver 2022.

« Il n’y a plus beaucoup de choses qui s’en viennent pour les évaluations, constate la gardienne Ann-Renée Desbiens. Mais on sait que Hockey Canada fait son possible pour s’ajuster et pour permettre à tout le monde d’avoir une chance égale » de se faire valoir.

« Surtout avec l’arrivée du vaccin, on garde l’espoir qu’au cours des prochains mois, il y aura quelque chose de concret pour nous », renchérit celle qui vise le poste de partante aux Jeux de Pékin.

Enfin sur la glace

Rougeau et Desbiens ainsi que leur coéquipière Ann-Sophie Bettez ont discuté avec La Presse jeudi soir dernier, quelques minutes avant qu’elles ne sautent sur la glace pour un entraînement de groupe.

Une affirmation surprenante en soi, puisque les sports d’équipe sont interdits à Montréal et ailleurs en zone rouge. Or, le centre de hockey de haute performance 21.02, dirigé par l’entraîneuse Danièle Sauvageau, a obtenu une dérogation de Québec vu la présence dans son groupe d’une quinzaine d’olympiennes qui se préparent pour les Jeux de 2022.

Les joueuses se retrouvent donc sur la glace jusqu’à cinq fois par semaine. Elles sont considérées comme une « bulle » – comme le serait une classe dans un programme sport-études, par exemple –, et ne peuvent donc pas s’entraîner avec d’autres personnes. Il n’est pas encore question de disputer des matchs, mais de simplement pouvoir exécuter des exercices sur la patinoire est en soi un soulagement immense.

« C’est encourageant », résume simplement Bettez. À 33 ans, elle souhaite de tout cœur participer à ses premiers Jeux, après avoir intégré le giron de Hockey Canada il y a deux ans seulement.

L’ex-attaquante étoile des Canadiennes de Montréal avoue avoir vécu un bref « moment de panique » lorsque le deuxième confinement a été annoncé, au début du mois d’octobre. Soudain, plus de gymnases ni d’arénas.

On s’est dit : “Qu’est-ce qu’on fait ?” C’est une année super importante pour celles qui veulent se tailler un poste au sein de l’équipe nationale. Danièle a travaillé très fort pour qu’on ait la dérogation. Ça nous a donné un vent nouveau.

Ann-Sophie Bettez

Avant de retrouver le droit de s’entraîner en groupe, les joueuses se sont momentanément contentées d’un compromis leur permettant d’être seulement deux à la fois sur une demi-patinoire. « C’est mieux que zéro, mais tu fais le tour assez vite », dit encore Bettez.

Adaptation

L’un des objectifs est maintenant de ne plus perdre cet acquis, et on met les bouchées doubles pour y arriver en respectant à la lettre les protocoles sanitaires en place. Les joueuses ont même convenu de les renforcer en portant un masque sur la glace, même si elles n’y sont pas tenues.

Du reste, la routine est celle d’un entraînement traditionnel. Des matchs intraéquipes sont organisés, mais « ce n’est pas évident de faire des présences de deux minutes et plus ! », rigole Bettez. « On s’adapte, on est toutes dans le même bateau. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Ann-Sophie Bettez, Ann-Renée Desbiens et Lauriane Rougeau.

Les joueuses n’étaient tout de même pas restées inactives malgré des mois à la maison, tout au contraire. Les préparateurs physiques de Hockey Canada leur avaient fourni des programmes d’entraînement, et des services de préparation mentale ont été rendus disponibles pour elles. « Mais il n’y a rien comme un match », note Ann-Renée Desbiens.

Parlant de match, les yeux des trois joueuses s’illuminent lorsqu’on leur demande si elles seraient prêtes à affronter un adversaire au pied levé. L’éternelle rivale des États-Unis, par exemple.

« En tout cas, il y aurait beaucoup de chances de marquer, parce qu’il y aurait de la rouille », s’amuse Lauriane Rougeau.

« Ça deviendrait très vite très compétitif, assure Ann-Renée Desbiens. On n’a pas vu de compétition depuis longtemps, mais après une présence ou deux, tout reviendrait et l’adrénaline embarquerait. Il y a des choses qui ne s’oublient pas. »

« Surtout contre les Américaines », prend-elle soin de préciser en riant.

Qu’elles se le tiennent pour dit.