Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont-ils encore été pris à tricher ? Le nébuleux épisode survenu dimanche dernier à Cleveland ne servira certainement pas à améliorer leur réputation.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Rappelons les faits : lors d’un match entre les Bengals de Cincinnati et les Browns, dimanche dernier à Cleveland, une équipe de tournage qui travaillait sur une série documentaire, intitulée Do Your Job, diffusée sur le site internet des Patriots, a illégalement filmé les entraîneurs des Bengals sur les lignes de touche durant le premier quart.

Voyant ce qui se déroulait, un employé des Bengals a alerté la NFL, et l’équipe de vidéastes a ensuite été interpellée. L’un des vidéastes aurait suggéré que le contenu soit tout simplement effacé, ce qui n’a évidemment pas été le cas. Selon plusieurs médias américains, la NFL a obtenu une copie de l’enregistrement et ferait enquête.

Selon le journaliste Paul Dehner fils, du site The Athletic, l’équipe de tournage aurait filmé ce qui se déroulait sur les lignes de côté des Bengals durant huit minutes.

L’équipe de tournage était sur place afin d’interviewer un dépisteur des Patriots qui se trouvait à Cincinnati. Pourquoi ne pas l’avoir interviewé en Nouvelle-Angleterre ? Bonne question.

Les Patriots avaient demandé une accréditation aux Browns afin que l’équipe de tournage puisse assister au match à Cleveland. Ils auraient toutefois oublié d’en aviser la NFL et les Bengals. Les Patriots disputeront leur prochain match contre les Bengals dimanche, à Cincinnati.

L’entraîneur-chef Bill Belichick et les Patriots ont admis avoir enfreint le règlement, mais ils soutiennent que l’équipe de tournage a commis une erreur sans le savoir et qu’elle n’a pas agi sous la direction de l’organisation. Bref, que les entraîneurs et les opérations football de l’équipe n’étaient au courant de rien.

Mais lorsqu’on sait jusqu’à quel point Belichick et les Patriots gèrent leur organisation minutieusement, il est pour le moins curieux qu’ils n’aient pas été au courant qu’une équipe de tournage portant les couleurs de leur club était en tournage dans un autre stade.

Compte tenu de leur historique de triche, les Patriots ont perdu le bénéfice du doute aux yeux d’une grande majorité de gens. Il y a notamment eu l’épisode du « Spygate », en 2007, alors que les Patriots avaient filmé les signaux de leurs adversaires à leur insu durant une période de sept ans (2000 à 2007), gagnant le Super Bowl à trois reprises au cours de cette période.

À l’époque, le commissaire Roger Goodell avait décidé de détruire tous les enregistrements en question, une décision controversée qui lui est reprochée depuis ce temps. Il est à espérer que Goodell et la NFL ne feront pas la même erreur cette fois et qu’ils rendront publiques les images obtenues de l’équipe de tournage.

Même stratagème ?

Dans la foulée du Spygate, en 2007, un ancien employé des Patriots, Matt Walsh, avait expliqué de quelle façon il avait illégalement filmé et espionné les adversaires de l’équipe. Il avait également raconté qu’il devait dire qu’il travaillait pour une équipe de production et non pas pour les Patriots s’il était pris en flagrant délit par des employés de la NFL ou d’une autre équipe, comme on peut l’apprendre dans cet article du New York Times.

Walsh devait également remettre les enregistrements obtenus à un dénommé Ernie Adams, un adjoint de longue date de Belichick, dont le rôle avec les Patriots a toujours été nébuleux, comme le raconte cet article d’ESPN.

Lorsqu’il a répondu aux questions des journalistes, mardi, Belichick a expliqué que les membres de l’équipe de tournage qui étaient présents à Cleveland n’étaient pas des employés des Patriots, mais plutôt de Kraft Sports Productions.

Il est de bonne guerre de tenter de voler les signaux de l’adversaire à l’œil nu. C’est bien sûr une tout autre histoire d’utiliser des stratagèmes qui impliquent des équipes de tournage qui filment sous des prétextes fallacieux, comme cela s’est peut-être produit, dimanche, à Cleveland.

Énorme avantage

Il va sans dire que de connaître les signaux ou les regroupements de personnel des joueurs adverses est un immense avantage au football. Tout est une question d’anticipation et d’affrontements individuels dans ce sport.

Si un quart-arrière sait à l’avance qu’un demi de coin sera utilisé sur un blitz lors d’un jeu précis, il pourra facilement en profiter en lançant sa passe à un receveur découvert. Ou encore, si un demi défensif sait à l’avance où une passe sera lancée, il sera facile pour lui de l’intercepter. De toute évidence, les Patriots n’auraient pas épié leurs adversaires durant sept ans si cela ne leur avait pas donné un avantage important.

Plusieurs équipes ont d’ailleurs dit qu’elles étaient convaincues que les Patriots connaissaient leurs jeux à l’avance, notamment les Rams de St. Louis, les Steelers de Pittsburgh et les Eagles de Philadelphie. Ce sont cependant les Jets de New York qui ont alerté la NFL en septembre 2007, ce qui a donné naissance au Spygate.

Les Patriots avaient perdu leur premier choix au repêchage en 2008 et Belichick et l’organisation avaient été mis à l’amende. Huit ans plus tard, c’est Tom Brady qui avait été suspendu pour quatre matchs dans la foulée du « Deflategate » et des ballons sous-gonflés.

Intégrité et crédibilité

La NFL n’avait toujours pas commenté les événements de dimanche dernier, hier soir. Il est possible que les images captées par l’équipe de tournage soient sans conséquence et qu’elles prouvent qu’il ne s’agissait que d’une erreur inoffensive des vidéastes.

Mais si elles démontrent plutôt que les Patriots savaient précisément ce qu’ils faisaient, la NFL pourrait difficilement se contenter d’une petite tape sur les doigts et de balayer cette histoire sous le tapis comme elle l’a fait en 2007 si elle tient à sa crédibilité et à son intégrité.

Il y a eu le Spygate et le Deflategate, mais les Patriots ont été soupçonnés de plusieurs autres formes de triche au fil des ans. En 2015, un reportage d’ESPN portait sur les méthodes des Patriots et sur les soupçons qui pesaient sur eux. Plus de 90 sources ont été consultées pour le reportage, dont certains anciens membres de l’organisation.

Quantité de gens sont d’ailleurs d’avis que les fois où les Patriots se sont fait prendre à tricher ne représentent que la pointe de l’iceberg. Il faudra maintenant voir si le plus récent épisode entachera encore un peu plus la réputation déjà passablement ternie de l’organisation.