(East Meadow, New York) Il y a des joueurs qui sortent la langue de bois en entrevue. Qui ménagent la chèvre et le chou. Qui préfèrent ne rien dire de déplacé afin de ne pas froisser qui que ce soit.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Et puis, il y a le gardien des Islanders de New York Thomas Greiss, quand on l’interroge sur la décision de l’équipe de quitter le Barclays Center de Brooklyn, pour retourner à temps plein au Nassau Coliseum.

« Tout le monde préfère le Coliseum. Les partisans sont meilleurs, l’ambiance est meilleure. »

Voilà qui a le mérite d’être clair !

Le gouverneur de l’état de New York, Andrew M. Cuomo, a fait bien des heureux, samedi. Il a annoncé qu’à compter des prochaines séries, les Islanders joueront tous leurs matchs au Nassau Coliseum, en attendant que soit prêt l’amphithéâtre en construction à Belmont Park, prévu pour la saison 2021-2022.

Finis les matchs à domicile tantôt en plein cœur de Brooklyn, tantôt dans la lointaine banlieue new-yorkaise. C’est de cette façon que fonctionnent les Islanders depuis la saison dernière.

C’est donc dire qu’il ne reste plus que trois matchs — dont celui de mardi contre le Canadien — à jouer au Barclays Center, magnifique aréna qui n’était tout simplement pas fait pour les Islanders.

D’abord, parce que l’amphithéâtre a été conçu pour le basketball ; en configuration hockey, l’écran géant est décentré et nombre de sièges offrent des vues obstruées, ce qui empêche les spectateurs de voir l’action dans les coins, entre autres. Y jouer au hockey équivaudrait à organiser le Tournoi des maîtres au Mini-putt Jean-Talon.

Ensuite, parce que le noyau dur de partisans de l’équipe demeure dans la banlieue de New York, dans les localités qui s’étendent à l’est de Brooklyn et de Queens. Tant le vieux Nassau Coliseum (fraîchement rénové) que le futur amphithéâtre sont situés dans ce secteur.

« Le Nassau, ç’a toujours été la maison des Islanders », rappelle le vétéran Matt Martin, qui en est à sa huitième saison en deux séjours chez les Insulaires.

PHOTO ANDY MARLIN, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Le week-end dernier, les Islanders de New York ont retiré le numéro du légendaire Butch Goring dans les hauteurs du Nassau Memorial Coliseum, aux côtés des autres grands noms de l’organisation new-yorkaise.

C’est là que l’histoire s’est écrite, les Coupes Stanley, les chandails retirés

Matt Martin

Pour le bien des joueurs

Les partisans, c’est une partie de l’équation. L’autre partie, ce sont les joueurs.

Le centre d’entraînement des Islanders est sis dans ce même secteur de banlieue, en plein milieu de Long Island. C’est donc là que tous les joueurs demeurent. Or, il faut parcourir 46 km pour se déplacer du centre d’entraînement au Barclays Center. À titre indicatif, Google Maps indiquait un temps de conduite, en début de soirée, lundi, de 54 minutes. En transport en commun, l’application calcule 1 h 38 min.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

On écoute les joueurs et on comprend qu’aux yeux des athlètes professionnels, envers qui on a établi des standards de performance élevés, la situation n’est pas idéale.

« Un match à Brooklyn, ça coupe ma journée d’une heure », calcule l’attaquant Anthony Beauvillier, à sa quatrième saison dans l’île. « Quand on joue au Nassau Coliseum, je pars de chez moi à 16 h. Quand on joue à Brooklyn, je dois partir à 15 h. Ça coupe la journée, c’est plus stressant. On vient au centre d’entraînement le matin et on est pressés de retourner à la maison pour faire notre sieste et avoir du temps. »

« Une heure pour se rendre à l’aréna, ce n’est pas idéal, même si bien des gens dans la vie doivent voyager beaucoup pour se rendre au travail, ajoute Martin. Mais avec cet aréna dans notre cour arrière, ça va permettre aux gars d’avoir plus de sommeil, de passer plus de temps à la maison, en famille, ou peu importe. »

Chaque joueur a d’ailleurs une péripétie à conter. Le 4 avril 2016, journée de pluies abondantes, Martin tentait de se rendre à Brooklyn en train.

« En raison des conditions, le service arrêtait à la station Jamaica. Il a fallu sauter dans un Uber, qui n’arrivait pas. Je pense qu’on est arrivés à l’aréna à 18 h 30. Mais tu arrives à l’aréna et tu joues. Finalement, j’ai marqué, et on a gagné ! »

Ces histoires légères amusent tout le monde. En un sens, elles entreront dans le folklore qui marquera le passage des Islanders à Brooklyn, de 2015 à 2020.

Mais plus sérieusement, les conséquences pour l’organisation étaient réelles. Les Islanders ont acquis la semaine dernière (avant l’annonce du gouverneur Cuomo) deux joueurs : Andy Greene et Jean-Gabriel Pageau. Les deux ont paru préoccupés par la logistique associée aux Islanders. 

Tous les joueurs sondés estiment que les deux arénas pouvaient nuire aux efforts de recrutement de l’équipe. Si on était de mauvaise foi, on dirait que la garde partagée n’est jamais une bonne idée en sport professionnel.

On sera enfin normaux. Tous les jours, on saura où on s’en va. C’est notre maison.

Barry Trotz, entraîneur-chef des Islanders

Cela dit, les années au Barclays Center ont à tout le moins permis aux Islanders de gagner du temps. Le Nassau Coliseum était devenu vétuste, trop petit pour les arénas modernes de la LNH, et les projets de rénovation de l’aréna, ou de construction d’un nouvel amphithéâtre, ont longtemps piétiné. Un premier projet de rénovation, le Lighthouse Project, avait été présenté… en 2005 !

« Il faut tout de même être reconnaissants envers le Barclays Center, a rappelé Martin. Sans cela, l’équipe ne serait peut-être plus à New York aujourd’hui. C’était un bon domicile pour nous pendant cinq ou six ans. On aime être à New York, donc il faut être reconnaissants pour la chance qu’on a eue. »

L’apprentissage de Dobson

PHOTO JAMES GUILLORY, USA TODAY SPORTS

Noah Dobson

Noah Dobson était dans une bien drôle de situation en début de saison. Ce défenseur, 12e choix au total en 2018, a mené le Titan d’Acadie-Bathurst à la Coupe Memorial en 2018. En 2019, Dobson refaisait le coup, cette fois avec les Huskies de Rouyn-Noranda. À 19 ans, le Prince-Édouardien aurait pu retourner dans la LHJMQ, mais de l’avis général, il n’avait plus rien à prouver à ce niveau. Le hic : en raison de son âge, il n’est pas admissible à jouer dans la Ligue américaine et il n’était pas nécessairement prêt à faire le saut dans la LNH. Dobson a donc été limité à 31 matchs cette saison et a été laissé de côté pour les 33 autres. Une situation qui n’enchante pas Barry Trotz. « On savait qu’il n’allait pas jouer tous les matchs, mais en restant ici, il peut devenir plus fort, il s’entraîne contre des joueurs plus rapides, plus intelligents. Et avec quelques blessés, il allait pouvoir jouer 35 ou 40 matchs. C’est là qu’il va arriver. Mais ça doit changer. Il faut qu’il y ait une solution pour ces joueurs, par exemple, le droit de prendre un joueur comme ça tous les trois ans, en échange d’un paiement [à l’équipe junior]. »