Il est probable qu’Ilya Kovalchuk vive ses dernières heures dans l’organisation du Canadien de Montréal. Qu’il soit échangé ou qu’il revienne l’an prochain, la séquence de six matchs sans point qu’il traverse inquiète les partisans. Ses récentes performances font-ils baisser sa valeur ? Sa magie s’est-elle épuisée ? Ou traverse-t-il seulement une mauvaise passe ? Le point en six questions.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Kovalchuk a-t-il ralenti ?

Une facile en commençant. Évidemment qu’il a ralenti, du moins si l’on se fie à sa récolte offensive. Au cours de ses 15 premiers matchs avec le Canadien, il a récolté 12 points, dont 3 en avantage numérique, et présenté un différentiel de +10. Ses 6 buts en 40 tirs lui conféraient un pourcentage de réussite de 15 %, une valeur légèrement supérieure au rythme qu’il soutenait avant son départ pour la KHL en 2013 (14,1 %). Au cours des six derniers matchs, c’est autre chose : aucun point, même s’il décoche presque un tir de plus par match, et un différentiel de-3. Son temps de glace a lui aussi diminué, passant de 19 min 31 s à 17 min 50 s. Les retours au jeu successifs de Brendan Gallagher il y a quelques semaines, puis de Jonathan Drouin et Paul Byron plus récemment, y sont directement liés.

Faut-il s’en alarmer ?

Non. En mêlée de presse, vendredi, il a admis que sa production offensive du moment n’était pas à la hauteur de ses attentes. Or, il a ajouté qu’il estimait obtenir « des chances de qualité à chaque match ». Et c’est rigoureusement exact. Selon le site Natural Stat Trick, au cours des 15 premiers matchs de Kovalchuk, le Canadien a généré 6,9 chances de marquer par match lorsque le Russe était sur la glace à 5 contre 5. Depuis, cette statistique est passée à 6. C’est une baisse, mais elle n’est pas drastique. La différence est encore moins marquée au chapitre des chances de marquer dites « dangereuses », qui étaient de 2,7 par match et qui sont désormais de 2,5. Autrement dit, les points ne s’accumulent pas, mais les chances d’y arriver sont encore bien présentes. « Je ne profite pas de bonds favorables. Ça arrive », a-t-il Kovalchuk. Là où le bât blesse, c’est en avantage numérique, secteur où le joueur russe est au neutre, à l’instar du Canadien.

Kovalchuk était-il meilleur chez les Kings ?

Non. Une statistique a circulé, au cours de la dernière semaine, indiquant que Kovalchuk était plus prolifique à Los Angeles en début de saison parce que sa récolte de points à forces égales par tranche de 60 minutes était meilleure. Sur le fond, c’est vrai : de 1,45 dans la ville des anges, cette donnée est maintenant tombée à 1,31 dans la métropole. Or, il faut prendre cette variation pour ce qu’elle est, c’est-à-dire marginale. D’abord, Kovalchuk dispute trois minutes par match de plus chez le Canadien que chez les Kings à 5 contre 5. Par la force des choses, une cadence est plus difficile à garder stable à mesure qu’on ajoute du temps de jeu. Ensuite, même si Kovy avait soutenu le rythme de Los Angeles avec son utilisation montréalaise, il aurait jusqu’ici récolté… un point et demi de plus. Sur une saison complète, c’est un manque à gagner de six points environ. C’est bien peu lorsqu’on constate que Kovalchuk a largement amélioré ses performances en matière de chances de marquer et de possession de rondelle en traversant sur la côte Est.

Claude Julien en a-t-il assez ?

Non. Quand l’entraîneur-chef du Canadien a dit vendredi qu’il appréciait les replis défensifs de Kovalchuk, il avait probablement effacé de sa mémoire la nonchalance du numéro 17 et de Max Domi sur le but égalisateur des Red Wings, mardi à Detroit. N’empêche, Julien a insisté : « Je ne suis pas déçu de son rendement au contraire, il continue à travailler fort. Quand il ne marque pas, ça ne veut pas dire qu’il n’est pas un bon joueur. » Relancé sur le même thème, il en a rajouté : « Les gens doutaient de son intention de bien jouer sans la rondelle, mais depuis qu’il est ici, il a tous les atouts d’un bon vétéran. » Julien a répété plus d’une fois à quel point Kovalchuk était un exemple positif pour les jeunes – « c’est un entraînement optionnel et il est sur la glace parce qu’il aime jouer ». Et il a avoué qu’il aimerait bien compter sur lui jusqu’à la fin de la saison. Entre nous, il aurait tout de même été étonnant qu’il jette son joueur sous l’autobus si son patron essaie de l’échanger (voir capsule suivante).

Kovalchuk sera-t-il échangé ?

La logique voudrait que Kovalchuk fasse en effet partie d’une autre formation après 15 h lundi, heure limite des transactions dans la LNH. Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, a affiché ses couleurs en faisant fructifier la valeur du défenseur Marco Scandella, acquis des Sabres pour un choix de 4e ronde et refilé aux Blues pour un choix de 2e ronde. Kovalchuk a signé un contrat comme agent libre au tout début de 2020 et gagne à peine 750 000 $. Alors que le Canadien n’a aucunement progressé dans sa quête d’atteindre les séries éliminatoires au cours des dernières semaines, Bergevin ne boudera probablement pas son plaisir si un de ses homologues lançait un choix de 2e ronde dans la discussion. Selon les informateurs les mieux branchés du circuit, quelques équipes ont déjà levé la main.

Kovalchuk pourrait-il revenir à Montréal ?

Ce n’est absolument pas impossible. Selon le journaliste Darren Dreger, du réseau TSN, Marc Bergevin a discuté sérieusement avec l’agent de Kovalchuk, J. P. Barry, d’un nouveau contrat qui lierait le joueur au Canadien pour une autre saison. Dreger a évoqué l’idée d’un contrat d’une saison à bas salaire, mais assorti de multiples bonis de performance, comme ce que les Panthers de la Floride avaient consenti à Jaromir Jagr à la fin de sa carrière. Il faut savoir que cette perspective, si elle s’avérait, peut être complémentaire avec une transaction : Kovalchuk pourrait, par exemple, passer le reste de la saison et les séries éliminatoires avec une autre équipe et rentrer à Montréal pendant l’été. Encore vendredi, il a répété pour une énième fois combien il aimait cet environnement, où il a trouvé sa place. Mais bonne chance pour tirer des informations au principal concerné : « Je ne suis ni J. P. ni Marc. Je veux juste jouer samedi, après on verra ce qui va arriver. »