Marc-André Bergeron a passé sa carrière de défenseur à la solde des décideurs du monde du hockey.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Malgré une saison de 102 points et 42 buts en 69 matchs à sa dernière année chez les juniors, à Shawinigan, et le titre de défenseur de l’année au pays, malgré des saisons de 26 points en 54 matchs et de 35 points en 75 matchs à ses deux premières années à Edmonton et une finale de la Coupe Stanley en 2006, ce défenseur de 5 pieds 9 pouces s’est toujours fait dire qu’il n’était pas assez bon pour accéder à un top 4 défensif dans la LNH.

Bergeron a changé d’organisation 7 fois, joué dans 14 villes, et terminé sa carrière en Suisse (puis dans la Ligue américaine), à 36 ans, parce qu’on ne voulait plus de lui dans la LNH au début de la trentaine.

Quand on lui a offert en 2012 d’investir dans le baseball professionnel afin d’établir les Aigles de Trois-Rivières, dans sa ville natale, alors qu’il n’avait pas encore pris sa retraite du hockey, cet ancien défenseur du Canadien a accepté pour plusieurs raisons, mais une en particulier.

« C’était enfin un moyen pour moi de contrôler ma destinée, confie-t-il. J’étais tanné de me faire dire tu embarques, tu débarques, tu pratiques à 10 heures demain matin, tu t’en vas dans la Ligue américaine, tu remontes, tu n’es pas assez bon pour notre top 4, tanné d’être à la merci de tout le monde. Avec les Aigles, je pouvais enfin être en contrôle. Et je me positionnais dans quelque chose que j’avais envie de faire après ma retraite de joueur. »

S’il n’avait pas eu le flair d’accepter cette proposition, il ne serait sans doute pas devenu cette semaine le grand manitou de la nouvelle équipe de l’ECHL à Trois-Rivières, peut-être le nouveau club-école du Rocket de Laval si tout se passe comme prévu.

Son audace lui a permis de construire son après-carrière. Cette même audace lui a permis de disputer 490 matchs dans la Ligue nationale et d’amasser 235 points sans jamais avoir été repêché.

« Je n’ai pas eu la chance d’aller au cégep ou à l’université, mais en investissant avec les Aigles, je venais de me payer un cours universitaire en business… »

Son travail avec le club de baseball de Trois-Rivières, à titre de président, a été remarqué par les autorités municipales. Quand on a lancé le projet du nouveau Colisée, il y a quelques années, on l’a mandaté pour sonder le terrain afin de trouver d’éventuels locataires.

« On a exploré certains scénarios depuis deux ans, dit-il. Ça n’allait évidemment pas être une équipe de la Ligue nationale. Il y avait peut-être l’éventualité d’une équipe de la Ligue américaine, surtout s’il y avait une éventuelle équipe à Québec, mais aussi l’ECHL, la Ligue de hockey junior majeur du Québec, la Ligue junior AAA, les Patriotes de l’UQTR. »

Le propriétaire de l’équipe de l’ECHL, Dean McDonald, a finalement accepté de s’y établir. Quand est venu le temps d’embaucher des hommes de confiance, il a nommé l’ancien président du Rocket de Laval et des Alouettes, Mark Weightman, dans un poste semblable, et embauché Marc-André Bergeron dans le rôle de directeur général.

Bergeron est comblé. Il a toujours préféré le travail de gestionnaire à celui d’entraîneur. « Je ne suis pas sûr d’avoir la patience et le tempérament pour être un bon entraîneur. Je préfère ne pas avoir la photo accotée au visage. »

Il ne chômera pas. Il doit bâtir l’équipe de A à Z. Heureusement, son expérience avec les Aigles, où il agissait officieusement à titre de directeur général, lui servira.

« J’ai parlé à certains de mes amis dans le monde du hockey, et je leur ai posé beaucoup de questions. Je veux être humble dans ce processus-là. Je n’ai jamais été un directeur général dans le hockey. Je commence. J’ai la chance d’avoir un réseau et je veux me nourrir de ces gens. »

Il a déjà un gros dossier sur la table. « Je dois trouver un coach, mentionne-t-il. J’ai déjà eu des discussions par rapport à ça, j’ai des listes. Déjà, plusieurs [candidats] ont communiqué avec moi. Pour les joueurs, ça va aller à l’été. La plupart ont des équipes d’ailleurs en ce moment. »

Gérer un club de la Ligue américaine est déjà compliqué. Imaginez l’ECHL ! « Tu as des gars qui se libèrent alors que tu ne l’avais pas anticipé, des portes qui se referment alors que tu les croyais ouvertes, on va sûrement embaucher des joueurs à la dernière minute, mais c’est la réalité de l’ECHL. Mais ici, au Québec, on va avoir un avantage avec toutes nos ligues. Il y en a du joueur de hockey ici ! »

PHOTO FRANÇOIS GERVAIS, LE NOUVELLISTE

Marc-André Bergeron sera épaulé par Marc Weightman, qui agira à titre de président et chef de la direction.

Est-il né à la bonne époque ?

Marc-André Bergeron a joué entre 2001 et 2013, à une époque où les défenseurs de 5 pieds 9 pouces n’étaient pas acceptés comme ils le sont aujourd’hui.

« Je ne veux pas être le gars qui se plaint, j’ai quand même réussi une belle carrière. Est-ce que j’aurais été vraiment meilleur ? J’aurais sans doute été capable de durer un peu plus longtemps. Un des plus gros désavantages des petits joueurs, ce sont les blessures. Tu joues contre des gros bonhommes et ça joue cochon, en plus. C’est plus dur sur le body que pour un gars de 6 pieds 4 pouces bien pesant… »

Il a vécu une expérience formidable en 2009-2010 avec le Canadien, à 29 ans, sa seule saison à Montréal. Il a amassé 34 points en seulement 60 matchs en saison régulière et participé aux folles séries éliminatoires du printemps Halak, et amassé six points en 19 matchs.

« Jouer à Montréal, ça a été un rêve d’enfant. Aujourd’hui, quand je vais au Salon des anciens avec mon fils et que je connais Réjean Houle et Yvan Cournoyer, que je parle avec Guy Lafleur, mon gars est impressionné. Quand tu joues, tu le réalises plus ou moins, mais tu saisis encore plus l’impact après. »

Aujourd’hui, assurément que je suis heureux d’avoir joué avec le Canadien. Ça me permet d’avoir tout ce réseau de gens avec qui j’ai de bonnes relations, je fais la tournée des anciens Canadiens, c’est super le fun de côtoyer ces gars-là.

Marc-André Bergeron

Après trois ans à Zurich, il a tenté sa chance une dernière fois dans la LNH, avec l’organisation des Blue Jackets de Columbus. Il a finalement mis une croix sur sa carrière en 2017, après une vingtaine de matchs dans la Ligue américaine.

« J’étais magané. J’avais encore le désir de jouer, et je trouvais que j’étais encore un bon joueur de hockey, mais j’étais usé. Je commençais à être plus fragile. Je n’ai pas subi beaucoup de commotions cérébrales dans ma carrière, mais vers la fin j’ai reçu deux ou trois mises en échec et je me sentais devenir plus propice à avoir des commotions. Je n’aimais pas ça. Je ne voulais pas que ma tête devienne un problème. »

La tête n’a pas été un problème. Et elle ne l’est pas. La vie commence à peine pour Marc-André Bergeron, à 40 ans…