Danny Kristo est le premier à l’admettre : il a eu des problèmes de maturité. Il le sait. Il sait que les nombreux incidents, les suspensions au hockey universitaire, cette histoire de pied presque amputé à la suite d’une nébuleuse sortie nocturne, il sait que tout ça, en fin de compte, lui a probablement coûté une place dans le vestiaire du Canadien.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Est-ce qu’il aurait pu changer des choses, se comporter de manière différente, être un tantinet plus sérieux ? Il croit que oui. Mais il ne veut pas trop penser à ça. En fait, Danny Kristo aime mieux penser au présent, et le présent, pour lui, se trouve à des kilomètres de Montréal, à Moscou plus précisément.

C’est là, dans le secteur historique de la ville, « à environ 15 ou 20 minutes de marche de la place Rouge », tient-il à préciser, qu’il tente, à 30 ans, de relancer sa carrière.

Douze ans après son année de repêchage, il est bien loin de la Ligue nationale. Avant de répondre aux questions de La Presse, il cherche à savoir s’il est possible de converser via une application téléphonique. « Comme ça, ça ne va rien me coûter », explique-t-il.

Au bout du fil, la voix est posée, confiante. Après avoir déposé ses valises un peu partout au cours des huit dernières années, dans la Ligue américaine, en Suède et en Suisse, le revoici dans la KHL, cette fois avec le Red Star de Kunlun, qui est un club d’ordinaire domicilié à Pékin, mais qui, pandémie oblige, doit disputer ces jours-ci tous ses matchs locaux à Moscou.

C’est là que Danny Kristo est rendu.

« Je suis chanceux parce que ce ne sont pas tous les joueurs qui ont pu se trouver une équipe cette saison, et quand j’ai eu l’occasion de venir jouer ici, j’ai dit oui tout de suite », commence-t-il par répondre. « Je suis très bien ici. Il y a plusieurs joueurs américains et canadiens avec l’équipe, alors je me sens un peu comme à la maison. »

La saison a plutôt mal commencé, pour lui comme pour le reste du club. « Il y a 23 de nos joueurs réguliers qui ont attrapé la COVID-19, et je l’ai eue moi aussi… mais j’ai été chanceux. Il y a des gars dans l’équipe qui ont eu des complications comme de la fièvre, mais moi, j’étais seulement plus fatigué qu’à l’habitude, et je dormais plus longtemps. J’ai eu à passer deux semaines en quarantaine, et c’est là que j’ai compris que je n’étais plus à la maison ; j’essayais de commander de la bouffe avec une application sur mon téléphone, mais tous les menus étaient en russe… »

Il y a du bon, quand même. En partant, l’entraîneur du Red Star est un certain Alex Kovalev, qui faisait le bonheur des fans montréalais au moment où le Canadien repêchait Kristo.

« Il a lui-même été un joueur de talent dans la LNH, alors il me laisse aller, explique l’attaquant. J’ai déjà joué pour des entraîneurs qui pensaient seulement en fonction du jeu défensif, mais Alex possède une ouverture d’esprit… »

Au moment de notre discussion, Kristo a 3 buts en 9 rencontres à sa fiche. Il affirme que ça se passe très bien, et il rappelle, sans même qu’on le lui demande, ses récoltes du passé dans la Ligue américaine : une saison de 25 buts avec les Wolves de Chicago, une saison de 22 buts avec le Wolf Pack de Hartford, une autre saison de 25 buts à Hartford… Des chiffres sans doute compatibles avec ce que la direction du Canadien a bien pu voir en lui en 2008, au moment d’en faire son premier choix au repêchage de cette année-là, au deuxième tour (56e au total).

Que s’est-il passé, au juste ? Il commence par répondre avec une question.

« Est-ce que j’ai fait des erreurs que j’aimerais pouvoir réparer ? Bien sûr. Mais je ne peux pas revenir en arrière et me mettre à avoir des regrets. Je pense qu’il est possible d’apprendre de ses erreurs, et c’est ce que j’ai fait, à mon avis.

« Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé entre les décideurs du Canadien et moi. Il faudrait le leur demander. Le groupe de direction qui m’a repêché a fini par partir, et quand j’ai décidé de rester une autre année à l’Université du Dakota du Nord [en 2012-2013], peut-être que ça n’a pas plu à l’équipe. »

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Danny Kristo lors d’un entraînement au camp des recrues du Canadien, en 2009

Kristo affirme ne pas avoir souvent discuté avec le directeur général Marc Bergevin, qui l’échangera finalement aux Rangers de New York en juillet 2013, en retour de Christian Thomas.

« Je n’ai rien de mal à dire sur lui, car je ne le connais pas ! Je me souviens d’être allé au Championnat du monde lors du printemps 2013 avec l’équipe américaine, j’ai connu un bon tournoi, mais le Canadien m’a échangé malgré tout. À ce moment-là, je n’étais pas très loin de la Ligue nationale, je jouais très bien dans la Ligue américaine, mais les Rangers ont atteint la finale de la coupe Stanley, et la finale d’association ensuite en 2015. C’était très difficile de se faire une place avec cette équipe. C’est comme ça parfois ; tout est question de timing… »

C’est bien l’éternel défi du joueur de hockey et de quiconque, en effet : tenter de se retrouver au bon endroit au bon moment. Très souvent, et sans doute trop souvent, Danny Kristo s’est retrouvé au mauvais endroit. Cette fois, il estime être au bon endroit, à Moscou, dans une ligue qui lui donne une autre chance.

Peut-être la dernière.

« Mais je ne peux pas me plaindre, conclut-il. J’essaie seulement de faire de mon mieux et d’être au mieux chaque jour… Je voulais seulement obtenir une autre chance. C’est ce que l’on m’a donné ici. »