(Montréal) Une fiche de 11-8-5. Un gardien qui se cherche. Des défaites qui s’accumulent.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Les mois de novembre se suivent et se ressemblent dans l’entourage du Canadien. Statistiquement du moins.

> Relisez notre clavardage du match entre les Bruins et le Canadien

Avec sa gênante défaite de 8-1 mardi aux mains des Bruins de Boston, le Canadien montre une fiche de 11-8-5, soit exactement la même que l’an passé après 24 matchs. En voulez-vous une bonne ? L’an dernier aussi, ce sont les Bruins qui avaient battu le CH à son 24e match. Également malgré l’absence de Patrice Bergeron.

En voulez-vous une autre bonne ? L’actuelle séquence de cinq défaites de suite est la première depuis… novembre 2018.

Mais c’est là que les similitudes s’arrêtent. Voici ce que Claude Julien disait après le cinquième revers de suite l’an dernier. « C’est difficile présentement, même s’il y a beaucoup de positif dans le match de ce soir. »

À l’inverse, le Claude Julien de mardi soir semblait plus impatient. « Encore une fois en désavantage, on ne sort pas la rondelle quand on a une chance », lance-t-il en expliquant un but accordé.

« Les choses que l’on voit sont faciles à rectifier si les gars veulent faire le travail de la bonne façon », ajoute-t-il.

L’entraîneur-chef a même d’abord tenté d’épargner Carey Price, esquivant la première question à propos de son gardien. Relancé à son sujet, il n’a guère eu le choix d’affirmer ce qui sautait aux yeux. « Il fait partie de notre équipe et on n’a pas été assez bons [mardi]. On connaît Carey. On sait qu’il est capable d’être meilleur. Ce n’est pas nécessairement sa faute, mais je ne peux pas dire qu’il a été excellent non plus. »

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Carey Price

Protéger son gardien après une mauvaise sortie est une chose. Mais quand ces mauvaises sorties s’accumulent, vient un point où il est plus difficile de le défendre. À ses quatre derniers matchs, Price a accordé 18 buts sur 95 tirs, pour une efficacité de ,811.

D’où viendra l’étincelle ?

Le CH de l’an dernier avait aussi perdu cinq matchs en novembre, mais s’était remis sur les rails en remportant 10 de ses 15 matchs en décembre. « Pas de panique », diront les éternels optimistes.

Mais l’an dernier, une étincelle avait permis au Tricolore de se replacer. Une étincelle de 6 pi 4 et 230 lb. Une étincelle nommée Shea Weber. Dès son retour au jeu, il était employé 25 minutes par match, contribuait à l’attaque et jouait comme un véritable défenseur no 1.

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Shea Weber

Et Price, qui connaissait un départ très difficile, était vite redevenu le gardien dominant qu’il est capable d’être. De ,886 en novembre, son efficacité était passée à ,916 en décembre et à ,953 en janvier.

S’il y a une source d’inquiétude cet automne, elle est là. Il n’y a pas d’étincelle en dormance pour relancer l’équipe ou le gardien. Jonathan Drouin ne reviendra pas avant le début de 2020. La bougie d’allumage ne s’appelle pas Ryan Poehling ou Lukas Vejdemo non plus.

Changer les combinaisons ? Julien a aussi utilisé cette carte, en démantelant le trio de Phillip Danault, en déplaçant Max Domi du centre à l’aile puis de nouveau au centre, en jouant avec ses deux premiers duos de défenseurs.

L’entraîneur a aussi tenté de grands coups à l’entraînement, que ce soit avec une séance éprouvante lundi, ou en prenant à sa charge le désavantage numérique le mois dernier.

Ce qui nous mène à la question : peut-il replacer l’équipe avec son groupe de joueurs actuel ?

« On vient de perdre cinq matchs d’affilée, on a ramassé 5 points sur 10. Les 20 premiers matchs, c’était un bon départ. Maintenant, on est à un point où c’est important de ne pas paniquer, mais c’est important d’arranger ce qui ne va pas », a répondu Julien.

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Claude Julien

Cela dit, la question se pose. Victor Mete, malgré son statut officiel de défenseur « top 4 », joue à peine 17 minutes par match. Il y a un trou béant au centre du troisième trio, dans un rôle que Jesperi Kotkaniemi est incapable d’assurer cette saison. La profondeur à l’aile est mise à mal en l’absence de Drouin et Paul Byron.

Il sera donc intéressant de voir comment réagira Marc Bergevin. Il est facile de dire qu’une transaction est nécessaire. Mais tenter d’en boucler une en plein cœur d’une séquence de défaites, c’est un peu comme faire visiter sa maison à vendre quand le ménage n’est pas fait. Ce n’est peut-être pas le meilleur moment.

« Tout ce qu’on peut faire, c’est de s’en sortir en tant qu’équipe, en travaillant fort, a dit Brendan Gallagher. Ce n’est pas plaisant, mais ça peut être très gratifiant si on y parvient. Si on ne peut pas, c’est frustrant et ça va continuer à grossir. »

Dans le détail

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Tout ça sans Bergeron, en plus

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David Pastrnak

Les Bruins de Boston sont arrivés au Centre Bell mardi soir sans Patrice Bergeron, auteur de 24 points en 21 matchs, et on peut affirmer que son absence n’a pas vraiment fait mal aux visiteurs. Même sans Bergeron, David Pastrnak et Brad Marchand, ses habituels compagnons de trio, ont trouvé le moyen de s’amuser comme s’il n’y avait pas de lendemain. Ainsi, Pastrnak a terminé sa soirée au bureau avec trois buts, tandis que Marchand a conclu avec une récolte d’un but et deux aides, pour un total de trois points. Et puisque c’était bar ouvert pour tout le monde avec un chandail blanc, l’attaquant Jack Studnicka, dont c’était le premier match à vie dans la Ligue nationale, s’est même permis d’inscrire le premier point de sa carrière, avec une passe sur le but de Danton Heinen en fin de match. On peut seulement présumer que ça aurait été encore plus laid si Bergeron avait été là.

Pas le même CH sans Drouin

PHOTO NICK WASS, LA PRESSE CANADIENNE

Jonathan Drouin en douleur sur la glace des Capitals de Washington

Est-ce une simple coïncidence ? Dur à dire, mais en tout cas, les chiffres ne mentent pas : depuis que Jonathan Drouin n’est plus là, le Canadien ne gagne pas. Drouin s’est blessé lors du match du 15 novembre à Washington, et depuis cette date, le Canadien n’a remporté aucune victoire en cinq matchs, ne récoltant que deux points sur une possibilité de 10. Depuis la blessure à Drouin, le Canadien n’a marqué que 12 buts, dont 5 buts lors du match de samedi dernier au Centre Bell contre les Rangers de New York. Il n’y a aucune équipe qui aime se servir des blessés comme excuse (en tout cas, pas la plupart du temps), mais dans ce cas-ci, il est assez évident que le Canadien n’est plus la même équipe depuis la blessure à celui qui porte le numéro 92. Rappelons que Drouin, blessé à un poignet, devrait être à l’écart du jeu pour environ huit semaines.

Sale temps pour la défense

Avec tout ça, le Canadien vient d’accorder 14 buts à ses deux derniers matchs, deux matchs disputés à domicile, et pour retrouver un tel désastre de cafouillage défensif dans l’histoire du club, il faut remonter à très loin. Ainsi, selon le réseau Sportsnet, la dernier fois que le Canadien a accordé 14 buts en deux matchs de suite à domicile remonte aux beaux jours du Forum, plus précisément aux matchs du 22 et 27 janvier… 1972, à une époque où les gardiens gardaient les buts debout, et une époque où les systèmes défensifs n’avaient pas encore été inventés. Autre rappel historique pas super reluisant : la dernière fois que le Canadien s’est fait humilier de huit buts devant ses partisans remonte au 31 janvier 2006, dans une défaite de 8-2 contre les Hurricanes de la Caroline. Enfin, Carey Price a très mal paru, au point d’être sorti du match, mais il peut tout de même se consoler sur un détail : c’était la première fois en 112 matchs qu’il subissait le crochet.

En hausse, en baisse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

En hausse : Brendan Gallagher

En partie parce qu’il continuait à piocher près du filet adverse, même à 6-1 en troisième période. En partie aussi parce qu’on ne peut pas choisir Michel, l’animateur de foule au rire contagieux, pour cette rubrique.

En baisse : Jeff Petry

Une autre soirée difficile et le voici avec une fiche de -9 à ses quatre derniers matchs. Le Petry du début de saison est porté disparu.

Le chiffre du match : 5-5-5

C’est la fiche du Canadien contre les équipes de l’Association de l’Est cette saison. Ça fait beaucoup de points donnés aux équipes avec qui il est directement en lutte.

« Je peux être meilleur »

Propos recueillis par Richard Labbé et Guillaume Lefrançois

Carey Price : « On doit être meilleur des deux côtés de la rondelle. Et je peux être meilleur. On doit se regrouper et retourner au travail. »

Phillip Danault : « C’est inacceptable. Avec tout ce qu’on a réussi à accomplir depuis le début de la saison, c’est inacceptable. On a fait des erreurs défensives, on a fait des erreurs d’inattention, il faut être mieux préparés que ça mentalement. C’est comme si on était un peu incertains dans notre jeu. C’est là-dessus qu’il faut travailler. Et les huées en fin de match, ça fait mal au cœur. »

Claude Julien, à propos des raisons qui l’ont mené à retirer Price du match : « C’est 5-1. On va avoir besoin de lui. Tu lui donnes du repos, t’espères que l’autre gardien va te donner le choc dont t’as besoin. Plusieurs raisons. »

Shea Weber : « Ils ont profité de leurs chances. On ne peut pas se permettre de donner de telles occasions à l’adversaire. Ça a gâché notre jeu et ça a rendu la vie difficile à notre gardien. Toutes les équipes traversent de mauvaises périodes dans une saison, il faut seulement trouver une façon de s’en sortir. Comment ? Je ne sais pas… en accordant moins de buts ? »

Jeff Petry: « Nous avons fait des erreurs, moi le premier, et ce sont ces erreurs-là qui se sont retrouvées dans le fond du but. »