L’heure n’est pas encore à la panique à Toronto, mais il y a lieu de se poser des questions.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

La défaite de samedi contre le Canadien a fait reculer l’équipe au dernier rang donnant accès aux séries dans l’Est, avec deux points d’avance sur le Lightning, le Canadien et les Blue Jackets, mais avec trois matchs de moins à disputer que Tampa et deux de moins que les deux autres. 

On a revu le club des dernières années samedi au Centre Bell : des joueurs électrisants à l’attaque, malgré l’absence de John Tavares, mais une défense aussi poreuse même si Cody Ceci et Tyson Barrie ont remplacé Ron Hainsey et Nikita Zaitsev cette saison.

On critique la troisième paire de défenseurs chez le Canadien, mais celle des Leafs n’est guère reluisante. Kevin Gravel et Justin Holl, tous deux âgés de 27 ans, ont passé la majorité de leur carrière dans la Ligue américaine. 

On a voulu accélérer le processus de reconstruction à Toronto et les raccourcis coûtent cher aujourd’hui. Embaucher Patrick Marleau à presque 38 ans pour un salaire annuel de 6,25 millions pour trois ans en juillet 2017 a fait mal. 

Marleau a connu une bonne première saison, mais son rendement a périclité par la suite et surtout, son salaire obstruait trop de place sur la masse salariale pour pouvoir payer Mitch Marner. Le DG Kyle Dubas a été forcé de sacrifier un choix de première ronde cet été pour s’en débarrasser. 

Si le repêchage se tenait aujourd’hui et que l’on tient compte des clubs ayant disputé moins de matchs que les Leafs, les Hurricanes de la Caroline repêcheraient parmi les 15 premiers. Toronto a intérêt à se replacer. 

Les Leafs n’ont également pas eu de choix de première ronde cette année. Ils s’en sont servis l’an dernier pour améliorer leur défense, croyaient-ils. Kyle Dubas l’a cédé aux Kings pour Jake Muzzin. 

Ce défenseur âgé de 30 ans connaît du succès offensivement, mais son duo complété par Tyson Barrie en arrache défensivement. Barrie jusqu’ici n’est plus que l’ombre du brillant défenseur de l’Avalanche, obtenu cet été avec Alexander Kerfoot pour Nazem Kadri. Muzzin, comme Barrie et Ceci, aura droit à l’autonomie complète à la fin de la saison.

Los Angeles a profité de ce choix de première ronde pour repêcher le défenseur suédois Tomas Bjornfot au 22e rang. Le jeune homme de 18 ans a obtenu quatre points à ses quatre premiers matchs dans la Ligue américaine, avec une fiche de +7. 

Les Kings ont aussi obtenu deux espoirs dans la transaction. L’ailier Carl Grundstrom, 21 ans, un choix de deuxième ronde en 2016, connaît un début de saison étonnant dans la Ligue américaine avec sept points, dont cinq buts, à ses quatre premiers matchs. 

Le défenseur Sean Durzi, 21 ans lui aussi, un choix de deuxième ronde en 2018, a obtenu 27 points en 24 matchs de séries au sein du club junior de Nick Suzuki ce printemps. 

Mais l’embauche la plus coûteuse, malgré son caractère spectaculaire, pourrait bien être celle de John Tavares. Celui-ci demeure un attaquant d’exception. Mais son embauche à l’été 2018, et surtout son salaire annuel de 11 millions, a déréglé la masse salariale des Leafs. 

Auston Matthews est devenu gourmand. On lui a donné 11,5 millions en février 2019, quelques mois après la fin de la grève de William Nylander. Le salaire du jeune suédois frôle les 7 millions par année. Il peine toujours à retrouver l’élan des beaux jours. 

Le meilleur compteur de l’équipe l’an dernier, Mitch Marner, n’allait évidemment pas demander moins que les deux autres vedettes offensives de l’équipe. Le voilà donc plus riche depuis le début de la saison d’un contrat de presque 11 millions par année. 

PHOTO CHRIS YOUNG, LA PRESSE CANADIENNE

John Tavares, Auston Matthews et Mitch Marner

Presque 50% de la masse salariale totale des Leafs est donc consacrée aux quatre premiers attaquants de l’équipe. On devine le casse-tête cet été lorsque cinq des six défenseurs actuels du club deviendront joueurs autonomes sans compensation. 

Il y aura un risque à surpayer un Muzzin, un Barrie ou un Ceci parce que le meilleur défenseur de l’équipe Morgan Rielly, touche actuellement 5 millions par année et aura droit à son tour à l’autonomie complète l’année suivante. 

Les Leafs ont perdu en première ronde lors des trois derniers printemps depuis l’arrivée de Mike Babcock, et ils n’ont pas participé aux séries lors de la première année de cet entraîneur réputé. Ils ont intérêt à gagner cette saison. 

Le créneau de succès favorable se rétrécit dangereusement à Toronto. Dubas n’a aucune marge de manœuvre au plan salarial pour assurer la pérennité du club, ni les choix au repêchage pour dénicher des jeunes joueurs de premier plan aptes à remplacer les vétérans surpayés. 

L’ancien DG des Leafs Lou Lamoriello, désormais avec les Islanders de New York, doit sourire aujourd’hui. Il est réputé chiche. Son plus haut salarié à l’attaque touche 7 millions par année. Le défenseur le mieux payé gagne 6 millions, mais le contrat à Johnny Boychuk a été accordé par l’ancienne administration.

Le départ de Tavares n’a pas affecté les Islanders. Ils ont amassé 103 points l’an dernier. Jamais n’en avaient-ils obtenu autant avec Tavares dans la formation. Ils ont même remporté une ronde, une de plus que les Leafs. Ils ont une fiche de 8-3 depuis le début de la saison, contre 6-5-2 pour Toronto. 

Tavares, Marner, Muzzin et compagnie tiennent le bâton. Ils peuvent bien nous faire mentir et relancer leur saison et connaître un printemps semblable à celui des Blues. Rien n’est impossible. Mais ils ont intérêt à le faire. Sans quoi le bilan printanier risque d’être pénible…

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Quelle belle histoire, que celle racontée par Jean-François Tremblay ce matin, sur l'attaquant du Canadien Nate Thompson, appelé à jongler entre son rôle de hockeyeur et celui de père avec un fils établi au Minnesota. Touchant.