Quoi qu'il advienne demain contre les Coyotes de l'Arizona, le Canadien passera la pause du match des Étoiles parmi les équipes qui participeraient aux séries si elles commençaient cette fin de semaine. On l'a déjà dit et on le répète: c'est un exploit en soi, vu les faibles attentes que suscitait l'équipe.

Mis à jour le 22 janv. 2019
Guillaume Lefrançois LA PRESSE

Les raisons de cette surprise sont nombreuses: un personnel d'entraîneurs renouvelé, les contributions inattendues de Max Domi et Tomas Tatar, la bonne saison de Jeff Petry, les succès de Phillip Danault, le retour en force de Carey Price après un premier tiers de saison à oublier, le jeu en infériorité numérique qui prend du mieux depuis Noël.

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Vous aurez noté que l'avantage numérique ne fait pas partie des facteurs. En fait, on pourrait dire que le Tricolore a surpris la LNH malgré du jeu catastrophique en supériorité numérique.

Prenez la mesure que vous voulez, elles sont toutes aussi désolantes les unes que les autres: 12,6% de taux global de succès, 10,5% à domicile, toujours aucun but à 5 contre 3 (en 6 min 39 s).

Si on se fie au menu de l'entraînement d'aujourd'hui, Claude Julien et ses adjoints en ont assez. Ils ont consacré plus de la moitié du temps au jeu à 5 contre 4, ils ont tenu une petite réunion avec les 11 membres de ces unités (les cinq joueurs des deux unités et Paul Byron, suspendu).

Différents schémas aussi. Des entrées de zone à quatre, avec Tatar, Jonathan Drouin, Jesperi Kotkaniemi et Joel Armia, pendant que Shea Weber suit à la remorque. Un patron de jeu différent dans la deuxième unité, avec Domi, Brendan Gallagher et Charles Hudon, appuyés par les défenseurs Petry et Mike Reilly.

Bref, Julien est à la recherche de solutions pour ce qui constitue essentiellement le caillou dans sa chaussure.

«Les entraîneurs n'ont pas besoin de nous crier après, nous savons que nous devons mieux jouer. Ça doit devenir une question de fierté, il faut s'en sortir», a résumé Armia.

Un rapide coup d'oeil sur les dernières années aide aussi à comprendre en quoi il importe que le CH obtienne de meilleurs résultats en avantage numérique. Quatorze des 15 équipes qui ont présenté un taux de succès inférieur à 15% depuis le lock-out de 2012 ont raté les séries.

«On ne pourra jamais changer nos résultats passés. C'est décevant, mais on n'y peut rien. Tout ce qu'on contrôle, c'est ce qui se passe à partir d'aujourd'hui, a rappelé Gallagher. Ça joue un gros rôle. Il faut continuer à travailler, car ça pourrait nous aider à nous qualifier pour les séries.»

Le retour de Galchenyuk

Dans les circonstances, c'est donc un bien drôle de moment pour le retour d'Alex Galchenyuk à Montréal, dans l'uniforme des Coyotes.

Aucun doute, le Canadien a l'avantage jusqu'ici dans la transaction qui lui a permis d'acquérir Domi. Ce dernier s'est établi comme centre, ce que Galchenyuk n'a jamais pu faire sous Claude Julien, tout en dominant la colonne des compteurs de l'équipe. Galchenyuk, lui, compte 25 points en 38 matchs, soit un rythme de production comparable à ce qu'il a donné au CH ces dernières années. Et il présente un différentiel de -12, une autre donnée à laquelle l'Américain nous a habitués.

Mais Galchenyuk était un tireur d'élite qui pouvait faire sa part de dommages à 5 contre 4, particulièrement quand il tirait depuis le côté droit de la zone offensive. «Il a tout un tir, mais notre avantage numérique a beaucoup plus de problèmes que [l'absence de ce tir]», a mentionné Julien.

N'empêche, Galchenyuk a marqué neuf buts en avantage numérique la saison dernière ; c'est un de plus que Domi... en 272 matchs dans la LNH ! Ajoutez à cela Max Pacioretty, qui a tout de même inscrit six buts en avantage numérique en 64 matchs, malgré une saison pénible, et ça fait beaucoup d'éléments importants que le Tricolore a perdus. À part Weber, dont le boulet de canon a atteint 103 milles à l'heure dimanche au concours d'habiletés, y a-t-il un véritable tireur d'élite dans cette équipe?

Prenons la statistique du taux d'efficacité sur les tirs. Seulement trois joueurs du CH susceptibles de jouer en avantage numérique surpassent la marque des 10% depuis le début de leur carrière: Byron (17,8%), Tatar (13%) et Andrew Shaw (11,6%). Byron a inscrit plusieurs buts en échappée ; Shaw, en se faisant frapper devant le filet. Aucun des deux ne peut être considéré comme un tireur d'élite.

Galchenyuk et Pacioretty, eux, fonctionnent respectivement à 12,3% et 11,1% depuis leur arrivée dans la LNH.

Julien assure toutefois que son équipe ne manque pas de tireurs. «On peut parler de Weber. Pendant les matchs, les équipes trichent de son côté, donc ça devrait ouvrir d'autres options. Mais c'est l'exécution et les décisions une fois qu'on est en zone offensive qu'on doit améliorer.»

Il aurait toutefois été surprenant que Julien se plaigne de manquer de tireurs, car il aurait ainsi critiqué ses propres joueurs tout en ajoutant de la pression sur Marc Bergevin.