Chaque année, la Coupe Memorial apporte son lot de rumeurs au sujet d'entraîneurs des rangs juniors qui s'apprêtent à faire le saut chez les professionnels.

Marc Tougas LA PRESSE CANADIENNE

L'an dernier c'était Benoît Groulx, pilote des Olympiques de Hull. Cette année, on parle beaucoup de Guy Boucher, l'entraîneur des Voltigeurs de Drummondville.

Et il y a évidemment un certain Patrick Roy, qui demeure pour l'instant l'entraîneur des Remparts de Québec. En attendant de décider s'il veut se joindre à l'Avalanche du Colorado.

«Quand tu obtiens de la visibilité à la Coupe Memorial, c'est inévitable, ton nom apparaît plus souvent que d'autres, a déclaré Clément Jodoin, l'entraîneur de l'Océanic de Rimouski, lors d'un entretien avec La Presse Canadienne plus tôt cette semaine. Tu as la chance de connaître les dirigeants, ce qui fait que ton nom circule.»

Jodoin a pris part au championnat du hockey junior canadien cette année parce que l'Océanic, éliminé du tournoi jeudi soir par les Spitfires de Windsor, agissait comme l'équipe hôtesse du tournoi. Il avait toutefois vécu le même phénomène que Groulx et Boucher, il y a deux ans. Il avait alors permis aux MAINEiacs de Lewiston de se qualifier pour la Coupe Memorial à Vancouver.

Jodoin a affirmé qu'il aurait pu retourner dans la LNH après le tournoi remporté par les Giants de Vancouver de Milan Lucic, en 2007.

«Mais ça ne m'intéressait pas, a dit Jodoin, qui a plutôt accepté l'offre de l'Océanic. J'étais bien dans ce que je faisais (diriger une équipe junior). Je m'amuse dans ce que je fais, je m'exprime et pour moi, ça n'a pas de prix.

«Souvent, tu peux aller dans un milieu où tu feras beaucoup de sous, mais où tu n'auras pas la chance de t'exprimer au niveau où tu veux t'exprimer.»

Jodoin a déjà été entraîneur adjoint avec le Canadien de Montréal, les Nordiques de Québec et les Penguins de Pittsburgh. Dans son cas, cette année, la rumeur veut qu'il accepte un poste de prestige en Europe plutôt que de lorgner à nouveau la LNH.

«Guy (Boucher), c'est un jeune loup. Il a un potentiel. Moi, je suis un vieux loup, alors.... faisons place aux jeunes», a dit Jodoin en riant.

Après avoir accepté le poste d'entraîneur-chef de l'équipe canadienne junior, l'été dernier, Groulx avait dû se désister pour accepter un poste avec les Americans de Rochester, le club-école des Panthers de la Floride dans la Ligue américaine. Boucher, lui, n'a pas pris d'engagement semblable, ayant omis de postuler pour le poste d'ECJ, qui est plutôt allé à Willie Desjardins, la semaine dernière.

Pas d'accent

Contrairement à d'autres candidats du passé provenant de la LHJMQ, Boucher n'a pas de problème d'accent lorsqu'il parle l'anglais. La barrière de la langue ne devrait donc pas l'empêcher d'obtenir le respect des joueurs de la LNH.

Le fait qu'il n'ait jamais joué dans le circuit Bettman pourrait toutefois le gêner, selon Warren Rychel.

Rychel est ancien joueur de la Ligue nationale qui a agi comme dépisteur avec les Coyotes de Phoenix avant de devenir copropriétaire et directeur général des Spitfires. Ceux-ci représentent l'Ontario cette année à la Coupe Memorial.

Rychel est d'avis que Roy, son grand ami et ancien coéquipier avec l'Avalanche, aurait le respect instantané de ses joueurs s'il dirigeait une équipe de la LNH la saison prochaine. Ce qui ne serait pas nécessairement le cas de Boucher.

«Souvent, ce sont les anciens joueurs de la LNH qui font les meilleurs entraîneurs, a déclaré Rychel. Ils ont vu la guerre, ils savent à quoi s'attendre.

«Certaines choses qu'on fait dans le junior, on ne peut pas le faire chez les pros, a ajouté Rychel. C'est différent parce que tu as affaire à des hommes, pas à des adolescents. Mais (Boucher) a bien fait dans la LHJMQ, avec Equipe Canada. Je suis certain qu'il est un bon entraîneur.»

Le prouver, et vite

Si Boucher obtient sa chance dans la LNH, il devra prouver très vite qu'il mérite d'y rester, estime Jodoin. S'il fait bien, il fera sa place parmi le cercle des élus. Sinon, il risque d'en être vite exclu.

«Quand un directeur gérant de la Ligue nationale vient te chercher, c'est parce qu'il a confiance en toi, a noté Jodoin. A ce moment-là, tu pars avec une bonne relation. Mais dans n'importe quelle organisation, il y a un mot-clé, et c'est le mot «patience'.

«Ce n'est pas tout le monde qui est patient. Au niveau junior, tu peux te le permettre. Au niveau professionnel, c'est la performance immédiate qui compte. Si tu montes et tu performes tout de suite, tu as une chance d'entrer dans la roue beaucoup plus vite que d'autres. Si tu montes mais tu ne performes pas, c'est plus difficile d'y rester.

«Chose certaine, coacher (dans la LNH), c'est vivre avec ton baluchon, a ajouté Jodoin. Achète-toi une maison à l'endroit où tu veux prendre ta retraite, mais n'achète jamais une maison à l'endroit où tu travailles.»