Marc Bergevin considère l’échange de Shea Weber comme son meilleur coup en carrière. 

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le DG du Canadien a fait cette déclaration étonnante au collègue Pierre Lebrun il y a quelques semaines. Weber montre des signes de ralentissement à 34 ans, quoique très en jambes hier soir, mais son arrivée marquait un changement de culture important chez le Canadien, estimait Bergevin.

Le capitaine du Canadien demeure évidemment un élément essentiel aux succès du CH, autant sur la glace que dans le vestiaire, mais l’organisation a néanmoins dû sacrifier une pièce importante pour l’obtenir. Quoi qu’en disent ses détracteurs, P.K. Subban était le meilleur défenseur du CH, un gagnant du trophée Norris, toujours à son meilleur en séries éliminatoires.  

Max Domi demeure une autre transaction intéressante à la fiche de Bergevin. Personne ne s’ennuie d’Alex Galchenyuk à Montréal, mais celui-ci demeurait un troisième choix au total âgé de 24 ans, capable de compter 30 buts dans des conditions favorables. On a donné pour recevoir.  

Max Pacioretty était devenu un indésirable à Montréal. Bergevin a fait un coup de maître en obtenant un autre indésirable, Tomas Tatar, le jeune Nick Suzuki et un choix de deuxième ronde (transformé en choix de troisième, Mattias Norlinder, et de cinquième, Jacob LeGuerrier).  

Tatar a obtenu 58 points l’an dernier et occupe le premier rang des compteurs de l’équipe avec Brendan Gallagher en ce début de saison avec 13 points en 15 matchs. Suzuki montre de grandes promesses. Norlinder se prépare au tournoi des Quatre-Nations avec l’équipe nationale de la Suède. Mais le Canadien a eu à se départir de son meilleur buteur des dernières années pour obtenir ces joueurs.  

Phillip Danault a disputé hier un autre extraordinaire match au centre de Tatar et Gallagher contre le trio de l’heure dans la LNH, celui de Patrice Bergeron, David Pastrnak et Brad Marchand.  

À cinq contre cinq, le trio du Canadien a généré onze tirs, contre cinq pour celui de Bergeron. Les trois meilleurs attaquants des Bruins ont été blanchis à égalité numérique, alors que Marchand et Pastrnak occupent pourtant le deuxième et troisième rang respectivement dans la LNH au chapitre des points à cinq contre cinq.  

On ne se fie évidemment pas à un match pour mesurer l’apport de Danault. L’an dernier, Gallagher, Tatar et lui ont terminé parmi les 48 premiers compteurs de la LNH à cinq contre cinq.  

Jusqu’ici cette saison, ce trio vient au septième rang pour les buts marqués à cinq contre cinq (9) derrière ceux de McDavid, Bergeron, Barkov, Crosby, Matthews et Larkin.

Non seulement le trio de Danault affronte-t-il systématiquement les meilleurs éléments adverses, entame la majorité des matchs de l’équipe, mais il produit.  

Danault, 26 ans seulement, a connu l’an dernier sa meilleure saison offensive en carrière avec 53 points malgré un temps d’utilisation très limité en supériorité numérique. Il a obtenu plus de points à cinq contre cinq que Mathew Barzal, Anze Kopitar, Jamie Benn et Ryan Nugent-Hopkins, entre autres.  

Sa septième place parmi les candidats au trophée Selke remis à l’attaquant défensif par excellence l’an dernier prouve que sa valeur commence enfin à être reconnue.  

Le site habseyeontheprize comparait cet été la progression de Danault à celle de Patrice Bergeron. Ce dernier atteint pour la première fois à 24 ans la cinquième place dans les votes pour le trophée Selke. Danault avait 25 ans l’an dernier quand il a reçu ses premiers votes.  

Entre 23 et 25 ans, Bergeron a amassé 107 points en 217 matchs à égalité numérique. Entre 23 et 25 ans, Danault a amassé 106 points en 215 matchs à égalité numérique.  

Danault n’est pas un centre numéro trois, comme plusieurs se plaisaient à le répéter, mais le centre de l’un des trios les plus efficaces de la Ligue nationale de hockey.  

Or, il a coûté à Marc Bergevin deux joueurs de location à la date limite des échanges le 26 février 2016. Dale Weise avait 14 buts en 56 matchs à sa fiche, mais sa carrière a périclité après son départ de Montréal. Tomas Fleischmann avait obtenu un contrat après un essai au camp d’entrainement six mois plus tôt.  

Les Blackhawks ont été éliminés en première ronde ce printemps-là. Weise, comme Fleischmann, ont été rayés de la formation lors de trois matchs sur quatre et ne sont pas restés avec l’organisation. Fleischmann a pris sa retraite et Weise s’est joint aux Flyers sur le marché des joueurs autonomes. La suite n’a pas été glorieuse. Le voilà aujourd’hui au sein d’un troisième trio avec le Rocket de Laval.  

Chicago a aussi donné un choix de deuxième ronde en 2018 au Canadien. Comme les Blackhawks ont connu un hiver difficile en 2017-2018, Montréal a pu repêcher le défenseur Alexander Romanov au septième rang de la seconde ronde.  

S’il signe un contrat comme prévu avec l’équipe ce printemps, Romanov, le défenseur par excellence au plus récent Championnat mondial junior, pourrait s’intégrer au top 4 du CH dès octobre 2020.  

On a vu des clubs sacrifier des choix de première ronde ou de solides espoirs pour des joueurs de location de premier plan. Mais obtenir un Danault et un Romanov pour deux joueurs de location de deuxième ordre ? Du rarement vu.  

Ironiquement, Danault n’a pas été le joueur le plus sollicité par les médias après la date limite des transactions. Stefan Matteau avait été obtenu trois jours après Danault, en retour de Devante Smith-Pelley, et sans doute en raison de la notoriété de son père, l’ancien hockeyeur Stéphane Matteau, l’arrivée de Danault a été reléguée au second plan.  Les deux jeunes hommes avaient constitué des choix de fin de première ronde. On le voyait dans des rôles de soutien à court et long terme.  

Matteau n’est pas resté très longtemps à Montréal. Un an après l’échange, il s’est joint à l’organisation des Golden Knights de Vegas. Il a disputé seulement huit matchs dans la LNH avec eux. Il a signé un contrat de Ligue américaine avec Cleveland cet été.

Le meilleur échange de Marc Bergevin ? Poser la question, c’est y répondre…  

À lire

Philippe Cantin est contre cette idée de garde partagée entre les Expos de Montréal et les Rays de Tampa. Avec de nombreux arguments étoffés, il vous explique pourquoi.