La nécessité est mère de l’invention, dit l’adage. Jake Evans ne s’en plaindra pas.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Car ce sont les multiples brèches à colmater au sein de l’attaque du Canadien qui ont valu au joueur de centre sa plus importante affectation depuis qu’il est un membre à temps plein de l’équipe.

Jeudi soir, à Tampa, Evans a passé 3 min 40 s sur la glace en avantage numérique. En troisième période, c’est dans ces circonstances qu’il a donné au Tricolore l’une de ses meilleures chances de ne pas quitter le domicile du Lightning sans s’inscrire au pointage. Son tir de l’enclave n’a pas déjoué Andrei Vasilevskiy, mais il a forcé le gardien russe à effectuer tout un arrêt pour préserver son blanchissage.

Il est vrai que l’obligation de composer avec un effectif dévasté a forcé la main de Claude Julien d’envoyer Evans à 5 contre 4. Avec Tomas Tatar et Brendan Gallagher hors de combat, il ne restait plus que 11 attaquants en santé à Tampa. Dale Weise et Lukas Vejdemo ne constituant pas des options valables pour l’avantage numérique, et sachant qu’il faudrait que la peste noire décime l’équipe pour qu’Artturi Lehkonen y obtienne sa chance, il restait donc exactement 8 attaquants à diviser entre les 2 unités.

Mais Evans a prouvé à son entraîneur qu’il n’était pas qu’un choix par défaut. Samedi, contre les Panthers, il a déjà obtenu une deuxième audition lorsque Joel Armia a dû retraiter au vestiaire après avoir reçu un coup de bâton au visage.

Réservé, le jeune homme ne s’est pas étendu sur le sujet, samedi matin, lorsque La Presse a abordé avec lui cette promotion.

« Oui c’est bien d’avoir plus de chances de contribuer, a-t-il dit. Surtout sur le dernier avantage numérique [à Tampa], on a bien paru. »

Claude Julien, lui, n’a pas hésité à vanter le travail de son quatrième centre, dont il souligne l’« intelligence » sur la glace.

Il en est à ses premiers pas dans la LNH, mais il comprend bien les choses. C’est ce que j’aime de lui : tu lui parles une fois, et la fois suivante, il a déjà appris. C’est un joueur intelligent qui va continuer de s’améliorer.

Claude Julien

Dans son point de presse à la date limite des transactions, le directeur général Marc Bergevin a indiqué qu’il voyait Jake Evans comme un rouage important de son groupe de jeunes joueurs qui seront appelés à transporter le Canadien vers des jours meilleurs.

Affirmant que le patineur de 23 ans appartient à l’« avenir » de l’équipe, et constatant l’assurance qu’il avait démontrée sur la glace à son premier rappel des mineures, Bergevin s’est dit à l’aise d’échanger le vétéran Nate Thompson, qui pilotait le quatrième trio depuis le début de la saison. « À long terme, on croit que Jake a un potentiel plus grand. Ce n’est pas un pas en arrière, mais un en avant », a décrit le DG.

En réaction à ces compliments, Evans rétorque que « c’est toujours plaisant d’entendre ces choses à ton sujet », mais ajoute sans transition qu’il « ne peut pas s’en contenter ».

« Je dois continuer à grandir et devenir un joueur respecté ici. »

De la parole aux actes

Les derniers matchs laissent croire qu’il est passé de la parole aux actes.

Jusqu’ici, il a disputé 12 rencontres cette saison. Après les six premières, en février, on l’a renvoyé chez le Rocket de Laval, dont il est toujours le meilleur marqueur. Puis, quelques heures après que Thompson eut été échangé aux Flyers de Philadelphie, on le rappelait de nouveau, cette fois pour de bon. Le voilà désormais à temps plein au centre, et non plus à l’aile droite.

Trois statistiques ont retenu notre attention pour illustrer l’amélioration qu’il a connue entre ces deux séquences.

Le fait que son temps de glace ait augmenté allait un peu de soi, car il fallait bien que quelqu’un prenne la relève de Thompson, qui disputait un peu moins de 13 minutes par match. Mais cela témoigne tout de même de la confiance grandissante que lui accorde son entraîneur.

Les deux autres facteurs sont plus éloquents.

D’abord, sur le plan des mises en jeu, Evans pourrait rapidement devenir un atout important du Tricolore, à plus forte raison puisqu’il est droitier. Il a fait ses classes avec Thompson, mais affirme aussi ne pas lâcher Phillip Danault des yeux pendant les matchs. L’élève a choisi les bons maîtres.

En outre, lorsqu’il est sur la patinoire, le Canadien contrôle de plus en plus la rondelle, et ce, même s’il évolue avec des ailiers au talent limité – en l’occurrence Dale Weise et Lukas Vejdemo.

Les trois compagnons de trio ont d’ailleurs connu un match inspiré à Sunrise, samedi, malgré la contre-performance générale de leur troupe. Ils ont obtenu la grande majorité des tentatives de tir pendant leurs présences (65 %) et ont généré quatre fois plus de chances de marquer qu’ils en ont accordé (8 contre 2).

Présence offensive

C’est d’ailleurs Evans qui a inscrit l’unique but des siens en troisième période. Vejdemo s’est d’abord assuré de garder la rondelle profondément en territoire des Panthers pendant un changement de lignes. Aleksander Barkov s’est emparé du disque mais, pressé par Weise, il a précipité un dégagement. Evans, qui sortait du banc, a alors saisi la rondelle en vol à la ligne bleue, coupé vers le centre centre et attendu que le défenseur Mike Matheson se compromette pour en faire un écran et déjouer le gardien Chris Driedger d’un superbe tir dans le haut du filet.

« Quand ces choses-là arrivent, tu leur donnes le temps de glace qu’ils méritent », a dit Julien de ses employés de soutien après le match.

Bien qu’Evans n’ait pas l’expérience de Nate Thompson, il apporte une offre de service plus diversifiée que le vétéran. Sa responsabilité en défense demeure pour l’instant sa principale qualité, mais son potentiel offensif est clairement plus élevé que celui de son mentor.

De match en match, on le sent plus à l’aise, plus sûr de lui. « Tu comprends des choses, notamment la façon dont les jeux se dessinent, explique Evans. Par exemple les mises en jeu : plus j’en prends, plus je comprends comment travaillent les bons joueurs. Ça m’aide beaucoup. »

Très critique de son travail, il évite toutefois de s’emballer et ne tient rien pour acquis. Même si son poste n’est pas en jeu, à tout le moins pas d’ici la fin de la saison, il estime tout de même que, pour lui, « ça passe ou ça casse à chaque match ».

« J’en ai rêvé tellement longtemps, je ne peux pas laisser passer cette occasion. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il fait les bonnes choses pour y arriver.