Il y a deux prémisses de base chez les Sharks de San Jose. Un, ils ne manquent certainement pas de leadership, avec Logan Couture comme nouveau capitaine, en plus de Joe Thornton et Patrick Marleau qui ont déjà rempli ce rôle avec les Sharks. Deux, ils ne connaissent pas du tout le début de saison rêvé, au dernier rang de la division Pacifique (fiche de 3-5-1).

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

La conclusion était inévitable. Tôt ou tard, quelqu’un, quelque part, allait perdre patience. Et c’est arrivé mardi, dans la défaite de 4-3 en prolongation contre les Sabres de Buffalo. Timo Meier et Kevin Labanc sont restés trop longtemps sur la glace, et ont changé au mauvais moment. Jack Eichel donnait la victoire aux Sabres quelques secondes plus tard.

Couture n’a pas été tendre après le match. «C’est un changement impardonnable. Ce sont deux gars qui sont restés trop longtemps en pensant à l’attaque. C’est un jeu égoïste qui ne doit pas faire partie de cette équipe.»

Pour l’entraîneur Peter DeBoer, ce n’était pas une manière pour le nouveau capitaine d’établir son autorité. C’était simplement la chose à faire au sein d’une équipe qui aspire à beaucoup plus.

«Logan le faisait même sans le C. Nous nous disons nos quatre vérités (en anglais, tough love team). Il y a des conversations qui ne sont pas faciles, il y a plusieurs joueurs très compétitifs avec beaucoup de caractère. Mais ce n’est jamais personnel, et les joueurs n’en sont que meilleurs.»

Couture est revenu sur ses propos de la veille avec beaucoup de calme et d’éloquence. Il est avant tout conscient que les Sharks déçoivent, même s’il n’a rien à se reprocher personnellement avec 1 but et 7 passes en 9 matchs. Il a d’ailleurs pris bien soin de passer son message à Meier et Labanc avant de les montrer du doigt publiquement.

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Logan Couture lors du match contre les Sabres, mardi.

«Ça n’a rien à voir avec mon rôle de capitaine. C’est la frustration. C’est une leçon pour tout le monde. Nous passons à autre chose. Je leur ai parlé après le match. Je leur ai reparlé aujourd’hui. L’entraîneur leur a parlé, il a parlé à toute l’équipe aussi. On l’a vu, on sait ce qui s’est passé, et ils vont grandir de ça.»

Labanc a pris le temps d’expliquer la séquence. Dans une prolongation où les Sharks couraient après la rondelle, les deux joueurs ont été coincés sur la glace presque 90 secondes. Pour Labanc, c’est un problème de communication qui a mené au but : un seul des deux aurait dû retourner au banc, mais ils n’ont jamais déterminé qui ce serait.

«Il joue son rôle de capitaine, a dit Labanc. Il a été émotif, et c’était une défaite émotive. On doit apprendre et comprendre ce qu’on aurait pu faire mieux. On doit s’assurer de ne plus refaire cette erreur. C’est une courbe d’apprentissage. Timo et moi reviendrons plus forts au prochain match.»

«Tu es au banc et tu sais que tu as fait une erreur, a reconnu Meier. Ça va vite, tu essaies de prendre les bonnes décisions. Ça nous a coûté un point. Ça doit nous permettre de devenir de meilleurs joueurs.»

Du leadership à revendre

On le disait plus tôt, Couture a été nommé capitaine au début de la saison. À sa gauche dans le vestiaire des visiteurs au Complexe sportif Bell à Brossard, il y avait d’abord Joe Thornton, puis Patrick Marleau. Le premier a été capitaine des Sharks de 2010 à 2014, le deuxième l’a été de 2003 à 2009.

Les deux vétérans ont appuyé la sortie de Couture. «C’est ça être un leader», a dit Marleau. «Nous sommes 23 grands garçons. Je n’ai aucun problème avec ça», a renchéri Thornton.

AP

Patrick Marleau, Timo Meier et Joe Thornton lors d'un match contre les Sabres samedi dernier.

Pour Couture, les problèmes de l’équipe sont surtout défensifs. Les chiffres ne mentent pas. L’équipe arrive au 25e rang dans la LNH pour les buts accordés. Les différentiels des meilleurs joueurs ressemblent aux pointages d’un excellent tournoi de golf : Marc-Édouard Vlasic à-10, Labanc à-9, Erik Karlsson à-8, Hertl et Thornton à-6.

À travers tous ceux qui peinent à retrouver leur rythme, il y a Marleau, droit comme un chêne à 40 ans. Après avoir vu son contrat racheté par les Hurricanes de la Caroline, et après un été à attendre, Marleau a rejoint les Sharks. Il a accepté le 9 octobre un contrat modeste, un an et 700 000 $. Le lendemain, il offrait à son équipe sa première victoire de la saison, après quatre défaites, grâce à deux buts. À l’entraînement, il était à la droite du premier trio, avec Meier et Couture.

Marleau compte déjà cinq points en cinq matchs, même sans camp préparatoire. Un phénomène.

«Il est une légende, a dit Couture. Il a été ici si longtemps et il commande tellement de respect quand il entre dans une pièce. […] Plus rien de ce qu’il fait ne me surprend. Il est si bon. C’est le meilleur joueur avec lequel je me suis entraîné, sur les plans de la vitesse et du talent. Et il n’a rien perdu, ce qui est remarquable.»

«Je n’ai pas vraiment cru que c’était la fin a admis Marleau. J’ai reçu un bel appui de ma famille et de mon agent. Je n’étais pas prêt à arrêter. Il y a quelque chose à propos de ce sport qui te met tout le temps au défi. Et c’était un défi de rester fort mentalement. Je suis vraiment heureux de revenir ici. J’ai donné tellement d’années au succès à San Jose. Ils ont bien fait l’an dernier en séries, et il y a encore les éléments pour le refaire. On doit bâtir notre jeu pendant la saison et essayer d’entrer en séries. À ce moment, tout est possible.»

La formation attendue des Sharks demain au Centre Bell :

Meier-Couture-Marleau

Kane-Hertl-Labanc

Goodrow-Thornton-Gregor

Sorensen-Gambrell-Karlsson

Vlasic-Burns

Dillon-Karlsson

Ferraro-Heed