John Chayka a quelques gaffes à son actif. 

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le directeur général des Coyotes de l’Arizona était convaincu que Max Domi ne pouvait jouer au centre, contrairement à Alex Galchenyuk. 

Domi est devenu le meilleur centre du Canadien et a amassé 72 points l’hiver dernier. Galchenyuk a vite été renvoyé à l’aile par son entraîneur Rick Tocchet. Un an plus tard, il était déjà échangé aux Penguins de Pittsburgh avec son choix de première ronde en 2017, le jeune défenseur Pierre-Olivier Joseph, pour Phil Kessel. 

Au final, Chayka, le plus jeune DG de l’histoire lors de son embauche en 2016 à 26 ans, a perdu en Domi un jeune attaquant de 24 ans voué à devenir un grand leader à l’attaque, et un espoir en défense, pour un ailier prolifique, certes, mais âgé de presque 32 ans.

Par contre, son idée d’accorder des contrats à long terme à de jeunes joueurs n’ayant pas encore atteint leur plein potentiel n’est pas bête. 

Il vient de le faire à nouveau hier avec Clayton Keller. Le jeune homme de 21 ans, septième choix au total en 2016, a connu une deuxième saison moins productive avec seulement 47 points, presque 20 points de moins qu’à son année recrue, mais à sa défense, il n’avait pas de centre numéro un digne de ce nom. 

PHOTO CHRIS YOUNG, LA PRESSE CANADIENNE

Clayton Keller

Keller touchera en moyenne 7,1 millions par année pour huit ans à compter de 2020-2021. Chayka veut ainsi éviter de se retrouver dans une situation semblable à celle des équipes coincées par le plafond avec de jeunes stars comme Marner, Laine, Rantanen et compagnie toujours sans contrat. 

Les directeurs généraux font trop souvent l’erreur de récompenser des joueurs pour leurs exploits passés, entre autres lors de l’ouverture du marché des joueurs autonomes. Mais à 29, 30 ans, le hockeyeur a souvent déjà connu ses meilleurs moments et sera surpayé par rapport à sa production. Il pleut des Lucic, Ladd, Eriksson, Neal et Alzner dans la LNH. 

En offrant une telle augmentation à Keller malgré sa baisse de régime l’an dernier, Chayka mise sur le potentiel de développement de sa jeune vedette. Keller a non seulement brillé à sa première année dans la Ligue nationale, mais il a outrageusement dominé à sa seule saison à Boston University, dans la NCAA, avec 45 points en 31 matchs. Le risque pris par Chayka n’est pas inquiétant, Keller a un talent fou. 

Chayka a usé d’une formule semblable avec d’autres jeunes joueurs de son organisation. Christian Dvorak, un centre de 23 ans, touchera à compter de cette année 4,4 millions par année pour six ans. À ses deux premières saisons dans la LNH, Dvorak a obtenu 33 et 37 points. Il a disputé seulement 20 matchs l’an dernier en raison de blessures. Il tarde encore à produire comme pouvait le laisser espérer son année de 121 points en 59 matchs dans les rangs juniors à London.

PHOTO PERRY NELSON, USA TODAY SPORTS

Christian Dvorak

Nick Schmaltz, 23 ans, a aussi gagné la loterie en 2019: 5,8 millions par année pour sept ans, après avoir disputé seulement 17 matchs en Arizona. 

Le jeune homme a été obtenu des Blackhawks de Chicago cet hiver pour Dylan Strome et Brendan Perlini. Schmaltz a amassé 14 points au centre du premier trio avant de voir sa saison interrompue par une blessure au genou. 

Schmaltz avait connu une grosse saison en carrière, l’année précédente, avec 52 points, au centre de Patrick Kane. Le potentiel y est, mais les preuves restent à faire. 

PHOTO ROSS D. FRANKLIN, ASSOCIATED PRESS

Nick Schmaltz (8)

Le jeune homme a intérêt à s’épanouir afin de mieux faire paraître son directeur général. Strome, troisième choix au total en 2015, a amassé 51 points en 58 matchs après l’échange, dont 45 à ses 44 derniers matchs. Perlini, un choix de première ronde lui aussi, a vécu des débuts plus modestes, mais il a tout de même obtenu 11 points à ses 17 derniers matchs. 

Le défenseur Jakob Chychrun, 21 ans, est le quatrième joueur récompensé après deux saisons prometteuses. Ce choix de première ronde en 2016 en signé en novembre une prolongation de contrat de six ans pour 4,5 millions par année.

PHOTO MATT KARTOZIAN, USA TODAY SPORTS

Jakob Chychrun

Chayka n’est pas le seul à agir ainsi. La stratégie a payé pour le Canadien. Brendan Gallagher a signé une prolongation de contrat de six ans en novembre 2014, après une saison de 19 buts et 41 points. Gallagher représente une aubaine aujourd’hui à 3,7 millions pour un marqueur de 30 buts. Il lui reste encore deux ans de contrat…

Max Pacioretty venait de connaître une première saison de plus de 30 buts lorsque Marc Bergevin lui a offert un contrat de six ans en août 2012. Pacioretty a connu quatre autres saisons de plus de 30 buts pour un salaire annuel de 4,5 millions. 

Le contrat de Phillip Danault est une aubaine également. À 3 millions par année pour un centre de 53 points employé dans toutes les situations, Danault touche moins que Sam Gagner, Patrick Eaves, Derek Ryan, Jean-Gabriel Pageau et Ryan Strome. 

Pour revenir aux Coyotes, l’heure est aux résultats. L’équipe a raté les séries lors des quatre premières années de Chayka. Quatre des cinq premiers choix de l’équipe entre 2013 et 2017 ont été échangés par Chayka. 

Les plus récents choix de première ronde ont fait jaser. Le jeune défenseur québécois Pierre-Olivier Joseph aura la chance de lancer sa carrière à Pittsburgh, mais il a été repêché avant Ryan Poehling, Morgan Frost et Henri Jokiharju en 2017. 

Barrett Hayton, cinquième choix au total en 2018, a été préféré à Quinn Hughes. Il vient néanmoins de connaître une grosse dernière année chez les juniors. 

L’avenir nous dira aussi si Chayka et son équipe de recruteurs ont pris la bonne décision de préférer le défenseur Victor Soderstrom à Cole Caufield au 11e rang.

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Richard Labbé revient sur trois espoirs qui ont frappé l'imaginaire des fans du Canadien ces 15 dernières années, Guillaume Latendresse, Jiri Sekac et Jesperi Kotkaniemi. À mes yeux, Latendresse aurait connu une plus belle carrière sans ces vilaines commotions cérébrales. Il a aussi été échangé trop tôt par Bob Gainey. Latendresse a marqué 25 buts en seulement 55 matchs au Minnesota après la transaction, avant d'être mis hors de combat par une commotion la saison suivante. Sekac n'était qu'une illusion. Son manque flagrant de compréhension du jeu sautait aux yeux, mais son coup de patin fluide avait réussi à endormir certains fans. Kotkaniemi, c'est Kotkaniemi. Le meilleur est à venir...