La Ligue nationale de hockey est-elle moins violente que jamais ?

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

À pareille date l’an dernier, elle avait imposé quatre suspensions, matchs préparatoires compris, pour 30 matchs de punition, dont une très longue à Tom Wilson.

Jusqu’ici cette année, seul Evander Kane a été suspendu, trois matchs, pour une altercation avec un juge de ligne.

« La transformation est incroyable, note Stéphane Quintal, toujours très actif au sein du comité de discipline de la LNH.

« Le camp d’orientation des recrues, où on invite chaque année 90 recrues, y est pour quelque chose. Les jeunes jouent aussi depuis 2011 avec des règlements plus stricts pour les coups à la tête, même dans le hockey mineur. »

Je ne croyais pas que l’éducation aurait eu un tel effet.

Stéphane Quintal

L’ancien défenseur du Canadien a pris une part active dans l’éducation des jeunes joueurs au fil des années. « Ce camp a été instauré avec la nouvelle convention collective, dit Quintal. Don Fehr [directeur exécutif de l’Association des joueurs] le faisait au baseball, et il trouvait que c’était une bonne idée de l’appliquer au hockey. Chaque équipe envoie des recrues à la fin août pour suivre des ateliers pendant trois jours, à Washington. »

Mieux outillés

Cette année, Quintal et son successeur à titre de préfet de discipline de la LNH ont insisté sur la nécessité pour les défenseurs de mieux se protéger.

« C’est ce qu’on priorise en ce moment. On leur a montré la mise en échec de Cédric Paquette sur Torey Krug [survenue en novembre 2017]. C’était une mise en échec limite. Mais Krug a eu le temps de voir Paquette s’amener et il lui a tout de même tourné le dos. Il aurait eu le temps de minimiser l’impact de la mise en échec.

On fait des groupes de 10 ou 11 joueurs, et c’est plus facile de les éduquer comme ça. On met aussi en scène une rencontre entre la LNH, l’agent et le joueur lors d’une audience, et les recrues doivent faire notre travail pour mieux comprendre le processus, si jamais ils devaient être suspendus.

Stéphane Quintal

Beaucoup d’autres sujets sont abordés au cours de ce camp obligatoire auquel ont assisté Ryan Poehling cette année et Jesperi Kotkaniemi un an plus tôt.

« Ils participent à des ateliers pour apprendre à mieux gérer les réseaux sociaux, à gérer leurs assurances. Des anciens parlent de leur expérience. Kevin Stevens a parlé de la sienne cet été. L’an dernier, Sheldon Souray avait abordé sa dépendance aux analgésiques. Rob Ramage vient toujours faire une présentation. Bill Daley explique l’historique de la LNH. »

L’ancien défenseur originaire de Boucherville loue aussi le travail des arbitres dans ce changement de culture. « C’est beaucoup l’arbitrage aussi, avec le groupe de Stephen Walkom et Colin Campbell. Les arbitres sont vraiment bons. »

Un pas de recul

Quintal a laissé son titre de préfet de discipline à Parros il y a deux ans, mais son rôle n’a pas beaucoup changé au sein de la Ligue.

PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

Stéphane Quintal occupe toujours un poste au sein du comité de discipline de la LNH.

« L’année précédente, on m’avait demandé de signer un nouveau contrat de trois ans, mais ça m’aurait forcé à déménager à temps plein à New York. Je n’étais pas prêt à le faire, car j’aurais perdu la garde de mes enfants.

« J’ai pris un pas de recul. Je reste à Montréal et je me rends à New York dix jours par mois quand je ne suis pas avec les enfants. En plus, mes enfants sont adolescents, ce n’est pas facile, je voulais vivre ça avec eux et les guider le mieux possible. Et je suis nouveau papa, mais ça ne change rien à la situation actuelle : si j’avais déménagé à New York, ma fille de 13 mois serait venue avec nous. »

Notre homme, âgé de 51 ans, analyse autant de matchs qu’auparavant pour le compte de la LNH.

Je fais exactement la même chose, je suis actif tous les soirs, mais c’est George [Parros] qui tranche. On a des conférences téléphoniques chaque semaine. On se parle avant chaque décision et on s’entend super bien.

Stéphane Quintal

Quintal a aussi ajouté quelques comités à son programme. « Je siège encore au comité des commotions cérébrales et de l’équipement, et cette année je me rends à St. Louis début décembre pour le concours d’habiletés pour le match des Étoiles à la fin janvier. Je siège aussi à un comité avec Glen Healy pour venir en aide aux anciens. »

Il se dit pleinement heureux sur le plan professionnel. « Je suis vraiment bien à la Ligue en ce moment. Il faudrait vraiment que j’obtienne une job incroyable avec un mandat de cinq ou dix ans pour me faire quitter la Ligue. Peut-être même que j’envisagerais de déménager à New York pour travailler dans un autre rôle au sein de la LNH quand mes enfants seront plus vieux. »