Les langues commencent à se délier à Toronto. Le malaise entre Mike Babcock et ses joueurs était peut-être beaucoup plus profond qu’on le croyait.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

L’ancien défenseur Mike Commodore a tenu des propos assassins sur Twitter à l’endroit de Babcock le jour de son congédiement. Commodore lui reproche depuis plusieurs années de l’avoir humilié dans les journaux en début de carrière à Anaheim et de l’avoir envoyé à répétition sur la tribune de la presse plusieurs saisons plus tard à Detroit. 

Commodore est même allé jusqu’à publier une photo de Babcock en train de ranger ses effets personnels dans son VUS en quittant pour une dernière fois le Scotiabank Arena. Malaise.

On aurait pu croire à des sentiments de frustration de la part d’un joueur marginal ignoré par son coach

Une voix s’est ajoutée à celle de Mike Commodore samedi. Celle de Mark Fraser. Celui-ci a joué pour les Maple Leafs pendant quelques saisons, mais avant l’arrivée de Babcock dans l’organisation torontoise. Il a néanmoins été le coéquipier de plusieurs hockeyeurs qui sont restés à Toronto sous l’ère Babcock.

« Ceux qui demandent à Mike Commodore d’atténuer ses propos sur Babcock ne savent pas à quel point les joueurs le détestent, a-t-il écrit sur Twitter ce weekend. Nous sommes une petite communauté d’athlètes. On se partage des histoires à longueur d’année. Vous ne pourriez croire ce qu’il a fait à certains de ses joueurs. Vous pouvez ne pas apprécier un entraîneur, mais 95% de ses joueurs n’auraient pas de choses positives à dire sur lui. »

Fraser l’accuse de diviser pour régner. « Il a usé de son pouvoir pour monter les joueurs les uns contre les autres et il mentait continuellement. Il l’a fait à des vétérans qui se sont retournés contre lui. Commodore est dur envers lui, mais il dit tout haut ce que la majorité pense tout bas. Il parle au nom de tous les joueurs des Maple Leafs qui n’osent pas dire la vérité en ce moment même si l’envie est grande. Si seulement les gens savaient la vérité. »

Une première histoire vient d’être rendue publique et elle implique Mitch Marner. 

En janvier 2017, à l’occasion du voyage permettant aux pères d’accompagner leurs fils hockeyeurs, Babcock aurait demandé à Marner, alors une recrue, une liste de joueurs, du plus travaillant au plus paresseux, rapporte le journaliste Ian Tulloch, un collaborateur à theathletic.com, au site theleafsnation.com et à la station Sportsnet 590. Marner s’est exécuté, ne voulant pas déplaire à son entraîneur, et lui a soumis sa liste de 20 noms.

Marner s’est placé au dernier rang. Son entraîneur et lui avaient convenu qu’il devait améliorer son éthique de travail et ses efforts sans la rondelle.

Mais Babcock s’apprêtait à faire un coup fourré au jeune homme. Il a montré la liste à deux joueurs au bas de la liste, les vétérans Tyler Bozak et Nazem Kadri. Marner, 19 ans, aurait éclaté en sanglots quand Babcock a avisé Bozak et Kadri, écrit Tulloch. Ceux-ci étaient furieux, non seulement à l’endroit de Marner, mais aussi de leur entraîneur d’avoir placé une recrue dans une position aussi délicate. 

Babcock aurait fait la même chose avec une recrue des Red Wings quelques années plus tôt, paraît-il. 

Comme le mentionne avec justesse Tulloch, un entraîneur peut toujours s’en tirer avec des méthodes tyranniques s’il gagne. Mais ces coachs de la vieille école sont de plus en plus rares et Babcock n’a pas gagné une ronde de séries éliminatoires depuis 2013. 

Le congédiement de Babcock, il y a cinq jours, ne constitue pas nécessairement une bonne nouvelle pour le Canadien. Toronto avait perdu six matchs de suite et s’enlisait au classement. 

Sous l’impulsion du jeune Sheldon Keefe, un entraîneur aux méthodes bien différentes, paraît-il, les Leafs ont remporté deux matchs, 3-1 contre les Coyotes de l’Arizona et 5-3 face à l’Avalanche du Colorado. 

Le défenseur Tyson Barrie semble avoir été le plus grand bénéficiaire du changement d’entraîneur. Il occupe désormais une place au sein de la première unité en supériorité numérique et a obtenu deux buts et une aide en deux matchs. Il avait sept points à ses 23 premières rencontres.

Toronto s’approche à un point du Canadien et du troisième rang dans la division Atlantique, mais a disputé deux matchs de plus. 

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