Je suis triste.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Rien à voir avec les Expos ou la nostalgie. Les Nationals ? Ils me laissent indifférent. Ceci dit, je reconnais qu’ils méritaient amplement ce premier titre. Vaincre les Astros quatre fois de suite dans leur stade, c’est remarquable. Bravo !

Si je suis triste, c’est parce que Zack Greinke a perdu. Lui aussi méritait de gagner son premier championnat de la Série mondiale.

Le lanceur des Astros revient de loin. En 2006, il a failli prendre sa retraite. À 22 ans. Des troubles anxieux graves l’empêchaient de se rendre sur le terrain. Il a souffert d’une dépression. Son retour au jeu a été très difficile.

Mais il a surmonté l’adversité. Il a rebâti sa confiance, une victoire à la fois. Il est devenu l’un des joueurs étoiles des ligues majeures. Il a même remporté le trophée Cy-Young, remis au meilleur lanceur de sa ligue. Et hier soir, c’est lui que les Astros ont envoyé au monticule pour affronter les frappeurs des Nationals dans le match le plus important de la saison.

On devine le stress qui devait le bouffer par en dedans.

Comment a-t-il réagi ? En lançant le meilleur match des séries de sa carrière. Après six manches, il n’avait accordé qu’un simple et un but sur balles. Une performance éblouissante.

PHOTO ERIC GAY, ASSOCIATED PRESS

Zack Greinke

C’était alors 2-0. Fortement négligé dans son duel de partants contre le flamboyant Max Scherzer, Greinke l’introverti était en plein contrôle de la situation.

Adam Eaton s’est présenté au bâton en début de septième manche. Greinke l’a forcé à frapper un roulant à l’arrêt-court. Premier retrait.

Anthony Rendon suivait. Le puissant frappeur des Nationals a toujours eu de la difficulté contre Greinke : 1 en 18 en carrière. Mais le lanceur des Astros en a échappé une au cœur de la zone des prises. Rendon l’a catapultée dans la zone des circuits.

2-1 Astros.

Puis Juan Soto a enchaîné avec un but sur balles. Rien de grave. Greinke n’était rendu qu’à 80 lancers, dont 49 prises. Mais le gérant des Astros, A.J. Hinch, a pris panique. Il a quitté son abri. Grand apôtre des statistiques avancées, il a jugé qu’il avait plus de chances de retirer le frappeur suivant avec son releveur Will Harris qu’avec son as de la soirée.

Vous connaissez la suite.

Howie Kendrick a cogné le deuxième lancer du nouveau lanceur sur le poteau de démarcation. Circuit. Les Nationals prenaient l’avance 3-2. Ils ajouteront trois autres points pour gagner le match 6-2. Et priver Zack Greinke d’un premier titre de la Série mondiale.

Les Américains ont une belle expression pour décrire le football. A game of inches. Un jeu de pouces. Elle s’applique tout aussi bien au baseball. C’est un sport qui se décide par les plus petites marges.

Chaque centimètre compte. Si la frappe de Howie Kendrick était atterri quelques pouces plus à droite, peut-être les Astros auraient-ils gardé leur avance.

Chaque décision compte. Si A.J. Hinch avait laissé Greinke sur le monticule, peut-être que les Astros prépareraient leur deuxième défilé en trois ans.

C’est ce qui rend le baseball si intrigant. Si passionnant. Si fascinant.

Et si crève-cœur.