Les joueurs des Alouettes ne s’attendaient pas à ça.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Ils venaient à peine de remporter la 98Coupe Grey, par la marque de 21-18 face aux Roughriders de la Saskatchewan, et au moment de rentrer au vestiaire, sous le regard des bouteilles de champagne déjà froides, l’heure allait être à la célébration, comme il se doit dans ces circonstances.

Mais non.

Il y avait pourtant mille et une raisons de célébrer.

Jamal Richardson, receveur et joueur du match, venait de terminer une rencontre de 109 verges de gains. L’équipe en était à son deuxième trophée de suite. Sans oublier, bien sûr, le quart-arrière Anthony Calvillo, fier vétéran du groupe, qui venait de conclure sa soirée avec une fiche de 29 en 42, pour 335 verges de gains, obtenant du coup sa troisième bague de championnat.

Sauf que les nombreux sourires ont disparu assez vite dans le vestiaire du stade du Commonwealth à Edmonton.

« C’est là qu’Anthony nous a réunis pour nous dire ce qui se passait avec lui, se rappelle le receveur Éric Deslauriers. C’est là qu’il nous a avoué qu’il avait un cancer. On a été étouffés par l’émotion ; on venait de gagner, et maintenant, notre quart-arrière était en train de nous dire qu’il avait réussi tout ça malgré un cancer. »

Cette Coupe Grey de 2010 demeure la dernière au compteur des Alouettes, mais elle est aussi rattachée à Calvillo, le vaillant général de l’équipe qui prendra sa retraite trois saisons plus tard, après avoir été opéré pour ce cancer à la glande thyroïde.

Il y avait des rumeurs sur son état de santé au cours de la saison, et certains des vétérans de l’équipe étaient au courant. Parfois, on le voyait à l’entraînement seulement un jour sur deux… mais on n’en savait pas plus.

Éric Deslauriers, au sujet de l’état de santé d’Anthony Calvillo en 2010

Le monde du football canadien finira par apprendre la triste nouvelle en fin de soirée, au moment où les confettis flottaient encore dans l’air froid d’Edmonton. « Je l’ai su seulement en ouvrant la télé au moment de rentrer dans ma chambre à l’hôtel », se souvient le joueur de ligne à l’attaque Luc Brodeur-Jourdain.

« Ça devait être mon dernier match »

La conquête de 2010 fut donc un peu le début de la fin pour Calvillo, mais aussi pour les Alouettes, qui avaient commencé à bâtir une espèce de petite dynastie au moment de l’embauche d’un nouvel entraîneur-chef, Marc Trestman.

« Il faut se rappeler que Trestman est arrivé en 2008, et qu’on avait connu un début de saison difficile cette saison-là, raconte Brodeur-Jourdain. En partant, il ne connaissait pas l’étendue des possibilités qui existent dans le football canadien. Mais ça s’est replacé et on a pris part à trois Coupes Grey de suite, et puis selon moi, l’équipe de 2010 est une équipe qui avait des forces à toutes les positions. »

Mais rien n’est pour toujours, et quand il pense à l’équipe de 2010, Matthieu Proulx devient un peu émotif encore aujourd’hui.

« Ça devait être mon dernier match, et je n’ai même pas été en mesure d’y participer, raconte l’ex-maraudeur. J’avais subi une blessure lors du match précédent, la finale de l’Est contre Toronto au Stade olympique.

« Sur le coup, ma première réaction, ç’a été d’aider l’équipe le plus possible, de contribuer même si je n’allais pas être en mesure de jouer. Alors j’étais le premier arrivé le matin, je préparais les séances vidéo, je faisais tout ce que je pouvais faire… puis, quand est arrivé le jour du match, ça m’a frappé et je me suis mis à pleurer dans le bus. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Matthieu Proulx en juin 2010

Proulx ne jouera plus jamais, Trestman finira par faire le saut dans la NFL, Calvillo sera de nouveau plombé par des problèmes de santé – il sera opéré à une épaule en 2012 –, et puis les Alouettes, peu à peu, entameront une longue descente aux enfers dont ils essaient encore de se remettre.

Ce qui n’enlève rien à l’équipe de 2010, peut-être la dernière grande équipe du football canadien, et en tout cas, la dernière à avoir gagné deux fois de suite le vieux trophée.

« Cette équipe était spéciale, estime l’ex-demi de sûreté Étienne Boulay. Je me souviens que Stéphan Larouche, le coach de boxe, m’avait dit en 2009 que le bout le plus difficile quand on devient champion, c’est de le rester, parce qu’on se retrouve avec une cible dans le dos, et tout le monde veut être à son meilleur au moment de t’affronter. Mais sans aucun doute, cette équipe-là en 2010 est la meilleure équipe pour laquelle j’ai joué durant toute ma carrière. »

Les Alouettes vont permettre à leurs fans de revivre les meilleurs moments de la conquête de la Coupe Grey de 2010 avec une vidéo dans laquelle Luc Brodeur-Jourdain, Martin Bédard, Jean-Marc Edme, Matthieu Proulx et Éric Deslauriers vont raconter leurs souvenirs, ce jeudi, au montrealalouettes.com.