Pour la troisième fois en cinq ans, le Canadien de Montréal n’a sélectionné aucun Québécois ni représentant de la LHJMQ lors du repêchage de la LNH.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Au moment d’amorcer la deuxième journée de l’encan annuel, au cours de laquelle se sont déroulés les deuxième à septième tours, le Tricolore disposait de neuf choix.

La direction a finalement échangé l’un de ses trois choix de deuxième tour au Lightning de Tampa Bay pour un deuxième choix en 2021, et en fin de parcours, elle a récidivé, cette fois en échangeant des choix de septième tour avec les Blackhawks de Chicago.

L’organisation se retrouve donc avec sept nouveaux joueurs, dont cinq évoluent aux États-Unis, un dans la Ligue junior de l’Ontario et un dernier dans les mineures en Russie. En plus du défenseur Kaiden Gulhe, originaire de l’Ouest canadien et sélectionné mardi soir au premier tour.

Entre-temps, 19 joueurs de la LHJMQ avaient trouvé preneur au sein de 16 équipes – les Stars de Dallas, les Sénateurs d’Ottawa et les Flames de Calgary en ont choisi deux chacun.

En point de presse au terme d’une séance de repêchage interminable, le directeur général adjoint et responsable du recrutement amateur du Tricolore, Trevor Timmins, a esquivé les questions concernant sa volonté de sélectionner des joueurs locaux. Il s’est limité à marteler qu’ils travaillaient « fort pour élaborer [leur] liste », en collaboration avec le directeur général Marc Bergevin et le groupe de recruteurs, et qu’ils suivaient « cette liste ».

Ensuite, « les choses tombent en place ». Il n’y a pas de conclusions à tirer de cette absence quasi systématique de Québécois dans les choix du Canadien, assure-t-il.

Invité à indiquer si des Québécois se trouvaient sur la fameuse « liste » de l’équipe, Timmins a étouffé un fou rire et affirmé qu’il « n’[avait] pas à répondre à cette question ». « Bien sûr qu’il y en a, il y en a plein », a-t-il néanmoins ajouté.

À noter que les deux seuls Québécois repêchés depuis 2016, Samuel Houde (5e tour, 2018) et Rafaël Harvey-Pinard (7e tour, 2019), n’ont jamais signé de contrat avec le Canadien. Harvey-Pinard a toutefois conclu une entente de la Ligue américaine avec le Rocket de Laval en vue de la saison 2020-2021.

L’appel américain

Plus que jamais cette année, le Canadien a généreusement pigé dans la USHL, ligue junior américaine, ainsi que dans le réseau secondaire au sud de la frontière.

En sont sortis cinq espoirs, notamment un choix de deuxième tour, Luke Tuch, membre de l’équipe nationale U18.

Ces cinq joueurs se destinent tous à une carrière universitaire dans la NCAA, un modèle que Trevor Timmins apprécie particulièrement, puisqu’il permet au Canadien de conserver ses droits sur eux sans pour autant devoir leur offrir de contrat – un athlète de la NCAA, tous sports confondus, ne peut avoir de contrat professionnel.

Ces années additionnelles de développement pour les joueurs de la NCAA donnent au Canadien un « contrôle sur le moment où ces jeunes passent chez les pros », a fait valoir Trevor Timmins.

Dans la même veine, cette stratégie donne une marge de manœuvre aux équipes, qui doivent se soumettre au plafond de 50 contrats actifs imposé par la ligue. « On sélectionne ces joueurs, mais on ne pourra pas tous leur faire signer un contrat », a-t-il précisé.

Quant aux choix de repêchage échangés mercredi pour d’autres choix de 2021, ils donnent eux aussi de la latitude à Marc Bergevin, qui peut notamment s’en servir comme monnaie d’échange dans le futur – ce qu’il a d’ailleurs fait à plusieurs reprises au cours des dernières semaines.

« Ces choix ont une grande valeur à la date limite des transactions. C’est le prix demandé par les équipes pour des joueurs de qualité », a expliqué Timmins.

Gabarit et finesse

Le Canadien de Montréal, on l’a dit, a donc sélectionné sept joueurs mercredi, à commencer par Luke Tuch au deuxième tour. Il est le jeune frère d’Alex Tuch, des Golden Knights de Vegas.

À 6 pi 2 po et plus de 200 livres, cet ailier gauche se décrit comme « un attaquant de puissance » doté d’un fort tir et efficace près du filet. En vidéoconférence avec les représentants des médias, il a comparé son jeu à celui de Jamie Benn, des Stars de Dallas, et sa personnalité sur la glace à celle de Matthew Tkachuk, des Flames de Calgary.

Des parallèles ambitieux pour un modeste 47e au total, qui ont d’ailleurs semblé agacer Trevor Timmins. « Les jeunes joueurs veulent toujours se comparer aux meilleurs, que ce soit réaliste ou non, a-t-il dit. Je n’accorderais pas trop d’importance à ça. »

Selon Timmins, des équipes ont tenté de gagner quelques rangs pour prendre ce choix du Canadien, mais Tuch est un joueur auquel tenait l’organisation, qui l’avait d’ailleurs interviewé deux fois en prélude au repêchage.

Dès le rang suivant (48e au total), la formation a arrêté son choix sur Jan Mysak, des Bulldogs de Hamilton, dans la Ligue junior de l’Ontario. Tout au contraire de Tuch, le Tchèque incarne un profil bien connu à Montréal, celui du joueur de centre au gabarit modeste – 5 pi 11 po, 180 lb –, mais qui compense en rapidité et en adresse.

Mysak était vu par plusieurs observateurs comme un choix potentiel de premier tour.

Avant de faire le saut en Amérique du Nord, au milieu de la saison dernière, il évoluait au niveau professionnel en première division tchèque – il y a fait ses débuts à 16 ans seulement ! Sa participation au Mondial junior l’a toutefois convaincu de l’importance d’affronter des jeunes de son âge, et non plus des adultes nettement plus vieux.

Déménager à Hamilton a été « la meilleure décision de [sa] vie », a-t-il avoué. « Au Mondial, j’ai vu à quel point les Canadiens étaient bons. Je voulais pouvoir les affronter à chaque match. »

La transition a été harmonieuse, si bien qu’il a récolté 25 points en 22 matchs dans le circuit ontarien.

C’est justement la tenue de Mysak au Mondial junior qui a attiré l’attention de Timmins.

« Réussir à se démarquer à ce niveau, à 17 ans seulement, c’est un bon indicateur pour un espoir de la LNH, a illustré le DG adjoint. J’aime son énergie et ses habiletés. On est contents d’avoir pu le sélectionner. »

Après Tuch et Mysak, le Tricolore s’est tourné vers les joueurs de centre américains Jack Smith (102e), Blake Biondi (109e) et Sean Farrell (124e), tous sélectionnés au quatrième tour.

Au tour suivant, l’équipe a ajouté le gardien tchèque Jakub Dobes, qui joue dans la USHL, puis a conclu sa cueillette au sixième tour avec Alexander Gorin, un ailier russe de 19 ans qui en est à sa deuxième année d’admissibilité au repêchage. Depuis l’année dernière, il a principalement joué dans des ligues mineures en Russie, bien qu’il ait disputé cette saison son premier match dans la KHL.

Trevor Timmins sur…

Jack Smith, centre, St. Cloud Cathedral (secondaire)

« Un fabricant de jeu d’élite. Il voit la glace, est un centre naturel et possède un très bon sens du hockey. »

Blake Biondi, centre, Hermantown (secondaire)

« Un joueur difficile à affronter, qui peut jouer physique, au centre comme à l’aile et qui possède un bon lancer. »

Sean Farrell, centre, Steel de Chicago (USHL)

« On aime son énergie, sa ténacité avec la rondelle, son sens du hockey. Il est bon en espace restreint et devant le filet. On voit en lui un gars qui peut aider notre attaque dans le futur. »

Jakub Dobes, gardien, Lancers d’Omaha (USHL)

« Notre dépisteur Vincent Riendeau l’a surveillé toute l’année. [Dobes] s’en va à Ohio State, dans la NCAA, ce qui nous laissera amplement de temps [pour suivre son développement]. »

Alexander Gordin, ailier droit, SKA-Neva de Saint-Pétersbourg (VHL, ligue mineure affiliée à la KHL)

« Un gros ailier, un marqueur naturel. On espère qu’il sera sélectionné pour le Mondial junior. »