Les Jets de Winnipeg prévoient d’importants changements cet été.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

«Nous aurons des décisions difficiles à prendre, a admis le DG de l’équipe, Kevin Cheveldayoff, lors de son post mortem hier. L’équipe sera-t-elle la même? J’étais convaincu de pouvoir la maintenir intacte l’an dernier et pourtant, je n’ai pu le faire. Cette année, je peux assurer qu’il y aura des changements.»

Les Jets, pourtant, commencent à peine à profiter des fruits de leur longue reconstruction. Ils ont raté les séries cinq fois en six ans entre 2011 et 2017.

Les jeunes joueurs de l’équipe, Scheifele, Ehlers, Laine, Connor, Trouba, Hellebuyck et Morrissey en tête, ont commencé à émerger l’an dernier et le club a connu une saison de 114 points. Les Jets ont même atteint le carré d’as, avant de subir l’élimination aux mains des Golden Knights.

La saison 2018-2019 a été plus difficile. Les Jets ont amassé 99 points, assez pour une qualification en séries, mais ils viennent d’être éliminés en six matchs par les Blues de St. Louis en cette première ronde.

Cheveldayoff annonce des changements en raison de ses limites salariales. Les Jets seront déjà au seuil du plafond au début de la prochaine saison:

- Le salaire du capitaine Blake Wheeler passera de 5,6 à 8,2 millions de dollars.

- Patrik Laine et Kyle Connor verront leur contrat d’entrée prendre fin et commanderont un salaire nettement supérieur à 925 000 $ par année.

PHOTO JOHN WOODS, THE CANADIAN PRESS

Jacob Trouba deviendra joueur autonome avec compensation.

- L’excellent défenseur droitier Jacob Trouba sera joueur autonome avec compensation. Il a reçu 5,5 millions cette saison après avoir eu recours à un arbitre au cours de l’été. Les prochaines négociations s’annoncent douloureuses à nouveau. Il est le joueur le plus utilisé après Dustin Byfuglien.

- Tyler Myers, qui a retrouvé l’élan des beaux jours cet hiver, sera joueur autonome sans compensation. Il a reçu 5,5 millions lui aussi cette saison.

L’exemple des Jets n’est pas singulier. Voilà pourquoi les dirigeants d’équipes de la LNH hésitent de plus à plus à entreprendre une reconstruction ou encore d’utiliser cette expression. La parité n’a jamais été aussi forte et les périodes de dominance de plus en plus courte en raison du plafond.

Les Jets n’ont pourtant pas jeté leur argent par les fenêtres. Mais ils ont beaucoup de bons jeunes joueurs qui commandent des salaires importants.

Comme les «fenêtres d’opportunité» sont de plus en plus courtes, voilà aussi deux fois que l’équipe cède son choix de première ronde pour du renfort de fin de saison: en 2018 pour Paul Stastny et cette année pour Kevin Hayes. Cheveldayoff savait qu’il devait gagner rapidement, mais la perte de premiers choix nuit à la pérennité à moyen et long terme de l’organisation. Un vilain cercle vicieux.

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

L'entraîneur-chef des Jets de Winnipeg, Paul Maurice.

L’entraîneur Paul Maurice reste optimiste. Il prévoit des changements mais assure que son club sera encore un sérieux aspirant à la Coupe. «Il y a trop de joueurs âgés entre 20 et 26 ans qui n’ont pas encore atteint leur apogée, a-t-il confié aux journalistes hier. Notre équipe aura un visage différent, le plafond nous affectera, mais ceux qui resteront continueront à s’améliorer.»

Maurice n’a pas tout à fait tort. Patrik Laine, par exemple, aurait joué blessé toute la saison. Il a marqué 30 buts cet hiver, 14 de moins que la saison précédente. La production de Nikolaj Ehlers, 23 ans, a aussi chuté de façon importante.

Mais la perte de Trouba ferait mal, surtout si l’autre défenseur droitier, Tyler Myers, quitte lui aussi. Cheveldayoff devra être créatif et peut-être parvenir à échanger Trouba pour un jeune joueur moins coûteux, mais tout aussi talentueux. Un exercice toujours délicat.

La ligne est mince entre le maintien d’un club compétitif et une chute au classement. Les Blues de St. Louis ont raté les séries l’an dernier avec un club supposément en pleine ascension.

L’arrivée du surprenant gardien Jordan Binnington et quelques précieuses acquisitions estivales, notamment Ryan O’Reilly, ont relancé l’équipe. Mais le parcours n’a pas été tranquille. Il a quand même fallu un congédiement d’entraîneur à l’automne.

Les Jets ne vivront pas un été agréable, surtout pas leur directeur général, mais de nombreuses équipes sont dans une situation nettement moins enviable que la leur…

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