Quel est le vrai visage du Canadien ? Est-ce l’équipe qui a éliminé les Penguins de Pittsburgh et qui a tenu tête aux Flyers de Philadelphie pendant six matchs ? Ou celle qui se dirigeait vers une troisième exclusion de suite des séries en mars dernier, avec une fiche de 31-31-9 ?

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Celle qui a terminé la série contre les Flyers avec un avantage de 13-11 au chapitre des buts marqués ? Ou celle qui a perdu ses quatre matchs de la saison contre les Red Wings de Detroit, la risée de la LNH ?

Cette question, amateurs et observateurs se la poseront en attendant le début de la prochaine saison, prévu quelque part au début de décembre. L’exercice n’est pas évident, pour la simple et bonne raison que le tournoi estival de la LNH s’est déroulé dans des circonstances exceptionnelles.

Dans ce contexte, quelle est la valeur réelle de ce à quoi on vient d’assister ? L’environnement était unique, au point que des dirigeants (notamment Jim Rutherford et Rick Tocchet) ont soulevé des doutes quant à la volonté des joueurs de rester dans les bulles de Toronto et d’Edmonton.

Cela dit, parmi tous ceux qui se la posent, le seul dont la réponse compte réellement s’appelle Marc Bergevin. Et ça tombe bien, on a pu lui parler samedi matin, lors de son point de presse de fin de saison, au lendemain de l’élimination du CH. Réponse :

« On a vu des choses, dans le dernier mois, qui nous ont permis de voir ce qu’on espérait plus vite, a expliqué le directeur général du Canadien. Nick Suzuki, sa façon de se comporter dans les gros matchs. Il y a aussi la progression de [Jesperi Kotkaniemi]. On voit aujourd’hui une équipe qui va dans la bonne direction. Les partisans peuvent être fiers. Ça fait longtemps qu’on n’a pas vu deux jeunes centres, qui ont un avenir de 10-15 ans dans l’organisation, qui va permettre de bâtir autour d’eux. Ils ont un bel avenir.

« Il y a aussi des jeunes qui poussent, [Alexander] Romanov, Cole Caufield. Je regarde ce qui se passe à Vancouver, c’est beau à voir. Les jeunes qu’ils ont été chercher au repêchage… C’est de là que le noyau d’une équipe doit venir, absolument. On le voit à Vancouver et c’est la progression que le Canadien de Montréal fait en ce moment. »

La ligne de centre

On peut comprendre l’enthousiasme de Bergevin au sujet de ses jeunes centres.

Suzuki vient de disputer 10 matchs des séries avec des responsabilités de premier centre. Il a amassé sept points, a joué dans toutes les situations, et a passé en moyenne 19 minutes par match sur la patinoire. Et il n’a pas été protégé dans ses confrontations ; il a surtout été opposé à Kevin Hayes chez les Flyers et à Evgeni Malkin chez les Penguins.

Pour une recrue qui vient de fêter ses 21 ans, c’est un palmarès impressionnant. Ces succès valident ce qu’il avait déjà montré en saison, avant de manquer d’essence en fin de parcours.

PHOTO JOHN E. SOKOLOWSKI, USA TODAY SPORTS

Jesperi Kotkaniemi (15) et Carter Hart (79)

Le cas de Kotkaniemi est plus complexe. La barre était si basse après sa saison cauchemardesque que le moindre progrès aurait été bien perçu. Mais c’était finalement plus qu’un progrès. C’était une métamorphose ! Le chiffre le plus frappant demeure ses 36 mises en échec, signe d’un joueur qui a pleinement mis à profit sa plus grosse charpente. Cette confiance s’est aussi traduite par des transports de rondelle plus fréquents, plus assurés.

« Kotkaniemi a eu une deuxième saison difficile et il a rebondi, il s’est pris en main et est devenu plus fort. L’an passé, je trouvais qu’il tombait souvent. Dans les quatre ou cinq derniers mois, il a travaillé sur sa force, ses jambes. On a tous vu ce qu’il peut apporter à notre équipe », a analysé Bergevin.

L’échantillon demeure toutefois mince. Dans seulement trois des dix matchs, il a dépassé la barre des 15 minutes. Il serait prudent d’attendre avant de le consacrer deuxième centre de l’équipe en 2020-2021.

Il serait aussi prudent de ne pas aller trop loin dans la comparaison avec les Canucks, qui comptent sur trois jeunes déjà établis comme joueurs d’impact : Elias Pettersson, Brock Boeser et Quinn Hughes.

La profondeur

S’il y a un aspect où on n’a pas vu le « vrai » visage du CH, c’est devant le filet. Pour la simple et bonne raison que Carey Price a été en poste 100 % du temps. Et qu’il a connu les meilleures séries de sa carrière, avec une efficacité de, 936.

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Carey Price

Or, dans la vraie vie, le Canadien doit donner essentiellement 30 % des matchs au gardien numéro 2, afin de se rapprocher de la cible de 55 à 60 matchs souvent évoquée pour Price. Cette cible sera d’autant plus importante à atteindre que Price vient de montrer ce dont il est capable quand il est justement bien reposé. Il a amorcé les séries frais et dispos, a joué 10 matchs en 21 jours, dans des conditions idéales, soit sans déplacements.

« C’est important que Price soit reposé », a reconnu Bergevin.

À moins que l’on juge le jeune Cayden Primeau prêt à remplir ce rôle, la recherche d’un deuxième gardien fiable devra être une priorité de Bergevin. Ces dernières années, les expériences Keith Kinkaid et Charlie Lindgren ont été des échecs.

Une idée serait de payer un peu plus que ce qui a été accordé à Kinkaid l’été dernier (un an, 1,75 million de dollars). Dans la mesure où le Tricolore investit déjà 10,5 millions pour Price, Bergevin est-il opposé à l’idée de sortir le chéquier pour trouver un bon auxiliaire ? « Si le gardien cadre avec nos besoins, je vais regarder ça de près », a-t-il répondu.

Pendant qu’il est question d’employés de soutien, il y aura aussi des décisions importantes à prendre au poste de quatrième centre. On a peu parlé de lui, mais Jake Evans s’est très bien débrouillé aux commandes du quatrième trio. Là aussi, l’échantillon est mince, mais il affiche une progression constante depuis son arrivée chez les pros il y a deux ans.

Cependant, le CH a peiné aux mises en jeu en séries, où les jeunes Suzuki (40,2 %), Kotkaniemi (33,8 %) et Evans (44,4 %) en ont arraché. La statistique devient encore plus troublante quand on réalise que 6 des 11 buts marqués par les Flyers l’ont été dans les secondes qui ont suivi une mise en jeu perdue par Montréal en zone défensive. Bref, c’est là qu’un vétéran comme Nate Thompson aurait rendu de précieux services à l’équipe, en appui à Phillip Danault.

La participation de Montréal a été une arme à double tranchant ; collectivement, l’équipe a reculé au repêchage, mais individuellement, des jeunes ont avancé. Alors oui, le progrès est là. Mais le projet n’est pas fini.

En bref

Claude Julien sera-t-il de retour ?

Marc Bergevin est demeuré très vague lorsqu’il a été interrogé sur le retour de Julien, qui a quitté l’équipe au début du deuxième tour, après avoir subi un malaise cardiaque. La question posée par le confrère François Gagnon était : « Y a-t-il des doutes sur le retour de Claude Julien la saison prochaine ? » Réponse : « Aux dernières nouvelles, la santé de Claude est bonne. Mais c’est tôt. Des malaises au cœur et un arrêt cardiaque, ce n’est pas évident. On va prendre le temps nécessaire pour évaluer sa santé. » Au sujet de l’« arrêt cardiaque », La Presse a contacté Paul Wilson, vice-président principal, affaires publiques et communications, afin d’obtenir des précisions. Wilson affirme que l’incident est toujours considéré comme un « malaise cardiaque ». Il semblerait que Bergevin se soit simplement trompé dans la nomenclature. Par ailleurs, le DG a indiqué que Brendan Gallagher avait joué en dépit d’une blessure à la hanche.

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