Chaque année depuis 2014, l’Académie de basketball de Thetford Mines permet à une cinquantaine de jeunes de peaufiner leurs aptitudes en basketball tout en poursuivant leur parcours académique. Dans le cadre du documentaire L’Académie, Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist ont suivi les principaux protagonistes pendant un an. Entre rires, larmes et beaucoup de sueurs…

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Chris Boucher avait quitté l’école depuis un bon moment et travaillait dans les cuisines d’un restaurant lorsqu’il a été recruté par l’Académie de basketball du cégep d’Alma. Un an plus tard, l’actuel membre des Raptors de Toronto prenait le chemin d’un Junior College du Nouveau-Mexique. Ses parcours scolaire et sportif étaient revenus sur les bons rails.

Le documentaire L’Académie, qui sera diffusé sur les ondes d’Ici RDI le 1er février à 20 h, se plonge dans la structure qui a servi de déclic à Boucher et à tant d’autres jeunes depuis. Pendant une saison, les réalisateurs Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist ont suivi la soixantaine de pensionnaires de l’académie de basketball Team Thetford.

« C’est un âge que l’on trouve intéressant parce que c’est plein de transformations, d’atteintes et de recherche d’objectifs, explique Leroux-Lévesque. En voyant que Chris Boucher allait peut-être être repêché en 2017, on s’est dit que c’était le bon moment d’en parler. »

PHOTO SÉBASTIEN RIST, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Les deux réalisateurs ont donc posé leurs caméras à Thetford Mines – où est situé l’établissement depuis près de six ans – lors de la saison 2017-2018. On y voit Quincy, Wilfried, Silvio et les autres naviguer entre le rêve d’atteindre le haut niveau et celui de réussir à l’école. Rapidement, on comprend que les deux aspects sont intimement liés.

« Au-delà du rêve NBA, j’espère que les gens vont voir la mission sociale qu’on a, explique Armel Mampouya, aujourd’hui directeur général. On pense que le basket est un outil pédagogique qui nous permet de rester dans un échange perpétuel avec le jeune. Surtout qu’il est dans cette période d’adolescence où il peut être en conflit avec son environnement et en recherche d’identité. On est capables de lui parler par rapport à ses études ou son développement personnel. »

Les deux réalisateurs ont effectué une quinzaine de déplacements à Thetford Mines en plus de suivre l’équipe aux États-Unis ou Quincy Guerrier lors du Biosteel All Canadian à Toronto. Ils ont filmé les jeunes dans leur résidence, lors des entraînements, à l’école ou lors de rencontres avec les entraîneurs.

PHOTO DANIEL LANTEIGNE, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Dans L’Académie, on s’attarde particulièrement à la progression de ces jeunes basketteurs, dont plusieurs ont connu les échecs scolaires ou un milieu de vie difficile avant d’arriver à Thetford Mines.

« On a passé beaucoup de temps avec eux. C’est important d’être près des gens que l’on filme et d’apprendre à les connaître parce que c’est comme ça qu’ils s’ouvrent à nous. Pendant un an, on voulait surtout montrer leur progression, leur réflexion et leurs choix de fin d’année, raconte Leroux-Lévesque.

« C’est d’ailleurs leur progression qui nous a le plus touché. Par exemple, Silvio a une réflexion avec Igor Rwigema [le fondateur du programme] sur son bonheur, sur ce qu’il veut ou sur la façon de devenir un meilleur joueur et une meilleure personne. En fait, tous les jeunes passent par cette transformation. »

Bon nombre d’entre eux étaient en échec scolaire ou avaient grandi dans un milieu difficile avant d’arriver à Thetford Mines. Comme ce fut le cas pour Boucher, l’Académie est parfois une bouée de sauvetage qui, à défaut de les mener dans la NCAA, va leur permettre d’envisager l’avenir avec optimisme. « Mes parents sont fiers de moi parce que j’ai changé d’un petit délinquant à un jeune homme qui sait se tenir. Ils sont contents de savoir que je vais à l’université », lance Wilfried, désormais avec la Simon Fraser University, à la fin du reportage.

Tous les pensionnaires de l’académie de basketball Team Thetford ont jusqu’ici obtenu leur diplôme d’études secondaires. L’an dernier, les cinq finissants ont également tous pu intégrer une université. Parmi la cinquantaine de jeunes, âgés de 13 à 19 ans, qui fréquentent l’Académie, tous n’atteindront pas le même niveau sportif que Boucher. Selon Mampouya, l’accent est maintenant mis sur cette majorité-là.

Les jeunes nous voyaient comme un programme essentiellement basket, mais on s’est très vite rendu compte qu’on était plus que ça. On a un impact sur leur vie. Il y a 0,1 % qui vont passer en NBA, mais il y a aussi l’autre partie qui va rejoindre des universités au Canada ou au Québec.

Armel Mampouya, directeur général de l’Académie de basketball de Thetford Mines

« Notre stratégie a totalement changé, poursuit M. Mampouya. Oui, on est capables de former pour le haut niveau, mais il y a un très gros travail avec des psychologues ou à l’école pour qu’ils puissent réussir à l’université et entrer dans la vie active dans les meilleures conditions. »

PHOTO SÉBASTIEN RIST, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

L’entraîneur Igor Rwigema, fondateur de l’Académie

L’Académie suit également la trajectoire de Rwigema dans sa quête de financement ou dans sa relation avec les jeunes. Celui qui quitte la direction du programme en cours d’année reconnaît être particulièrement exigeant et franc avec eux.

« Plusieurs jeunes m’ont dit à la fin de leur cursus : “À l’époque, je pensais vraiment que tu ne m’aimais pas alors que maintenant, je comprends que tu l’as fait pour mon bien”, appuie Mampouya. Au moment où ça se passe, c’est très dur, mais c’est fait pour qu’ils aient une certaine rigueur autant dans la vie que dans le sport. Il y a beaucoup d’entretiens individuels où l’on est capable d’échanger et de leur faire comprendre des choses tout en ayant leur avis. »

L’Académie sera également disponible sur tou.tv 24 heures après sa diffusion sur Ici RDI.

Quincy Guerrier : dans les pas de Chris Boucher

Avant de rejoindre les rangs de l’équipe de basketball de Syracuse, Quincy Guerrier a passé cinq années au sein de l’académie de basketball Team Thetford. L’aventure a été marquée par des larmes, de fortes amitiés, des rencontres marquantes, mais surtout par une progression constante. Il est aujourd’hui bien placé pour suivre les traces de Chris Boucher, joueur des Raptors de Toronto également passé par l’académie.

PHOTO SÉBASTIEN RIST, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Quincy Guerrier alors qu’il évoluait pour l’Académie de basketball de Thetford Mines.

Originaire de Montréal, l’ailier de 6 pi 7 po et 220 lb a été repéré alors qu’il évoluait pour l’équipe de l’école secondaire Jean-Grou située à Rivière-des-Prairies. Âgé d’à peine 15 ans, il a quitté son cocon montréalais pour prendre le chemin de Thetford Mines.

« C’est un choc mental de ne pas voir sa famille et ses amis. Armel [Mampouya], mon premier coach, était vraiment sévère et exigeait de la discipline. J’ai pleuré plusieurs fois lors des deux premiers mois, se rappelle Guerrier, que l’on peut suivre dans le documentaire L’Académie. Une fois, j’ai même pensé tout arrêter, mais je me suis dit : “Non, je ne peux pas faire ça parce que ma mère se sacrifie pour moi financièrement.” Avec le temps, je me suis habitué. »

À Thetford Mines, il n’a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que le jeune homme était doué. Sa détermination et son éthique de travail, à chaque entraînement, ont vite impressionné ses nouveaux entraîneurs.

« La vitesse à laquelle il a progressé entre le premier jour et la fin de sa première saison, c’était impressionnant, confie Mampouya. Il a fait le secondaire 4 avec moi et il a ensuite pu monter directement avec le groupe Gold. »

Il était le meilleur marqueur du groupe chaque saison. Il a toujours répondu présent et il est arrivé où il est grâce à son travail.

Armel Mampouya, ancien entraîneur de Quincy Guerrier, aujourd’hui directeur général de l’Académie de basketball de Thetford Mines

Et à quoi ressemblait une journée typique pour Guerrier et ses coéquipiers ? Après un lever aux aurores, lui et ses camarades prenaient le chemin du gymnase pour y disputer un premier entraînement. Après une matinée d’école, une autre séance, cette fois axée sur le physique, pouvait parfois avoir lieu le midi. À la fin des cours, un dernier entraînement attendait les jeunes joueurs. « Beaucoup sont partis durant les années parce que, mentalement, il fallait être fort. C’est dur de faire le basketball avec l’école. »

L’équipe pouvait disputer une trentaine de matchs par saison lors de tournois organisés au Québec, mais elle se rendait également en Ontario ou aux États-Unis pour affronter des académies. Au fil de ces matchs, le nom de Guerrier a commencé à circuler. Le principal intéressé estime que c’est dans la confiance en lui qu’il a surtout progressé.

PHOTO MARK KONEZNY, ARCHIVES USA TODAY

Quincy Guerrier dribble devant Mamadi Diakite des Cavaliers de la Virginie, à Syracuse, le 6 novembre dernier.

« Armel [Mampouya] m’a juste fait comprendre que j’avais un talent et il m’a donné confiance. J’ai été capable de croire en moi et c’est ce qui a fait en sorte que beaucoup de gens au Québec ou au Canada aient pu voir mon talent. »

Oui, je suis allé avec l’équipe canadienne, mais c’est venu d’Armel [Mampouya] et d’Ibrahim Appiah qui était mon coach et qui est maintenant mon mentor. Ils ne m’ont jamais fait sentir comme si j’étais bon. Ça m’a fait progresser.

Quincy Guerrier

Au rayon des rencontres marquantes à Thetford Mines, Guerrier avance donc le nom d’Appiah qui a aussi dirigé Boucher. Lorsque le temps est venu de choisir une université, parmi les nombreuses offres, c’est Appiah qui accompagnait Guerrier et sa mère lors des visites des campus. Et le Montréalais en a eu des propositions ! « Le dernier été où j’étais éligible de jouer dans une ligue estivale, j’ai reçu 26 offres. En tout, j’en ai eu 54. »

Le joueur de 20 ans a dévoilé son choix en direct, sur les ondes de RDS, en enfilant la casquette de l’Université de Syracuse plutôt que celle de l’Illinois ou de l’Oregon. Il pointe la loyauté de Syracuse au fil des mois ou la relation qu’il a développée avec l’emblématique entraîneur, Jim Boeheim.

PHOTO ROB KINNAN, ARCHIVES USA TODAY

À Syracuse, Quincy Guerrier est dirigé par Jim Boeheim.

« C’est l’un des meilleurs coachs de l’histoire de la NCAA. J’ai aimé son style de jeu qui correspond au mien. La conférence dans laquelle on joue, l’Atlantic Coast (ACC), a aussi toujours été d’un excellent niveau. Beaucoup de joueurs vont ensuite en NBA. Et puis, lors de ma première visite, j’ai senti l’esprit de famille avec les fans. »

Il n’a aucun regret sur son choix même si les premiers mois ont été marqués par « des hauts et des bas ». Il lui faut d’abord s’adapter à un calibre supérieur à tout ce qu’il avait connu jusqu’ici.

« À Thetford, c’était exigeant, mais le talent n’était pas comme à Syracuse. Là, ce sont comme des Quincy de toutes places. Il y a un Quincy du New Jersey ou un autre Quincy de Washington qui était le meilleur marqueur là-bas. Tu dois te battre pour ta place. En tant que joueur de première année, je suis le sixième homme et j’ai beaucoup de temps de jeu. Je suis patient, je continue à travailler fort et ça va bien se passer pour moi. »

Quant à la NBA, il ne trace aucun plan d’avance. Il verra à la fin de l’année s’il participe au repêchage ou s’il patiente une saison supplémentaire. « Je n’ai pas envie de me lancer et de ne pas être prêt. »