Si les Voltigeurs de Drummondville se rendent jusqu'au bout à cette Coupe Memorial MasterCard, leur entraîneur Guy Boucher aura l'air d'un génie. Car les champions de la LHJMQ ont beau s'être qualifiés pour la demi-finale, ils n'ont plus rien dans le réservoir. Il faudrait un petit miracle pour qu'ils atteignent la finale de dimanche et y battent les Rockets de Kelowna.

Marc Tougas LA PRESSE CANADIENNE

«Ce sont les joueurs qui sont les génies», a toutefois insisté Boucher, jeudi midi, en attendant de savoir si son équipe allait disputer la demi-finale de vendredi contre l'Océanic de Rimouski ou les Spitfires de Windsor. Ces formations devaient s'affronter jeudi en match de bris d'égalité.

«Ce sont les joueurs qui jouent et qui paient le prix, a ajouté Boucher. Moi, derrière le banc, je n'ai jamais de rondelle ou de coude en plein visage, pas de bâton dans le front. Je suis là pour leur donner une direction. Et la direction qu'ils prennent, c'est tout à leur honneur parce qu'ils sont tellement dédiés.»

Boucher ne l'a pas caché. Il n'a aucun espoir de voir ses joueurs récupérer d'ici la demi-finale de vendredi, du moins suffisamment pour retrouver le niveau d'énergie qui leur a permis de dominer la LHJMQ cette saison. Les trois quarts de ses effectifs sont amoindris par les blessures ou la maladie, a-t-il indiqué.

«La récupération, on peut oublier ça. La seule chose en ce moment qu'on peut faire, parce qu'on a une journée de congé, c'est de conserver ce qui nous reste. On n'ira pas chercher du repos, on a trop joué de matchs.

«Des matchs rapprochés durant la saison, c'est difficile, mais ce n'est rien comparé à ce que les jeunes vivent en ce moment. Ils sont bien au-delà de ça, physiquement et émotionnellement. (Mercredi, contre Rimouski), il y a des joueurs qui avaient les larmes aux yeux, le visage ravagé. Ils étaient assis à leur casier, incapables de bouger. Ils sont complètement vidés.»

Mais pas question d'abandonner, a précisé Boucher.

«J'ai toujours pensé que la tête va plus loin que le corps. Si tu commences à écouter ton corps, t'es cuit, a-t-il lancé. On est toujours en position, dans la vie, de trouver une solution. Cette saison, on avait préparé les gars en leur disant qu'ils allaient éventuellement devoir dépasser tout ce qu'ils ont jamais vécu dans leur vie en terme de limites personnelles et collectives. On en est là.

«À notre premier match (de la Coupe Memorial), on était encore sur l'adrénaline. Le deuxième, on a été bons, mais on était deux ou trois coches en-dessous de ce qu'on est d'habitude. Et l'autre d'après, trois coches en-dessous de notre match précédent. Plus ça va aller, pire ça va être. Je le sais, je l'ai vécu en 2005 avec l'Océanic.

«Dans la situation actuelle, on est obligé de réinventer des façons de jouer pour pouvoir s'en sortir.»

Après Saint-Patrick, Saint-Marco?

Si les Voltigeurs ont pu battre l'Océanic et décrocher une place directe en demi-finale, mercredi, c'est grâce à leur gardien Marco Cousineau. Drummondville l'a emporté 3-2 en prolongation malgré une domination de 41-20 au chapitre des tirs de Rimouski.

«Durant la saison, on a eu très peu besoin de prestations extraordinaires de nos gardiens, a fait remarquer Boucher. Habituellement, on marquait assez de buts, et on avait assez de jus pour garder l'équipe adverse longtemps dans sa zone, ce qu'on ne peut pas faire en ce moment.

«De toute façon, si le Canadien a gagné (la Coupe Stanley) en 1986 et 1993, c'est à cause de Patrick Roy. Dans un tournoi comme celui-là, à un moment donné, il faut que ton gardien t'en vole une.»

On craignait, après le match de mercredi, que Maxime Frenette ait subi une fracture au pied, mais en fait il ne s'agit que d'une fêlure, a indiqué Boucher. Il était possible qu'il puisse jouer vendredi. Sean Couturier, malade, n'allait pas mieux jeudi, tandis que Marc-Antoine Desnoyers et Andrew Randazzo étaient simplement déshydratés et devraient être en mesure de jouer vendredi.

«Les autres bobos dont on ne parle pas s'aggravent tranquillement. Mais on n'a pas le choix, on est en demi-finale et il faut passer par-dessus», a ajouté Boucher.

Un entraîneur ému et comblé

L'entraîneur des Voltigeurs a répété, jeudi, qu'il avait été très ému par la façon dont ses joueurs ont résisté à l'Océanic la veille.

«De continuer et de croire encore... Sur le banc, c'était incroyable. Parce que je le sais, moi, de l'intérieur. On ne vous dit pas tout. Les gars qui sont blessés, il y en que ça n'a tout simplement pas de bon sens. Je ne peux pas croire qu'ils sont encore en train de jouer. A un moment donné, il y a une limite à ce que le corps humain est capable de prendre. Et on est rendu à la limite.

«Si mes enfants finissent par avoir le courage que ces jeunes-là ont, je vais être un père comblé.

«Aujourd'hui, on récolte ce qu'on a semé comme culture d'équipe, a ajouté Boucher. Et la culture d'équipe, c'est qu'on est toujours capable d'en faire plus, il y a toujours un moyen, on n'a pas le droit de se plaindre et il faut que tu fasses tout pour le gars à côté de toi.

«On n'a pas de jus, mais on va trouver une solution», a répété l'entraîneur.