Ne le dites pas encore trop fort aux joueurs, qui se démènent encore à chaque soir, mais au point où en est le Canadien, aussi bien ne pas gagner trop souvent, n’est-ce pas?

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Cette autre défaite, hier contre les Oilers, combinée à la victoire des Sharks, fait reculer le CH d’un rang au classement général. Dans un contexte de réinitialisation, ou de reconstruction - choisissez le terme de votre choix - aussi bien repêcher le plus tôt possible quand votre club n’a presque plus espoir de participer aux séries.

En glissant derrière les Sharks au classement, on éloigne en outre les Sénateurs d’Ottawa d’une place favorable en prévision de la loterie, puisque ceux-ci détiennent le choix de première ronde de San Jose dans l’échange d’Erik Karlsson.

Si le tirage avait lieu aujourd’hui, le CH serait au sixième rang, avec 7,5% de chances de repêcher premier, chez lui au Centre Bell, 7,8% de repêcher deuxième, 8% de repêcher troisième, 38,9% de repêcher septième, aucune chance de repêcher plus loin que le neuvième rang.

Je viens de m’amuser ce matin, à l’aide du simulateur, à lancer une loterie comme si elle avait vraiment lieu. Les Sabres de Buffalo l’ont emporté et remontent de huit rangs pour obtenir le privilège de repêcher Alexis Lafrenière au premier rang.

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Alexis Lafrenière

Avec le choix des Sharks, les Sénateurs grimpent de cinq rangs et choisissent deuxième. Ils repêchent aussi sixièmes avec leur propre choix.

Le Canadien obtient le prix de consolation. Il grimpe du sixième au troisième rang. En 2018, l’organisation montréalaise était passé du quatrième au troisième rang grâce à la loterie et avait choisi Jesperi Kotkaniemi.

Après Lafrenière, le colosse Quinton Byfield est le choix populaire au deuxième rang. Byfield, 17 ans, déjà 6 pieds 4 pouces et 214 livres, est l’un des plus jeunes joueurs de cette cuvée. Il a presque deux points par match dans la Ligue junior de l’Ontario: 58 points, dont 23 buts, en seulement 31 matchs à Sudbury. Ses performances timides au Championnat mondial junior vont peut-être refroidir l’enthousiasme de certains recruteurs, mais Lafrenière, qui a 10 mois de plus, avait été très discret lui aussi à sa première expérience à ce tournoi l’an dernier.

Les autres candidats au top 10 sont intéressants. Tim Stutzle, 17 ans, 6 pieds, 185 livres, est considéré comme le prochain grand attaquant allemand après Leon Draisaitl. Il a amassé cinq aides en cinq matchs au Championnat mondial junior. Il a obtenu 23 points en 25 matchs jusqu’ici dans la première ligue professionnelle en Allemagne (DEL) avec Mannheim. Aucun Allemand de son âge n’avait jamais réussi à dominer comme il le fait dans la DEL.

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Tim Stutzle

Le Suédois Lucas Raymond, 17 ans lui aussi, n’est pas le plus costaud à 5 pieds 11 pouces et 170 livres, mais il constitue un ailier électrisant. Il a obtenu quatre points en sept matchs pour la Suède au Championnat mondial junior et cinq points en 16 matchs à Frolunda, dans la SHL, première division suédoise. C’est un rapide patineur, très créatif, intelligent, avec un tir foudroyant.

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Lucas Raymond

Le défenseur droitier Jamie Drysdale a surpris en méritant un poste avec l’équipe canadienne junior à 17 ans. Il portait la grille comme Byfield parce qu’il n’est pas encore majeur. Drysdale, 5 pieds 11 pouces et 170 livres, a 31 points en 28 matchs à Erie, dans la Ligue junior de l’Ontario. Les défenseurs de 17 ans capables d’amasser plus d’un point par match n’attendent généralement pas trop longtemps le soir du repêchage. Drysdale est bâti pour la nouvelle LNH.

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Jamie Drysdale

Sinon, vous avez l’ailier droit suédois Alexander Holtz, 6 pieds et 183 livres, cinq points en sept matchs au Championnat mondial junior, 11 points en 22 matchs à Djurgardens, dans la SHL, un marqueur pur; Marco Rossi, un centre autrichien de 18 ans, 5 pieds 9 pouces, un «late» comme Alexis Lafrenière, avec un total hallucinant de 69 points, dont 26 buts, en 29 matchs avec les 67 d’Ottawa; Cole Perfetti, un centre de 5 pieds 10 pouces et 185 livres, 64 points en seulement 38 matchs à Saginaw, dans la Ligue junior de l’Ontario, en route vers une saison de 109 points.

Vous avez le choix. Le Canadien aurait pu s’accrocher et peut-être, sans toutes ces blessures, entrer en séries par la petite porte. Pour affronter les Bruins ou le Lightning en première ronde, et repêcher entre le 15e et le 20e rang.

Sinon, l’équipe rate les séries, certes. Mais Nick Suzuki vient de s’établir comme centre offensif dans la LNH et flirte avec une saison de 50 points à 20 ans. Jesperi Kotkaniemi, 19 ans, malgré une saison difficile, se remet à marquer. Il a quatre buts en 13 matchs depuis son retour.

Deux des trois membres du premier trio, Danault et Gallagher, ont 26 ans. Tatar a 29 ans. Joel Armia a 26 ans. Deux des meilleurs attaquants du club, Max Domi et Jonathan Drouin, ont 24 ans. Artturi Lehkonen, en route vers une première saison de 20 buts, a 24 ans. Deux membres du top 6 défensifs, Cale Fleury et Victor Mete, sans être dominants, ont 21 ans ou moins.

L’ailier Cole Caufield, 20 points en 18 matchs à sa première saison dans la NCAA, viendra probablement rejoindre le club d’ici la fin de la saison ou l’an prochain. Le meilleur défenseur russe de sa génération, Alexander Romanov, pourrait suivre.

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Cole Caufield

On attend de voir qui de Ryan Poehling, Jesse Ylonen, Jacob Olofsson, Cam Hillis, Josh Brook, Jordan Harris, Mattias Norlinder, Jayden Struble se développera.

Et, dans le meilleur des mondes, l’équipe remporte l’un des lots de la loterie et ajoute au groupe un Alexis Lafrenière, un Quinton Byfield ou un Tim Stutzle; ou dans le «pire» des scénarios, Jamie Drysdale, Marco Rossi, Alexander Holtz ou Cole Perfetti.

Ce n’est pas pécher par excès d’optimisme que de réaliser à quel point la relève du CH promet. Les Leblanc, Scherbak, McCarron, Chipchura, Fischer et Tinordi n’ont jamais accompli le quart de ce que les Suzuki, Kotkaniemi et Mete font déjà dans la LNH. Et ils n’ont jamais pu égaler non plus dans les mineures les exploits de la relève, les Caufield, Romanov, Poehling et compagnie.

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Un entraîneur n'a pas le droit de déclarer publiquement qu'il est «à bout de réponses», même s'il fait tout en son pouvoir pour relancer l'équipe. Claude Julien est payé des millions par année pour trouver des réponses justement, même si on peut comprendre son découragement. À l'époque, Guy Carbonneau avait déclaré une chose semblable dans une période creuse. Il avait été congédié peu de temps après.