Perry Giannias se décrit comme « la gardienne » de la statue de cire de Gary Carter. En attendant plus de concret quant à une hypothétique garde partagée des Rays de Tampa Bay avec Montréal.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Lorsque le musée Grévin a fermé, il y a deux semaines, le fan numéro 1 des défunts Expos a dû rapatrier la centaine d’objets de collection qu’il avait prêtés à l’établissement pour l’espace qui y était consacré à l’équipe et au baseball québécois.

« Quand ils m’ont appelé, la première chose qui m’est venue en tête, c’est la statue de Gary », a raconté mardi en entretien celui qui pilote l’organisme Expos Fest, dont les évènements caritatifs attirent régulièrement d’ex-joueurs de la formation montréalaise.

Le premier mot, lui a-t-on répondu, revenait à la famille du receveur vedette, mort en 2012 de tumeurs au cerveau.

« Tout de suite après, j’ai appelé Sandy [la femme de Carter] pour lui dire que je ne voudrais pas que ça voyage hors du Québec et que je la garderais avec moi. Pas pour l’avoir dans ma collection, pas question, mais je veux la garder jusqu’à ce qu’elle ait une maison permanente. »

Mme Carter lui a donné son accord.

La statue du préféré de bien des nostalgiques se trouve donc dans le sous-sol de Perry Giannias, à Laval, trônant parmi une multitude d’autres objets liés aux Expos.

Le collectionneur n’a pas l’intention de la laisser s’y empoussiérer, mais il ne voit pas où elle pourrait déménager. D’ici deux ans, du moins.

Au stade Gary-Carter ?

Samedi, le président des Rays, Matt Silverman, avait dévoilé qu’un panneau faisant la promotion d’une alternance entre Tampa et Montréal serait installé dans le champ droit du Tropicana Field pendant les séries de fin de saison.

L’organisation a fait volte-face depuis, mais l’intention en soi démontre un réel intérêt des têtes dirigeantes à Tampa. Ce qui, évidemment, galvanise Perry Giannias.

Pour lui, l’ultime résidence de la statue du numéro 8 est claire : le nouveau stade qu’il espère voir ériger dans Griffintown.

Des gens de l’entourage de Stephen Bronfman auraient affirmé à Giannias qu’un espace serait alors dévolu à une partie de ses objets.

« Et c’est l’objectif de mettre Gary là », indique-t-il à propos de l’œuvre du sculpteur Stéphane Barret.

Je veux vraiment que ce soit dans un endroit où les gens vont la voir et le nouveau stade serait la meilleure place.

Perry Giannias, à propos de la statue de Gary Carter

Entre-temps, le passionné aimerait présenter la statue et une partie de sa collection au public l’été prochain. Il n’a pas déterminé l’endroit, mais il songe à une exposition qui pourrait s’appeler L’été de Gary ou L’été du Kid. Surtout si le projet de garde partagée progresse.

« Je pense que ça pourrait pomper les gens pour le retour du baseball. J’aime beaucoup cette idée-là », lance Perry Giannias.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

La statue de Gary Carter pourrait bien trôner dans un espace de l’éventuel nouveau stade de baseball à Montréal.

Si le projet de construction d’un stade tombait à l’eau, il se tournerait peut-être vers le Stade olympique. Pas possible d’ici 2024, cependant, fin prévue de travaux dans l’enceinte qui a accueilli les JO de 1976.

« Mais je me demande qui la verrait là-bas », laisse tomber Giannias.

Cela dit, une autre option lui a été suggérée tout récemment : le stade... Gary-Carter, dans Ahuntsic.

Une modernisation des lieux – au coût de 10 millions de dollars – a été annoncée il y a tout juste un mois.

Or, des gens associés au stade ont pris contact avec lui pour discuter de la possibilité d’héberger la statue au terme des rénovations, révèle-t-il. Elle serait installée à l’intérieur. Perry Giannias comptait communiquer avec eux sous peu.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le sous-sol de Perry Giannias est bien rempli de souvenirs des Expos.

Les travaux devraient être terminés pour la saison 2023.

Chose certaine, Giannias n’a pas l’intention de se transformer en baby-sitter permanent pour la statue.

« Non, je ne veux pas la garder chez moi pour les cinq prochaines années. »

Se contenter de 40 matchs

Cinq ans, c’est l’horizon qu’il entrevoit pour l’inauguration du nouveau stade. S’il voit le jour.

Selon lui, il n’y aura pas de baseball professionnel à Montréal tant qu’un nouvel amphithéâtre ne sera pas sorti de terre.

« Je ne crois vraiment pas qu’ils vont jouer un match professionnel avec une nouvelle équipe au Stade olympique. Je pense qu’ils veulent faire un clean start », avance Perry Giannias.

Selon lui, ce projet est d’ailleurs la seule chance qu’auront les Montréalais de ravoir une équipe des ligues majeures.

Est-ce que j’aimerais que les Expos reviennent et qu’il y ait 80 matchs à Montréal ? C’est certain. Mais ce n’est pas une option.

Perry Giannias

« Les gens qui disent que Tampa va venir ici à temps plein... Non, man, ajoute-t-il. Il y a plein de villes qui construiraient un stade gratuitement aux Rays : Nashville, Portland, Vegas, Charlotte, San Antonio. »

Du côté de la direction des Rays, même refrain. On perçoit ce partenariat avec la métropole québécoise comme la seule façon de conserver l’équipe dans l’ouest de la Floride. Un plan qui implique deux nouveaux stades : un ici et un dans la grande région de Tampa.

En cas d’échec, le club sera sans doute vendu ou relocalisé.

« Et malheureusement, il ne va pas déménager à Montréal, note Perry Giannias. On fait un stade pour 40 matchs, pas 80. »