(Québec) Pascal Siakam aurait pu être prêtre. Bercé dans sa jeunesse par les épopées des Lions Indomptables, le Camerounais a aussi caressé le rêve de devenir joueur de soccer.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Mais le basketball, passion paternelle, l’a frappé de plein fouet à la fin de l’adolescence et a changé le cours de son histoire. Pour le mieux, puisque l’ailier fort doit devenir le personnage central des Raptors en 2019-2020 avec le départ de Kawhi Leonard.

« On verra ce qui va se passer, mais en fait, je suis prêt. Je vais prendre le rôle que l’on va me donner. L’important, c’est de travailler pour être prêt quand l’opportunité va arriver », a-t-il sagement lancé, hier, après le troisième entraînement de l’équipe ontarienne au PEPS de l’Université Laval.

Il vaut mieux ne pas trop parier contre ce grand gaillard de 6 pi 9 po à l’œil rieur et au sourire facile. Du séminaire, au Cameroun, jusqu’à la NBA, en passant par les rangs universitaires de Mexico State, le numéro 43 a connu une ascension fulgurante.

L’an dernier, il a été récompensé par le titre de joueur ayant le plus progressé grâce à une moyenne de 16,9 points par match. En séries éliminatoires, il a connu 12 matchs de 20 points ou plus. Sa performance de 32 points avec un pourcentage d’adresse de 82 % lors du premier match de la finale a aussi marqué les esprits.

Quand je revois mon parcours, c’est la fierté qui domine. Ça me fait plaisir d’être dans cette position et d’avoir amené cette reconnaissance sur le nom de Siakam. Mon nom est connu dans le monde entier. Je suis très content.

Pascal Siakam

La réponse n’est pas anodine pour le joueur de 25 ans. Siakam, qui a trois frères et deux sœurs, est très attaché à sa famille et à ses racines. Dispersé en Amérique du Nord et en Afrique, le clan Siakam a d’ailleurs pu se retrouver chez lui cet été. Finalement.

Dans le cas du joueur des Raptors, cela faisait sept ans qu’il n’était plus retourné à Douala, ville portuaire de 2,5 millions d’habitants. Là bas, il s’était promis d’accomplir une chose qui lui trottait dans la tête depuis longtemps.

« Je suis allé sur la tombe de mon père pour la première fois. C’était vraiment un moment spécial », a-t-il dit au détour d’une phrase. Son père, Tchamo, est mort en 2014 à la suite d’un accident de la route. N’ayant pas pu se rendre aux funérailles à cause de problèmes de visa, Siakam lui a rendu hommage après ce match titanesque en finale.

Une « toute petite » vedette

L’influence du père est grande dans son parcours. En atteignant la NBA, Siakam a d’abord réalisé le rêve que Tchamo entretenait pour ses quatre garçons. Et, avec le recul, il dit n’avoir pas totalement perdu son temps au séminaire, un passage qui lui avait été imposé par le paternel.

« Je n’ai jamais eu envie d’être prêtre, mais mon père avait des amis qui l’étaient. Je n’ai jamais cru que c’était ma vocation, mais j’ai quand même appris beaucoup de choses. En tant qu’homme, j’ai vraiment grandi là-bas. »

À Douala, Siakam a aussi voulu faire partager son titre acquis face aux Warriors de Golden State. Est-il une vedette dans son pays ? « Une toute petite », répond-il modestement. N’empêche qu’il était fort populaire lors des camps estivaux. Avec des bandeaux blancs autour de la tête, à l’image de celui qu’il porte durant les matchs, les jeunes camerounais étaient remplis d’admiration.

« Masai Ujiri [président des Raptors] avait apporté le trophée dans le cadre de l’organisation Giants of Africa, a-t-il ajouté. Ça m’a fait plaisir de voir le trophée au Cameroun. »

Siakam n’est pas rassasié après cet été de retrouvailles et de célébrations. Prêt à jouer un rôle accru sur le terrain, il n’est pas du genre à se laisser abattre par le départ de Leonard.

« On a joué beaucoup de matchs sans Kawhi et on sait bien qu’on est compétitifs. On a un bon groupe qui est de retour avec des joueurs expérimentés. On s’attend à faire une bonne saison. Quand tu joues avec les Raptors, tu es habitué [à être négligé], mais on ne se focalise pas là-dessus, on travaille sur ce qu’on doit faire. »

Il emploie la même formule pour aborder la prolongation de son contrat. Dans les prochaines semaines, il pourrait obtenir un pacte de cinq ans d’une valeur de 170 millions.

« Je laisse mes représentants et mon équipe gérer ça. Je me concentre sur le basket même si j’adore Toronto. […] Avant d’arriver à Toronto, je connaissais la ville à travers ce que mes amis de l’université me racontaient. Après trois ans, j’aime bien et je suis vraiment content d’être là. »

Amen.

« On m’a répondu en français ! »
La francophonie est bien représentée chez les Raptors avec Serge Ibaka, Chris Boucher et Pascal Siakam. Dans le vestiaire, tout ce beau monde se parle cependant en anglais même s’ils reviennent au français une fois à l’extérieur. À ce chapitre, Siakam est heureux de se retrouver dans un environnement francophone jusqu’à jeudi. « Je voulais commander de la nourriture à l’hôtel et on m’a répondu en français ! Ça m’a un peu surpris, mais ça m’a rappelé que j’étais dans une ville francophone. Ça fait plaisir. »