Stephen Bronfman travaille depuis plusieurs années pour le retour du baseball à Montréal. Ses mots d’ordre : patience et discrétion. Il limite ses déclarations pour ne pas brusquer le baseball majeur, les gouvernements et les Rays de Tampa Bay.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Sauf que depuis une semaine, M. Bronfman est de moins en moins patient. Et de plus en plus volubile. Il s’est confié à TSN et au Journal de Montréal. Deux de ses associés, William Jegher et Pierre Boivin, ont donné des entrevues à Cogeco. Vraiment pas dans les habitudes de la maison.

Pour dire quoi ?

Stephen Bronfman a indiqué au Journal de Montréal que ses partenaires et lui deviendront actionnaires des Rays. C’est entendu depuis le début. Ce qui étonne, par contre, c’est l’échéancier. D’ici l’été. « Les négociations sont très avancées. Nous allons devenir des actionnaires minoritaires, mais ça ne nous dérange absolument pas. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Stephen Bronfman (au premier plan) et Pierre Boivin discutent avec les médias du retour des Expos.

C’est très rapide.

Trop rapide, même, au goût de la personne qui possède les actions, Stuart Sternberg. Le propriétaire des Rays a réfuté les prétentions de M. Bronfman. « C’est faux », a-t-il répondu au Tampa Bay Tribune. « Aucune chance que ça arrive avant [la construction d’un nouveau stade à Montréal]. »

Une première chicane de famille à propos de la garde partagée.

Malaise…

En passant, si les négociations achoppent avec M. Sternberg, sachez qu’il n’existe pas de plan B. Stephen Bronfman a confirmé au Journal de Montréal que son groupe n’a pas les moyens d’acheter une équipe d’expansion. Trop cher.

« Ç’aurait été difficilement réaliste, même pour moi. Aux États-Unis, il y a plusieurs hommes d’affaires qui peuvent mettre 2 ou 3 milliards $ pour acheter une équipe. […] Mais au Québec, trouver cet argent, c’est un très grand risque. J’aurais eu à supporter un énorme stress. »

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Les déclarations de Stephen Bronfman étonnent. Elles suscitent aussi plusieurs questions.

On le sait, un contrat béton oblige les Rays à rester dans la région de Tampa jusqu’en 2028. Le propriétaire de l’équipe l’a d’ailleurs reconnu en décembre. « [La garde partagée] que nous voulions faire en 2024-25 arrivera plutôt en 2028 », a expliqué Stuart Sternberg en décembre dernier.

PHOTO CHRIS URSO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le propriétaire des Rays de Tampa Bay, Stuart Sternberg, a démenti une information voulant que le groupe de Stephen Bronfman devienne actionnaire minoritaire en 2020.

2028, c’est dans… huit ans.

Alors pourquoi Stephen Bronfman est-il soudainement si pressé ?

Pourquoi est-ce urgent de devenir copropriétaire maintenant ?

Pourquoi veut-il négocier les droits de commandite et de télédiffusion cet été ?

Deux hypothèses.

Ou bien il existe un plan secret pour transférer les Expos plus tôt que prévu. Ce que ni le baseball majeur ni Stuart Sternberg ne laissent entendre.

Ou bien le groupe de Stephen Bronfman craint d’en échapper une.

Le terrain, par exemple.

Avec le temps, on prend pour acquis que le terrain au bassin Peel est réservé pour la construction d’un nouveau stade de baseball. Sauf que ce n’est pas chose faite. Ce terrain de 900 000 pieds carrés appartient toujours au gouvernement fédéral. La Ville de Montréal a un droit de premier refus sur le terrain en cas de vente.

Concrètement, elle peut bloquer le projet de stade.

En octobre dernier, la Ville a organisé une consultation publique sur l’avenir de ce secteur. Stephen Bronfman y a présenté son projet de stade. Il a fait une forte impression. Des groupes communautaires s’y sont opposés. Les représentants de la Ville ont pris des notes. Ils vont publier leurs recommandations dans les prochaines semaines.

Or, depuis la présentation de Stephen Bronfman, au début octobre, son groupe n’a pas précisément le vent dans les voiles. Stuart Sternberg a déclaré qu’il existe « de meilleurs marchés à temps plein que Montréal ». Le maire de St. Petersburg – où jouent les Rays – a réaffirmé son intention d’obliger l’équipe à disputer ses matchs locaux dans la région jusqu’en 2028.

Mettez-vous maintenant dans les souliers des décideurs de la Ville de Montréal.

Donneriez-vous les clés du plus beau terrain disponible au centre-ville aux promoteurs d’un projet incertain ?

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le terrain de 900 000 pieds carrés au bassin Peel appartient toujours au gouvernement fédéral.

Ça pourrait expliquer l’urgence soudaine qui anime Stephen Bronfman. Celle de devoir poser des actions concrètes rapidement. Devenir actionnaire des Rays d’ici trois mois. Négocier des ententes de partenariat cet été. Pour prouver que son groupe progresse. Qu’il mérite la confiance de la Ville pour occuper le terrain du bassin Peel. Une étape essentielle pour la survie du projet.

Sauf que cette impatience finit par lui nuire. Elle a forcé le propriétaire des Rays à reconnaître, samedi, que les investisseurs québécois devaient construire un nouveau stade à Montréal AVANT de devenir actionnaires.

Une donnée qui change la « game ».

Soudainement, le risque vient d’augmenter de plusieurs niveaux.