« Quand un but se marque, je me tasse un peu. Ça nous a coûté quelques cahiers de notes, car Martin est le spécialiste du splash de café sur le cahier ! »

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Martin, c’est Martin McGuire. Celui qui parle, c’est Dany Dubé. Voilà maintenant 17 ans qu’ils travaillent ensemble. Comme un vieux couple, ils se connaissent par cœur.

Mais le vieux couple s’apprête à vivre du nouveau à partir du 28 juillet. McGuire et Dubé reprendront l’antenne à la description radio des matchs du Canadien au 98,5. Mais au lieu de le faire du haut de la passerelle, comme ils le font plus de 90 fois par année, ils seront plutôt dans les studios de Cogeco, à Montréal, et devront suivre l’action à la télévision.

Au moment d’écrire ces lignes, il semble que la LNH demandait aux diffuseurs radio de décrire les matchs à distance. Ils pourraient être invités sur les lieux quand le nombre d’équipes sera moindre, par exemple à partir des finales d’association.

Décrire des matchs en studio est une pratique répandue en télévision, mais pour le duo Dubé-McGuire, ce sera une première.

La valeur d’être sur place

Pour McGuire, décrire un match depuis les hauteurs d’un aréna l’aide à anticiper le jeu. « Tu vois un joueur sans la rondelle accélérer, tu le vois venir depuis la passerelle, tu sais que la passe s’en va à lui », décrit-il. Mais il y a plus.

« Pendant les arrêts de jeu, pendant que Dany livre son analyse, je regarde les entraîneurs, à qui ils parlent. Il se passe de quoi, je veux voir si le coach ou l’adjoint se dirige vers un joueur pour lui expliquer quelque chose. Les changements dans les trios, on les voit venir pendant les pauses. »

Pour Dubé, « c’est l’amorce d’un jeu, ce qui se passe derrière l’action, le langage corporel d’un joueur qui n’est plus dans l’action, quand il s’en retourne au banc. »

Quand je suis sur place, je vois mieux la “troisième passe” sur un but, celle qui n’est pas comptabilisée dans les statistiques, mais que les entraîneurs remarquent. Je vois l’erreur qui a été faite derrière le jeu et qui a créé l’ouverture.

Dany Dubé

Ces éléments, donc, leur manqueront. Et pour ajouter au défi, les matchs seront joués à huis clos. En temps normal, le bruit ambiant fait partie de leur environnement de travail.

Les habitués connaissent le refrain. Un joueur marque, McGuire s’exclame. « Et compte ! » Si le joueur est à domicile, la sirène se fait entendre. Si c’est à Columbus, c’est le stupide canon qui réduit de cinq mois notre espérance de vie chaque fois qu’il tonne. La foule rugit, on la laisse respirer. « Et là, Dany embarque avec son analyse. Cette séquence va changer un peu, Dany sera peut-être appelé à rentrer plus vite. »

Quand le jeu reprend après les buts, les deux commentateurs se taisent et laissent la place à l’annonceur maison. Entendra-t-on ces annonces en français ? À l’heure actuelle, la présentation des matchs est centralisée par la LNH. Les annonces de buts pourraient tout de même se faire dans les deux langues puisque Mike Ross, annonceur maison des Maple Leafs, est franco-ontarien.

« D’avoir l’annonce du but en français quand le Canadien jouera, ce serait une belle délicatesse », souligne McGuire.

Le duo ignore donc pour le moment à quoi ressemblera cette séquence, ce que la LNH prévoit comme ambiance sonore. « Les effets de glace, les sons que les micros dans les bandes captent sont très importants pour nous, car c’est le soutien sonore à nos voix, ajoute McGuire. Entendre les sifflets, les rondelles qui heurtent les poteaux, pouvoir entendre un peu de communication des joueurs en arrière-plan, même si on n’entend pas tous les mots… La LNH est très consciente qu’on a besoin d’un soutien sonore de qualité. »

En ce sens, le match préparatoire que chaque équipe jouera sera crucial. Celui du Canadien se jouera le 28 juillet contre les Maple Leafs. « Ce match sera bon pour les joueurs et les coachs, mais pour les descripteurs aussi ! », lance McGuire.

L’émotion y sera

Cette pandémie a amené bien des entreprises à se réinventer, à revoir leurs façons de faire. Ce sera aussi le cas de notre tandem.

« Quand tu te prépares pour un match, tu te fais une idée du plan de match des deux équipes et ça devient l’intrigue de l’histoire. Le match, en fait, c’est une histoire qu’on raconte, et le match doit avoir une intrigue pour que ce soit intéressant ! », explique Dubé.

« Je vais donc mettre l’accent sur l’intrigue. Je vais aller dans les observations sur le plan de match, les stratégies, les confrontations potentielles. Je serai plus dans les choses que je pourrai observer à la télévision. »

Pas question pour McGuire de baisser le niveau d’émotion, ni la vitesse légendaire de ses descriptions.

« Honnêtement, j’aurais de la misère à être différent, parce que je suis comme ça. Ce n’est pas un dosage que je fais, je suis comme ça ! »

Un match en prolongation, où c’est 2-2, que tu sois en studio ou sur place, tu finis par t’imprégner de l’action. Moi, c’est ce feeling-là que j’aime transmettre aux auditeurs, parce que ça me passe dans les tripes.

Martin McGuire

McGuire et Dubé sont toujours debout quand ils décrivent des matchs dans les arénas, et ils le seront aussi dans leur studio de la Place Bonaventure.

« C’est très important pour projeter la voix, rappelle Dubé. Debout, ça me permet aussi d’avoir de la gestuelle, d’être plus actif. Ça me permet d’échanger du langage corporel avec Martin. On se regarde, c’est théâtral. Il y a un aspect physique dans le déploiement du message. Tu ne peux pas avoir l’intonation de Martin en restant les bras croisés ! »

Pas pour rien que McGuire bousille quatre ou cinq cahiers de notes par année !