Une femme qui aurait été victime des inconduites sexuelles de l’ex-joueur étoile des Blue Jays de Toronto Roberto Alomar est sortie de l’ombre et espère que son histoire pourra en aider d’autres à en faire autant.

Gemma Karstens-Smith La Presse Canadienne

Melissa Verge a rédigé un texte dans le quotidien Toronto Star la semaine dernière dans lequel elle prétend qu’Alomar s’est frotté sur elle sans son consentement et lui a proposé une relation sexuelle alors qu’elle était âgée de 18 ans et qu’elle était bénévole pour un camp de jour commandité par les Blue Jays en 2014.

« Je suis soulagée d’avoir révélé mon histoire. Je ne regrette rien, a dit Verge, maintenant âgée de 25 ans, en entretien à La Presse Canadienne. Je crois que si des victimes dénoncent leurs agresseurs, alors les choses changeront. »

Ces allégations n’ont toujours pas été prouvées devant un tribunal.

L’avocate d’Alomar, Carita Wong, a déclaré par voie de communiqué qu’Alomar « a l’intention de discuter de ces allégations à l’endroit approprié, par les canaux de communication appropriés, et ne veut pas qu’un procès ait lieu sur la place publique ».

Alomar n’a pas répondu à une requête directe formulée sur Twitter afin d’obtenir ses commentaires au sujet des allégations.

Alomar a été congédié de son poste de conseiller auprès des Ligues majeures de baseball le 30 avril et son nom a été inscrit sur une liste noire à la suite d’une enquête portant sur des allégations d’inconduite sexuelle.

PHOTO ANDRES LEIGHTON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Roberto Alomar

Le commissaire Rob Manfred a annoncé la décision vendredi, en précisant par voie de communiqué qu’une personne à l’emploi des Ligues majeures avait rapporté un peu plus tôt cette année un incident impliquant Alomar en 2014. Le Baseball majeur a alors embauché une firme externe afin d’enquêter sur ces allégations.

Les Ligues majeures n’ont pas offert d’autres détails en lien avec l’enquête, afin de protéger la personne qui a dénoncé les agissements d’Alomar.

Ce dernier a aussi perdu son poste de conseiller spécial chez les Blue Jays. Le club torontois a indiqué par voie de communiqué qu’il a immédiatement rompu ses liens avec Alomar — son nom a été retiré de l’Anneau d’excellence ainsi que sa bannière au Rogers Centre.

Alomar avait alors indiqué sur Twitter qu’il est « déçu, surpris et frustré » de la décision des Ligues majeures.

« Dans le climat actuel sur les réseaux sociaux, je comprends pourquoi le Baseball majeur a adopté cette approche, avait-il écrit. J’espère que ces allégations seront répétées à un endroit qui me permettra de répondre directement à celles-ci. Je vais continuer ma mission d’aider les jeunes à poursuivre leur rêve de jouer dans les Ligues majeures de baseball. Je n’émettrai pas d’autres commentaires pour l’instant. »

Alomar a participé au match des étoiles à 12 reprises au cours de sa carrière de 17 saisons dans le Baseball majeur avec les Padres de San Diego, les Blue Jays, les Orioles de Baltimore, les Indians de Cleveland, les Mets de New York, les White Sox de Chicago et les Diamondbacks de l’Arizona.

Il a fait sa marque en étant très efficace en défensive — il a remporté 10 Gants d’or — et pour son caractère bouillant. Alomar est d’ailleurs reconnu pour avoir craché au visage de l’arbitre John Hirschbeck, entraînant une suspension de cinq parties en 1996.

« Il se frottait derrière moi »

Verge se trouvait à la maison d’une amie lorsque la nouvelle au sujet d’Alomar est apparue sur son téléphone.

« Je me disais juste : "Wow. Finalement ça bouge". Je n’étais pas surprise, car j’étais déjà passée par là auparavant, a-t-elle dit. Je ressentais une espèce de soulagement ou de justice ; je me disais : "Finalement, il fallait que tout ceci aboutisse à quelque chose". »

Elle prétend qu’elle était très excitée quand, au premier jour du camp pour les jeunes, Alomar lui a offert une visite privée du Rogers Centre.

« Il était une idole de jeunesse, a confié Verge. J’étais super excitée, et même honorée qu’il veuille me faire visiter les lieux. »

Verge a dit qu’ils se sont retrouvés dans le gymnase lorsqu’Alomar s’est approché d’elle par l’arrière.

« Il se frottait derrière moi », a-t-elle poursuivi.

« Je sentais qu’il était collé sur moi, et je pouvais entendre sa respiration. Physiquement, je ne voulais pas me retrouver dans cette situation-là. Je voulais sortir et retrouver les personnes du camp », a continué Verge.

Elle a précisé ne pas se souvenir de la durée de ce contact, mais elle s’est dirigée vers la porte et a mentionné qu’alors qu’ils retournaient vers le terrain, Alomar l’a enlacée de façon inconfortable.

Elle a aussi dit qu’Alomar lui avait donné son numéro de téléphone sur un bout de papier, et lui avait demandé ce qu’elle aimait boire, en énumérant une liste d’alcools.

Verge a souligné qu’elle n’a plus ce bout de papier en sa possession.

Verge prétend avoir été abasourdie par ce qui s’est produit, et a raconté l’incident impliquant Alomar à son copain de l’époque, après être rentrée chez elle.

La Presse Canadienne n’a pu rejoindre l’ex-copain en question pour confirmer cette version de l’histoire.

« J’ai perdu un peu de mon innocence »

Verge est retournée au camp de jour le lendemain, et Alomar l’a de nouveau approchée pendant une pause.

« Il a dit qu’après la journée de travail, on pourrait se retrouver dans sa suite, a-t-elle évoqué. J’avais peur, car je ne voulais pas me retrouver seule avec lui. »

Verge a ajouté qu’elle ne savait pas trop comment réagir, puisqu’il y avait une certaine forme d’autorité entre eux.

« C’était tellement difficile pour moi de dire : "Non, je ne veux pas y aller" », a-t-elle poursuivi.

Verge est plutôt allée discuter avec un représentant de l’équipe, Rob Jack, qui aurait ensuite rencontré Alomar. Les deux hommes l’auraient ensuite rencontrée.

Jack est le président d’Alomar Sports Inc. sur LinkedIn. Il a refusé de discuter avec La Presse Canadienne, référant plutôt les questions à Wong.

Les Blue Jays ont refusé d’émettre des commentaires à La Presse Canadienne cette semaine, mais ils ont dit au Star qu’ils avaient déclenché une enquête interne en partenariat avec une firme indépendante.

Près de sept ans après l’incident avec Alomar, Verge assure que l’expérience l’affecte encore aujourd’hui.

« J’ai perdu un peu de mon innocence et ma naïveté », a dit Verge, qui travaille présentement en communications à Toronto.

« Même aujourd’hui, quand les gens sont gentils avec moi, je me demande quelles sont leurs intentions, si elles sont réelles ou non, surtout chez les hommes plus âgés », a-t-elle conclu.