(Belleville) Vous avez 17 ans, vous faites vos premiers pas comme gardien dans le hockey junior, vous aspirez, comme bien des jeunes Canadiens, à atteindre la Ligue nationale. Et puis, sans crier gare, le meilleur gardien du moment, celui qui vient de gagner le trophée Vézina, mentionne votre nom sur Twitter.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est ce qui est arrivé à Griffen Outhouse à ses débuts avec les Royals de Victoria, dans la Ligue junior de l’Ouest (WHL). Le 24 octobre 2015, il signait sa toute première victoire dans la WHL, et il le faisait avec panache : un jeu blanc de 24 arrêts contre les Chiefs de Spokane. Price l’avait souligné en lui consacrant un tweet tout simple.

« C’était tellement cool ! J’imagine qu’il avait lu quelque part qu’un gardien de Williams Lake avait réussi un jeu à sa première victoire.

CAPTURE D’ÉCRAN DE TWITTER (@CP0031)

Gazouillis de Carey Price à l’intention de Griffen Outhouse, en octobre 2015

« Plein d’amis m’écrivaient, mais ce n’était pas pour me féliciter pour la victoire, c’était juste pour me dire que Carey Price m’avait mentionné sur Twitter ! », rigole Outhouse.

Un bled, deux gardiens

Outhouse participe cette fin de semaine au tournoi des recrues à titre de gardien des Jets de Winnipeg. Jamais repêché, il tente de décrocher un contrat professionnel, sans quoi il s’alignera avec les Golden Bears de l’Université de l’Alberta.

Sa particularité : il vient de Williams Lake, municipalité de 11 000 habitants. De Vancouver, il faut rouler quelque 500 km pour s’y rendre. En 2018-2019, 413 joueurs masculins y étaient inscrits au hockey.

Malgré la faible population, malgré l’éloignement, l’association de hockey mineur de l’endroit a produit un joueur qui a atteint la Ligue nationale. Un type du nom de Carey Price, dont on vous parlait plus haut.

Et Williams Lake étant un petit milieu, Outhouse connaît Price par la bande. Leurs parents sont amis, et le plus jeune a rencontré son idole à quelques reprises.

Carey Price a toujours été une idole pour moi. On est beaucoup à le dire, je le sais. Mais c’est assez proche de moi, car j’ai joué mon hockey mineur dans la même organisation que lui.

Griffen Outhouse, rencontré vendredi matin

« Il est probablement le meilleur gardien au monde, et c’est un bon gars. Je me souviens quand j’étais jeune, il venait de gagner l’or au Championnat du monde junior. Des amis à Williams Lake m’avaient invité, il avait apporté ses trophées. Il avait beaucoup de temps à me consacrer. Il trouve toujours du temps pour les gens. C’est aussi un modèle à cet égard, pas seulement parce que c’est un bon gardien. »

Combattre l’éloignement

L’histoire a souvent été racontée. Price habitait en fait à Anahim Lake, à 300 km à l’ouest de Williams Lake, dans une région difficile d’accès. Le paternel, Jerry Price, allait donc reconduire son fils à l’aréna… en avion de brousse !

Outhouse a lui aussi connu l’éloignement – et les sacrifices qui l’accompagnent – en version moins extrême. Il a grandi à Likely, village de 350 habitants à 100 km de Williams Lake, avant de déménager « en ville » vers l’âge de 12 ans.

« J’avais 10 ans, j’étais dans l’auto à 4 h du matin, prêt à partir, et ma mère se levait pour nous reconduire, que ce soit ma sœur au soccer ou moi au hockey. On avait la passion, mais ça prenait aussi des parents prêts à faire ces sacrifices. »

Malgré ces conditions en apparence hostiles, Outhouse ne croit pas que son parcours au hockey ait été plus compliqué que celui d’un jeune qui grandit dans la région de Toronto.

« Chacun a sa propre histoire. De mon côté, c’est simplement la réalité dans laquelle j’ai grandi », répond-il.