Quand on lui demande comment elle compte faire pour cumuler tous ses boulots, Mélodie Daoust éclate de rire au bout du fil. « Ce n’est pas la première fois qu’on me pose cette question… »

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Non, en effet, ce n’est pas la première fois. Sauf que maintenant, en ce mois de décembre 2020, son assiette commence à être assez pleine, merci : joueuse de hockey, assistante chez les Carabins de l’Université de Montréal et, depuis peu, analyste à TVA Sports, où elle ira à l’occasion commenter sur les activités du Canadien et de la Ligue nationale.

Alors oui, ça commence à faire pas mal d’affaires, tout ça, mais la jeune femme de 28 ans – « bientôt 29 ans », s’empresse-t-elle de préciser –, jure qu’elle aime ça ainsi.

« J’ai toujours aimé ça, jongler avec plusieurs projets en même temps, explique-t-elle. L’idée de faire de la télévision m’intéressait, et en plus, je vais continuer mon entraînement avec la formation canadienne en vue des prochains Jeux en 2022 ; si tout va bien, on va aller sur la glace à Calgary du 17 au 30 janvier. »

À n’en point douter, Mélodie Daoust sent que le vent commence à tourner un peu. Une analyste comme elle à la télé, ça devient de plus en plus la norme dans un milieu où les femmes avaient du mal à être admises il n’y a pas si longtemps. Elle se réjouit aussi des histoires comme celle de Kendall Coyne Schofield, embauchée en novembre par les Blackhawks de Chicago, à titre d’entraîneuse au développement des joueurs.

« Les portes commencent à s’ouvrir… On est en 2020. La diversité, je pense que tout le monde est de plus en plus à l’aise avec ça. On voit qu’il y a des gens qui sont embauchés pour ce qu’ils sont capables d’apporter, en raison de leurs capacités, que ce soit un homme ou une femme. Ça, je trouve ça génial. »

Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’il ne reste pas de chemin à faire. La double médaillée olympique admet entre autres que la cause du hockey féminin, et le projet d’une véritable ligue professionnelle au féminin digne de ce nom, est loin d’être une affaire réglée.

« J’ai quand même la chance de recevoir un salaire d’Équipe Canada pour jouer au hockey, mais avec les Canadiennes de Montréal, j’ai vu des filles qui devaient rentrer d’un match à Toronto à 2 h du matin le dimanche, et qui avaient à se lever le lundi à 7 h pour aller travailler… j’ai vu des entraînements le soir à 21 h avec juste les joueuses et aucun soigneur sur place si jamais il y a une blessure.

Alors ce n’est pas gagné. Je sais qu’on a eu des discussions avec le commissaire Gary Bettman en vue d’un partenariat avec la LNH, je sais qu’il y a eu plusieurs discussions qui ont eu lieu, mais il n’y a rien de concret qui a été fait.

Mélodie Daoust

Au moins, c’est un peu mieux, à son avis.

« Le hockey féminin avance, ajoute-t-elle. Moi, j’ai dû jouer avec des garçons jusqu’au Midget AAA, où la différence de poids était devenue trop énorme. De nos jours, je regarde ce qui se passe au hockey féminin et je vois qu’il y a des camps à l’été pour les filles, je vois aussi qu’il y a des équipes pour les filles dès un très jeune âge. Alors ça change. »

Ce qui ne change pas, par contre, c’est que Mélodie Daoust sera occupée, de plus en plus occupée au cours des prochaines semaines, et puis ça tombe bien, parce qu’elle aime ça ainsi. « J’ai aussi un petit garçon de deux ans et demi à la maison… mais je ne me plains pas. J’aime ça comme ça. »