Quand Cédric Paquette a pu retourner en champion dans sa Gaspésie natale le mois dernier, le temps d’une petite fête de la Coupe Stanley, il a dû le faire sans avoir le célèbre trophée à ses côtés. Ensuite, c’est en voiture que ses partisans ont pu défiler pour aller le saluer de loin.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Non, ce n’est pas une conquête de la Coupe Stanley « normale », mais ce membre du Lightning de Tampa Bay va la prendre quand même.

« Tous les joueurs, on aurait aimé ça avoir notre journée avec la coupe, comme le veut normalement la tradition suite à une conquête, mais ce n’est pas possible pour le moment, commence par expliquer Paquette au bout du fil. Je pense que la Ligue tente d’arranger quelque chose, ce n’est pas évident dans les circonstances. »

Un peu moins de deux mois après avoir participé à ce triomphe avec le Lightning, Paquette admet qu’il commence un peu à revenir sur terre.

« Je pense que je me fais parler de la Coupe Stanley chaque jour depuis que c’est arrivé… c’est correct, mais là, c’est aussi la saison morte, et entre les branches, on entend dire que certaines équipes ont recommencé à s’entraîner, alors nous aussi, on veut recommencer à s’entraîner pour ne pas prendre de retard sur les autres. »

C’est pourquoi l’attaquant de 27 ans va quitter son domicile de Mirabel en début de semaine prochaine afin de se diriger vers Tampa de nouveau, là où il pourra reprendre l’entraînement et retourner sur la glace avec ses coéquipiers du Lightning.

« J’habite à Mirabel parce que ce n’est pas trop loin de l’aréna de l’Armada [de Blainville-Boisbriand] où je jouais dans les rangs juniors, mais là, tout est fermé et ce n’est pas possible d’aller patiner… On sait que notre centre d’entraînement dans la région de Tampa est ouvert, alors j’aime mieux m’en aller là-bas tout de suite pour remettre les patins. »

On aura compris que la présente saison morte n’a rien d’habituel dans le monde du hockey. D’abord, parce que la date de retour au jeu dans la LNH demeure inconnue (« la Ligue nous a parlé du 1er janvier, mais il n’y a pas eu de confirmation encore », précise Paquette), et ensuite, parce que les joueurs essaient de retrouver une routine qui n’existe plus, dans un espace-temps qui leur est inconnu.

Ça, c’est sans parler de l’incertitude qui plane sur la prochaine saison.

Les joueurs ont été capables de passer l’été dans les bulles à Toronto et à Edmonton, et sur une courte période de temps, je pense que ça peut aller… Mais les joueurs ne vont pas accepter de refaire ça pour une saison en entier. Alors on ne sait pas vraiment ce qui va arriver.

Cédric Paquette

« Nous autres, quand on était dans la bulle de Toronto [l’été passé], c’était pas pire, on pouvait aller jouer au tennis, aller au stade juste à côté pour faire autre chose, mais rendus à Edmonton, il n’y avait plus de gazon nulle part et on ne pouvait pas faire grand-chose à l’extérieur de l’aréna. Alors je ne pense pas que les joueurs voudraient refaire quelque chose comme ça.

« C’est sûr aussi que l’argent est un enjeu ; s’il n’y a personne dans les gradins, la ligue ne vend pas de billets et elle fait moins d’argent, et on le voit en ce moment ; il y a encore de bons joueurs qui attendent chez eux de recevoir une offre de contrat… Aussi, des matchs sans spectateurs, ce n’est pas pour tout le monde. Il y a des joueurs qui se nourrissent de l’énergie de la foule, et quand il n’y a plus ça, ils ont de la misère. »

Pour Cédric Paquette, par contre, les inquiétudes peuvent bien attendre ; il lui reste encore une année de contrat avec le Lightning, et même sans foule, il jure qu’il est capable de se motiver. C’est d’ailleurs ce qui a fait le succès du Lightning l’été dernier, à son humble avis : le club a su garder la tête froide malgré les inconforts et les irritants de cette nouvelle réalité.

« Notre désir de gagner ne s’est jamais effrité, ajoute-t-il, et je pense que ça a fait une différence. Je pense aussi que ce désir va être encore très présent la saison prochaine. »