C'est comme s'il y avait une date de péremption sur les entraîneurs du Canadien. Passés date après trois ans!Mais il n'y a pas qu'à Montréal où les choses se passent de cette façon. Un peu partout à travers la LNH, les coachs sont les premiers blâmés et les premiers partis.

Marc Antoine Godin LA PRESSE

Voilà pourquoi celui des Sabres de Buffalo, Lindy Ruff, devient un cas d'espèce un peu plus à chaque jour.

«Les autres entraîneurs viennent me voir et me disent tous: T'es donc chanceux!», nous racontait samedi matin celui qui pilote des Sabres depuis 1997.

«C'est vrai qu'il y a une part de chance dans le fait que j'aie résisté à la période de transition avec les nouveaux propriétaires, concède Ruff.

«Et j'ai aussi la chance de travailler avec un directeur général (Darcy Regier) qui n'a pas tendance à avoir la gâchette facile. » La chance, c'est tout?

Aucune recette-miracle, aucun secret qu'il pourrait un jour dévoiler dans une infopub?

Ruff a bien dû vivre des moments creux. Il a peut-être même déjà failli perdre son vestiaire... Comment a-t-il pu se refaire une virginité auprès de ses joueurs après avoir passé de mauvais moments avec eux?

«Il faut être un peu Docteur Jekyll et Mr. Hyde pour y arriver, explique Ruff. Je ne peux pas être le même homme à tous les jours.

«Une journée, je vais être grinçant avec mes joueurs. Et le lendemain, je vais trouver une façon de les faire rire pour détendre l'atmosphère.

«Je ne peux pas me permettre de livrer le même message et répéter le même meeting tout au long d'une saison de 80 matchs.» Cette capacité de renouveler son discours fait en sorte que les joueurs qui sont à Buffalo depuis quelques années ne sont pas encore las de l'entendre.

«Je ne sais pas s'il a pris des cours, mais il s'exprime tellement bien, explique Jason Pominville. Il trouve toujours le moyen d'arriver avec de nouvelles manières de passer son message - que ce soit par des rencontres individuelles ou autrement.

«Mais c'est quand même un gars qui est dur et exigeant. Il veut que tu lui en donnes.»

Inutile de blâmer le coach...

Ayant vu plusieurs joueurs-clé quitter Buffalo dans les dernières années, Ruff a souvent eu de jeunes joueurs sous la main.

C'est avec eux qu'il a éprouvé sa formule d'entraîneur sévère mais juste.

«Tous les jours il est capable d'arriver avec un message neuf, admet le centre Derek Roy.

«On a plusieurs jeunes joueurs au sein de l'équipe et on forme un groupe disposé à l'écouter et à apprendre ce qu'il nous enseigne.» À Montréal, on a cru pendant un bon moment que la complicité entre Bob Gainey et Guy Carbonneau donnerait à ce dernier une certaine immunité auprès de ses joueurs.

Qu'avec un tel tandem, les joueurs n'auraient pas la peau de l'entraîneur.

Inutile de dire qu'à Buffalo, où le duo Regier-Ruff est un modèle de stabilité après 12 ans, l'impression est ancrée encore plus profondément.

«Blâmer le coach pour expliquer les insuccès de l'équipe n'est jamais la chose à faire», reconnaît d'ailleurs Pominville qui, depuis ses années junior, n'a eu que trois entraîneurs, soit Denis Francoeur à Shawinigan, Randy Cunneyworth à Rochester et Ruff à Buffalo.