(Montréal) L’ailier rapproché Antony Auclair, des Texans de Houston, a beau mesurer six pieds six et peser plus de 250 livres, il sait ce que c’est d’être victime d’intimidation et c’est pourquoi la cause lui tient à cœur.

Marc Delbès La Presse Canadienne

L’ancien du Rouge et Or de l’Université Laval a déjà été l’objet des moqueries des autres quand il a commencé son parcours dans le football, surtout quand il disait que son objectif était de devenir professionnel.

À 28 ans et à sa cinquième saison dans la NFL, Auclair a décidé d’utiliser sa notoriété pour contribuer à la lutte contre l’intimidation en milieu sportif en devenant co-porte-parole de l’organisme Sport’Aide en compagnie de la paralympienne Cindy Ouellet.

« Je pense que c’est important de m’investir dans une organisation qui me tient à cœur et dont je partage les valeurs, a-t-il confié, mardi, dans le cadre d’une visioconférence avec le directeur général de l’organisme, Sylvain Croteau. Jeune, j’en ai vécu et j’en ai aussi vu (de l’intimidation). Pour moi, c’est important d’être un allié, d’aider à favoriser l’égalité des sexes, l’équité en général. »

Même si Auclair note que les mentalités sont en train de changer, même au football où l’image de l’homme agressif n’ayant pas le droit de montrer ses émotions a longtemps été entretenue, il reconnaît qu’il reste du travail à faire.

« C’est en train de changer, s’est-il encouragé, citant notamment l’exemple du coming out de l’ailier défensif Carl Nassib des Raiders de Las Vegas. Un bon leader, c’est quelqu’un qui va montrer ses faiblesses, le côté humain de sa personne. C’est ça qui est en train de se développer. »

Et la prise de parole des joueurs du Canadien dans les situations vécues récemment par Jonathan Drouin et Carey Price est de nature à aider la cause.

« Ça ouvre la porte à de grandes discussions et ça peut aider les jeunes. Surtout quand tu vois des athlètes qui gagnent des millions qui sont capables de dire que tout ne va pas toujours bien dans leur vie. »

Sylvain Croteau est aux premières loges pour mesurer l’effet que de telles interventions peuvent avoir.

« L’impact est immédiat quand des gens comme ça font des sorties. Ça réveille chez certains de vieilles blessures. Chez d’autres, ça les conforte dans ce qu’ils vivent, leur fait réaliser que ce n’est pas normal et qu’ils ont besoin d’aide.

« Ce n’est pas un hasard si nous souhaitions nous associer à Antony. Des athlètes de ce niveau, quand ils prennent position, l’impact est incomparable. »

En plus de son implication dans le programme « À l’action ! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif » de Sport’Aide, Auclair n’hésite pas à faire ce qu’il peut pour aider les jeunes individuellement.

« Des jeunes me contactent sur les réseaux sociaux et je fais de mon mieux pour leur répondre, a-t-il dit. Si un jeune m’écrit un message et me dit qu’il est victime d’intimidation, je prends ça au sérieux et je vais y répondre sûr et certain. Ça me tient à cœur. »

En bref

Invité à revenir sur son premier touché en carrière dans la NFL lors d’une défaite de 25-22 face aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre il y a une dizaine de jours, le Beauceron n’a pas eu le loisir de célébrer trop longtemps.

« C’est ça qui fait à la fois la beauté de la NFL, mais en même temps c’est un peu de valeur. Chaque semaine, il faut se préparer pour un autre adversaire. Dès le mardi ou mercredi suivant, il fallait que je passe à autre chose. C’est plate, mais c’est la réalité de la NFL. Autant tes bons coups que tes mauvais, il faut passer à autre chose rapidement. »

Il dit avoir apprécié la vague d’amour et d’encouragement en provenance du Québec et il a été particulièrement touché que l’annonceur au match du Rouge et Or le mentionne à la foule ce jour-là.

« On m’a envoyé la vidéo et c’était touchant, car les spectateurs ont réagi en criant. »

Sport’Aide offre un service d’écoute, d’accompagnement et d’orientation aux victimes et témoins de violence en contexte sportif, « 24 heures par jour, sept jours par semaine, un service gratuit, bilingue et confidentiel. Nous sommes là pour la communauté sportive, » dit Sylvain Croteau.