Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

C’était un banal dégagement. Comme il y en a des dizaines pendant une partie de hockey. Antoine Leblanc est allé chercher la rondelle dans le fond de son territoire. Mikaël Robidoux l’a suivi. À pleine vitesse. Il s’est donné un élan d’une dizaine de mètres pour projeter la tête de son adversaire contre la bande. Avec toute la délicatesse d’un tank qui écrase une tulipe.

L’attaquant des Cataractes de Shawinigan a été puni cinq minutes. Expulsé du match. Puis suspendu indéfiniment par la LHJMQ. Le préfet de discipline a pris une semaine pour réfléchir à la sanction. Il l’a finalement annoncée lundi.

Une suspension de 10 matchs.

C’est une des peines les plus importantes des dernières années. Une sanction lourde, justifiée par la violence de l’assaut. « Le joueur fautif n’a pas fait l’effort nécessaire pour minimiser la force de l’impact au contact physique », a indiqué la ligue.

Dix matchs, c’est beaucoup. Mais ça reste insuffisant, considérant l’historique de Mikaël Robidoux. Ce n’était pas sa première suspension.

Ni sa deuxième.

Ni sa troisième.

Ni sa sixième.

C’était sa neuvième.

En quatre saisons et des poussières.

En fait, depuis que Robidoux évolue dans la LHJMQ, il a plus de matchs de suspension (36) que de buts (27). Un ratio qui devrait mettre fin illico à sa carrière junior. Mais non. Chaque fois, ses entraîneurs espèrent lui faire entendre raison. Il faut dire que Robidoux a fait preuve de contrition et d’introspection dans le passé. Je le cite en entrevue avec Le Journal de Québec, après sa septième suspension, pour avoir assené un violent coup de genou.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @CATARACTES_SHAW

Mikaël Robidoux purge actuellement sa neuvième suspension dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec…

« Il va falloir que je trouve la ligne. Je ne compte pas arrêter de frapper demain matin. Ça fait partie de moi et c’est dans mon ADN. Mais il va falloir que je décide d’y aller quand ça vaut vraiment la peine. Quand il n’y a pas de mise en échec à donner, j’ai juste à ne pas la donner et à me concentrer à jouer au hockey. »

C’était le 25 septembre 2018.

Trois jours plus tard, Mikaël Robidoux s’est retrouvé sur la glace en même temps qu’un choix de premier tour des Voltigeurs de Drummondville, Xavier Simoneau. Plus précisément dans son angle mort. Ça devait être un de ces moments où « ça valait vraiment la peine ». Robidoux a visé la tête de Simoneau, un joueur avec un historique connu de commotion cérébrale et de blessures au cou. Simoneau s’est effondré. Il a quitté l’aréna sur une civière et passé la nuit en observation à l’hôpital.

Cette fois-là, Robidoux a été suspendu 15 parties.

Et les raisons des six autres suspensions ? Coup de genou. Mise en échec à la tête. Bagarre planifiée. Une fois, il a enlevé le casque d’un adversaire pendant une bataille. Une autre fois, il a plaqué un joueur avec tant de violence que la baie vitrée a éclaté.

Ah oui, il a aussi été puni pour une « accumulation de codes 4 ».

C’est quoi, un code 4 ?

C’est lorsqu’un joueur est identifié comme l’instigateur d’une bagarre.

À un moment donné, ça suffit. Mikaël Robidoux n’a plus sa place dans le junior majeur.

Je rappelle que la LHJMQ n’est pas la LNH, qui vient de suspendre un récidiviste (Robert Bortuzzo) seulement quatre matchs pour un double-échec stupide et dangereux.

La LHJMQ est un circuit de développement. Une ligue dans laquelle des adolescents bourrés de talent apprennent des meilleurs entraîneurs. Avec l’espoir d’être repêchés dans la LNH, d’être recrutés par un club professionnel ou une université canadienne.

Robidoux ne cadre plus dans ce modèle. Il a 20 ans. C’est sa dernière saison d’admissibilité dans la LHJMQ. Ils sont plusieurs dans la ligue à croire qu’il a atteint son plein potentiel. Que son développement est terminé. Pire, qu’il met en danger celui des vedettes montantes du circuit avec ses gestes irréfléchis.

La LHJMQ avait le prétexte idéal pour le bannir à vie. Elle avait aussi une occasion de prouver aux jeunes hockeyeurs d’ici tentés par les États-Unis – et à leurs parents – que leur développement et leur sécurité priment tout le reste. Elle ne l’a pas fait. Avec pour conséquence que dans deux semaines, Mikaël Robidoux reviendra terroriser les joueurs étoiles du circuit.

La ligue a raté sa chance de passer le bon message.

C’est dommage.

La ministre a un plan

Depuis deux ans, les histoires d’athlètes agressés, intimidés ou harcelés se multiplient. C’est devenu une préoccupation majeure. Pour les sportifs. Pour leurs parents. Et pour la ministre responsable du sport et du loisir, Isabelle Charest, elle-même jadis une athlète d’élite.

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Isabelle Charest

Ces derniers mois, Mme Charest s’est mise à la recherche de solutions. Elle en a fait une priorité. Elle a rencontré les gens du milieu, les a écoutés et leur a présenté le résultat de ses consultations, lundi soir, dans un énoncé ministériel. « L’objectif, c’est de doter le milieu du sport d’un lieu sain pour favoriser l’épanouissement des athlètes », m’a-t-elle expliqué en entrevue.

Au moins trois gestes concrets seront faits.

1. La création d’une entité indépendante de gestion des plaintes. Un arbitre neutre. Pour des raisons évidentes : difficile pour un athlète de déposer une plainte contre les dirigeants d’une fédération si ceux-ci sont à la fois juge et partie.

2. Une aide financière pour la vérification des antécédents judiciaires des entraîneurs et bénévoles. C’est un enjeu réel. Surtout pour les clubs et les petites fédérations.

3. Les fédérations devront adhérer à l’énoncé ministériel pour obtenir du financement. Concrètement, est-ce qu’une fédération pourrait perdre son aide gouvernementale si elle camouflait un abus ?, ai-je demandé à la ministre. « Oui ! Tout à fait ! »

La ministre souhaite que certaines de ces mesures soient en place dès le printemps prochain. Une politique nécessaire qui, souhaitons-le, aidera réellement les athlètes.