La planète sport, le monde de la politique et les Barcelonais ont rendu jeudi un ultime hommage à l'ancien président du Comité international olympique (CIO) Juan Antonio Samaranch, «un colosse du sport» qui a révolutionné les Olympiades.

Marcelo Aparicio AGENCE FRANCE-PRESSE

«Samaranch a tout changé, il a fait des jeux Olympiques ce qu'ils sont aujourd'hui, la première compétition sportive au monde», a déclaré son successeur à la tête du CIO, Jacques Rogge, au cours d'une cérémonie officielle au Palais de la Generalitat, siège du gouvernement autonome catalan, où était installée la chapelle ardente du défunt.

La salle a ensuite été ouverte au public. Des centaines de Barcelonais émus, de tous âges et toutes classes sociales, défilaient en silence devant la dépouille de M. Samaranch, décédé mercredi à 89 ans, pour le remercier une dernière fois d'avoir apporté les Olympiades à Barcelone en 1992.

Une messe en présence du roi d'Espagne

Une messe de funérailles en la cathédrale de Barcelone, en présence du roi d'Espagne Juan Carlos et du chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero, devait conclure en fin d'après-midi cette journée d'obsèques officielles.

«Merci pour avoir mis Barcelone sur la carte du monde», a écrit un anonyme sur le livre de condoléances, près du cercueil du défunt, recouvert du drapeau olympique aux anneaux entrelacés, sur lequel sa fille, Maria Teresa Samaranch, avait déposé une rose rouge.

«Grâce à Samaranch, j'ai eu la chance de vivre les Olympiades de l'intérieur», a confié à l'AFP Pedro, un ingénieur informaticien de 45 ans, qui fut volontaire pour les jeux de Barcelone. «J'ai quelque chose à raconter à mes enfants, et je continuerai à le raconter à mes petits-enfants».

Disséminées dans la chapelle ardente, des dizaines de couronnes de fleurs envoyées par des clubs ou des journaux sportifs de toute l'Espagne.

Mais aussi deux gros bouquets de roses rouges aux noms du dirigeant cubain Raul Castro et de son frère, «el comandante jefe, Fidel Castro».

Au cours de la cérémonie officielle, le prince Felipe, héritier de la couronne d'Espagne, a salué «un colosse du sport et de l'Olympisme moderne, un Espagnol universel».

«Il avait deux familles, nous autres, l'intime, et son autre grande famille, celle du sport et des sportifs», a déclaré sa fille, remerciant au nom de la famille les sportifs et dirigeants du monde entier qui lui ont rendu hommage, de Nicolas Sarkozy à Vladmir Poutine.

Hommage à celui qui a transformé le CIO

En 21 ans de règne sur l'Olympe (1980-2001), Samaranch a «transformé le CIO, l'a rendu moderne, transparent et financièrement indépendant, il a lutté pour la participation féminine aux olympiades», a encore déclaré Jacques Rogge.

Seul le baron français Pierre de Coubertin, «père» des Jeux Olympiques de l'ère moderne, a dirigé plus longtemps que lui le CIO (1896-1925).

Samaranch a révolutionné l'olympisme, faisant entrer les JO de plain pied dans l'ère du professionnalisme, des parraineurs, de la publicité, des droits télévisés. Un gigantisme sans frein qui lui a valu aussi des critiques et ouvert la porte à des affaires de corruption.

«Adieu au seigneur des anneaux» (El Mundo), «Adieu au grand champion de l'Olympisme moderne» (El Pais), «Immortel Samaranch» (Marca): la presse espagnole, toutes tendances confondues, rivalisait d'éloges.

Elle évoquait le passé franquiste de Juan Antonio Samaranch, sans lui en tenir spécialement rigueur.

«Comme tout personnage il a eu sa part d'ombre et de lumière, mais personne ne peut nier son universalité», commentait le premier quotidien du pays, le journal de centre-gauche El Pais.