Ce ne sera pas un repêchage normal, et pour Mavrik Bourque, ce ne fut pas un été normal non plus. Pour commencer, il n’a pas été en mesure d’aller rencontrer des recruteurs, des DG et autres décideurs de la LNH ; non, il a fait tout ça sur Zoom, sans avoir la chance de se vendre en personne.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Ensuite, il aurait bien aimé pouvoir retourner sur la glace et montrer un peu ce qu’il peut faire, d’autant plus qu’il se disait lui-même déçu de ses résultats obtenus lors des tests en marge du match des Meilleurs espoirs à Hamilton en janvier ; mais pandémie oblige, ça n’a pas été possible, ça non plus.

Aussi, bien évidemment qu’il n’y aura pas de virée avec toute la famille au Centre Bell, comme ça devait être le cas pour le grand jour du repêchage. « Ma mère va essayer d’organiser quelque chose à la maison quand même, explique-t-il d’emblée au bout du fil. Justement, il y a un gars de la LNH qui m’a envoyé un courriel pour s’assurer que la caméra de mon ordinateur fonctionne bien… »

Avec tout ça, Mavrik Bourque se retrouve, comme tous les autres espoirs en vue du prochain repêchage, dans une position un peu inconfortable : devant l’inconnu, sans trop savoir de quoi demain sera fait. Ces jours-ci, il est à Shawinigan, avec ses coéquipiers des Cataractes, tous sous un même toit en temps de COVID-19. Le volet hockey de sa vie est bien différent, le volet étudiant aussi : tous ses cours au cégep de Shawinigan – il étudie en Sciences humaines, profil Administration – se font en ligne.

Comme nous tous, il n’est pas un grand fan de ce nouveau mode de vie.

« L’école, je dirais que c’est moyen. Les travaux et tout, tu dois les faire à distance. Je dois avouer qu’avec le hockey qui prend beaucoup de place, il n’y a pas beaucoup de motivation en ce qui concerne l’école. Avant, avec l’école, on pouvait sortir du monde du hockey et aller voir d’autres personnes, mais ce n’est plus possible. C’est pas idéal… »

Il a repris l’entraînement avec les Cataractes en date du 30 août, et ça aussi, ce fut bien différent. « Personne dans les gradins lors de nos matchs préparatoires, en partant, ça fait toute une différence… Les gars de l’équipe, on a des règles strictes à suivre. Les bars, c’est totalement interdit. Si on veut du resto, on commande. À l’aréna, tout le monde porte le masque. Il faut le faire, pas tant pour nous, mais pour les autres. »

De la musique à ses oreilles

Tout cela est bien désagréable, mais le jeune attaquant insiste quand même : ce n’est pas la COVID-19 qui va lui gâcher son moment. Déjà, il a rencontré virtuellement presque toutes les équipes de la ligue, dont le Canadien, et avec un peu de chance, il pourrait être repêché quelque part vers la fin de la première ronde. En tout cas, c’est le bruit qui court, et ce bruit, c’est un peu de la musique à ses oreilles.

Je me prépare pour ça depuis longtemps… J’ai commencé à me dire que je pourrais un jour jouer dans la LNH quand j’étais dans le Midget AAA, avec les Estacades de Trois-Rivières.

Mavrik Bourque

« J’ai eu des bonnes saisons au Midget AAA, dans la bantam aussi, et je me souviens qu’après le Noël de mes 16 ans, je me suis dit que j’allais avoir une chance de percer un jour… »

Cette chance, c’est lui-même qui l’a créée, parce que ce n’est pas comme si la vie lui avait offert un chemin tout facile et déjà tracé d’avance vers les patinoires de la Ligue nationale. Dans sa famille, c’est plutôt la vie de ferme qui prend toute la place, et à ce jour, la ferme familiale est encore là, à Plessisville.

Il n’hésite pas à aller donner un coup de main de temps à autre. « Charrier des balles de foin, c’est un bon entraînement ! », admet-il sans hésiter. Son plus jeune frère, Wylen, jadis lui aussi joueur de hockey, a été repêché par les Cataractes l’an dernier, mais il a depuis décidé de répondre à l’appel de la ferme. « Il a fini sa 5secondaire et s’en va faire un DEP en menuiserie, il aime ça », ajoute-t-il.

Dans le cas de Mavrik Bourque, par contre, la ferme devra attendre. L’attaquant de 18 ans revient d’une saison de 71 points en seulement 49 matchs chez les Cataractes. Son rêve, il est là, juste là, à quelques centimètres de ses doigts. Il peut presque le toucher.

Il ne lui reste plus qu’à patienter devant l’ordinateur. Et à s’assurer que sa caméra fonctionne. « Je pense avoir fait la preuve que je peux être un choix de première ronde dans la LNH, a-t-il ajouté. Mais rendu là, c’est pas grave. Il va arriver ce qui va arriver… »