Ron Francis pourra au moins s’aérer l’esprit à Vienne, puis à Bratislava, avec l’équipe canadienne, pendant que son ancienne équipe se couvre de gloire en Amérique du Nord.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Les Hurricanes de la Caroline sont à un match d’atteindre la finale de l’Association de l’Est, grâce à leur victoire de 5-2 hier soir aux dépens des Islanders de New York.

Voir son ancien club briller en séries éliminatoires peut être douloureux, même si on a gardé des liens intimes avec certains joueurs.

Francis, l’un des directeurs généraux de l’équipe canadienne en prévision du Championnat mondial, a bâti les Hurricanes de la Caroline patiemment, pièce par pièce. Mais le nouveau propriétaire, Tom Dundon, n’a pas été patient à son endroit.

Il y a un an presque jour pour jour, le 30 avril 2018, Ron Francis était démis de ses fonctions. Son équipe progressait au fil des saisons, mais avait néanmoins raté les séries éliminatoires lors des neuf saisons précédentes.

Les Hurricanes n’auraient peut-être pas autant de succès sans le congédiement de Francis. Son successeur, Don Waddell, a peut-être instauré un changement de culture qui s’imposait.

Mais les empreintes de Francis sont partout. Francis n’était pas trop actif au plan des échanges, mais il croyait aux vertus du repêchage et du développement. Plusieurs joueurs importants des Hurricanes ont grandi sous son règne, avec la complicité du directeur du recrutement Tony McDonald.

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Sebastian Aho

C’est le cas de leur meilleur attaquant, Sebastian Aho, un choix de deuxième ronde en 2015. Les défenseurs Jaccob Slavin, le secret le mieux gardé de la LNH, et Brett Pesce ont été promus dans la Ligue nationale sous son règne.

L’embauche du capitaine Justin Williams, en 2017, est la sienne. Son meilleur échange en carrière demeure celui de Teuvo Teravainen, acquis des Blackhawks en juin 2016 pour permettre à ceux-ci d’alléger leur masse salariale. Teravainen a coûté des choix de deuxième et troisième rondes, et la promesse d’accepter le contrat imposant de Bryan Bickell. Teravainen vient de connaître une saison de 76 points.

Waddell a eu la main heureuse au sein d’un jeune groupe presque à maturité. On ne connaît pas autant de succès sans prendre les bonnes décisions.

Mais pourtant, il a effectué deux des pires transactions de l’été. Waddell, l’ancien DG des tristes Thrashers d’Atlanta, a obtenu seulement un choix de deuxième ronde et un espoir à peine capable de s’accrocher à la Ligue américaine pour Jeff Skinner. Celui-ci a connu une saison de 40 buts à Buffalo.

Sa grande transaction avec les Flames n’a pas tourné à son avantage non plus. Elias Lindholm vient d’exploser avec 78 points à Calgary. Le défenseur Noah Hanifin, 22 ans seulement, a amassé 33 points, joué en moyenne presque 21 minutes par rencontre et maintenu une fiche de +18.

Les Hurricanes ont reçu en retour Dougie Hamilton, un défenseur offensif, certes, mais plein de carences et dont le nom a alimenté les rumeurs d’échange tout l’hiver; Micheal Ferland demeure un excellent attaquant de puissance, mais ennuyé par de multiples commotions cérébrales. Il a disputé seulement trois matchs de séries et deviendra joueur autonome sans compensation le 1er juillet.

La troisième pièce, considéré comme l’élément le plus important de la transaction, le jeune défenseur Adam Fox, vient d’être échangé aux Rangers de New York pour des choix de deuxième ronde et un choix conditionnel de troisième ronde parce qu’il refusait de signer un contrat avec les Hurricanes.

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Nino Niederreiter (21)

Mais Waddell et son bras droit Rick Dudley, anciennement du Canadien, ont aussi fait de bons coups. L’acquisition de Nino Niederreiter en retour de Victor Rask le 17 janvier a transformé l’équipe. Niederreiter connaît des séries tranquilles avec trois points en dix matchs, mais plusieurs de ses 14 buts en 36 matchs ont été décisifs dans la course pour une place en séries. Rask en a arraché au Minnesota avec trois maigres points en 23 matchs.

L'embauche de Calvin De Haan sur le marché des joueurs autonomes l'été dernier, 18,4 millions pour quatre ans, a fourni beaucoup de stabilité en défense.

Le coup de maître de Waddell demeure l’embauche de l’entraîneur Rod Brind’Amour, dont l’ascendant sur ses troupes est impressionnant. Le poste de coach était libre avec le départ de Bill Peters, parti pour Calgary.

Malgré ses travers, Waddell mérite évidemment des fleurs. Mais il ne faudrait pas non plus oublier le travail de reconstruction de son prédécesseur Ron Francis.

Il n’est pas le premier, ni le dernier, à voir un autre homme de hockey se couvrir de gloire à sa place, parce qu’un propriétaire a manqué de patience.

Son travail n’a toutefois pas été complètement occulté. Ron Francis serait un sérieux candidat pour le poste de DG à Edmonton.

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